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TOURNAGE DE BLUFF

Petit budget, grandes vedettes

Maxime Demers
Le Journal de Montréal
12-03-2007 | 11h18
Qu'ont en commun Rémy Girard, Raymond Bouchard, Marc Messier, Gilbert Sicotte, Isabelle Blais et Julie Perreault ? Ils ont tous accepté de jouer dans Bluff, premier long métrage de Simon-Olivier Fecteau et Marc-André Lavoie, une comédie dramatique à petit budget produite sans l'aide de Téléfilm et de la SODEC.

Doté d'un budget d'un peu plus de un million de dollars, le film réunira également à l'écran Nicolas Canuel, David La Haye, Emmanuel Bilodeau, Jean-Philippe Pearson, Marie-Laurence Moreau, Alexis Martin et Pierre-François Legendre (le fameux Carlos des Invincibles).

Une pléiade

«Je n'en reviens toujours pas qu'il y ait tout ces gens-là dans notre film!» lance Simon-Olivier Fecteau, un ancien Chick'n Swell qui a coréalisé récemment Le Bye Bye de RBO.

«Quand on a écrit le scénario, on s'est dit qu'on serait chanceux si on avait un ou deux gros noms. Mais là, de se retrouver avec une telle distribution, c'est assez incroyable.»

«Ils ont tous accepté d'être payé le même salaire, le cachet de base de l'UDA, ajoute Marc-André Lavoie. Ils nous ont tous répondu que le scénario leur parlait et qu'ils voulaient nous donner un coup de main. Il n'y a pas un comédien qu'on a approché qui a refusé. On était les premiers surpris de cela.»

Film choral

Bluff est presque entièrement tourné au même endroit, dans un appartement de la rue Saint-Antoine, dans l'ouest de Montréal. Cet appartement, on pourrait même dire qu'il constitue le personnage principal du film.

C'est en effet dans ce logement que se déroule toute l'intrigue. En découvrant un jour un indice indiquant qu'un crime pourrait y avoir été commis, le propriétaire de l'immeuble (campé par Raymond Bouchard), exaspéré, se remémore les péripéties des six locataires qui ont habité l'appartement au cours des 15 dernières années.

Le film passe donc d'un récit à l'autre, «un peu comme dans le film Magnolia», précisent les deux réalisateurs et producteurs. Marc Messier campe un voleur sur le bord de la retraite qui s'apprête à commettre son dernier coup avec un jeune complice (Nicolas Canuel). Rémy Girard joue un ancien employé de la voirie qui fait croire à son beau-fils qu'il a déjà été boxeur professionnel.

Julie Perreault et Emmanuel Bilodeau incarnent un couple qui n'arrive pas à avoir d'enfant et qui fait appel à un beau brun (David La Haye) pour l'aider. Simon-Olivier Fecteau a aussi un rôle dans son film : il campe un universitaire qui se prépare à sa première entrevue pour un emploi.

«Il n'y a pas de rôle principal, ce sont 20 premiers rôles. C'est un film choral», précise Simon-Olivier Fecteau.

«Raymond Bouchard a déjà dit qu'il rêvait de jouer avec Rémy Girard. Pour la première fois, ils sont donc dans le même film, mais ils n'ont pas une seule scène ensemble !» dit Marc-André Lavoie en rigolant.

Ouverture du FFM

Bluff est déjà assuré de ne pas passer inaperçu à sa sortie. En effet, avant même de voir le résultat final, Serge Losique, grand manitou du Festival des films du monde, a accepté de présenter le film en ouverture de l'événement, en août prochain.

«Pierre Brousseau (des Films Séville, qui distribuera le long métrage) a présenté 15 minutes du film à Serge Losique et il a adoré», relatent les deux cinéastes.

«Si on nous avait dit il y a un an que ça prendrait de telles proportions, on ne l'aurait jamais cru. C'est devenu un gros projet. Au début, on pensait faire un film qui serait présenté dans huit salles et on était déjà très contents. Mais là, on parle de 50 salles, de l'ouverture du FFM... Disons que ça nous met pas mal de pression sur les épaules...»

  • Bluff prendra l'affiche en septembre.

    Faire preuve de débrouillardise

    Le long métrage Bluff s'inscrit dans une nouvelle tendance du cinéma québécois, celle de produire des films sans attendre l'aide financière des institutions gouvernementales.

    L'an passé, Sur la trace d'Igor Rizzi, un petit film indépendant de 600 000 $ produit sans l'aide de Téléfilm Canada ni de la SODEC, s'est retrouvé au Festival de Venise et à celui de Toronto - où il a été sacré meilleur premier film canadien.

    Il y a deux ans, Danny Gilmore et Clermont Jolicoeur avaient, avec 10 000 $ seulement, accouché de Bonzaïon, une comédie mettant en vedette Jean Leloup et Jacynthe René.

    Comme les réalisateurs de Sur la trace d'Igor Rizzi et de Bonzaïon, Simon-Olivier Fecteau et Marc-André Lavoie n'ont jamais songé à faire appel aux institutions gouvernementales. Pas de temps à perdre.

    «On n'a même pas demandé d'aide au développement ni de crédits d'impôt», précise Marc-André Lavoie.

    Mais pour monter un projet de cette façon, il faut faire preuve de beaucoup de débrouillardise. Et ce, dès le départ, même à l'écriture du scénario.

    «On a écrit le scénario sur une période de quatre mois avec une série de contraintes, comme celle que l'action devait se dérouler presque entièrement au même endroit pour des raisons de budget», expliquent les deux réalisateurs.

    «Ça nous a obligés à nous casser la tête et à faire preuve de plus d'imagination.»

    Sept mois

    L'équipe de production a ensuite trouvé (après avoir cherché longtemps) l'appartement idéal pour le tournage. Elle l'a loué pour sept mois, ce qui lui permet d'arranger l'horaire de tournage en fonction des disponibilités des comédiens.

    «Comme le film est constitué de six petites histoires, les acteurs ne jouent jamais tous en même temps. Il y a deux ou trois acteurs par histoire et on tourne une histoire à la fois. En ce moment, c'est celle avec Marc (Messier) et Nicolas (Canuel), alors on a besoin d'eux seulement.»

    L'appartement change de look à chaque fois. Sur le haut du mur, on peut d'ailleurs distinguer les différentes couleurs de peinture qui ont été utilisées.

    Une commandite de la Maison Éthier a permis à l'équipe de meubler chaque fois l'appartement gratuitement.

    Le film est tourné et monté presque en même temps dans les locaux d'Orange Médias, boîte de production de pubs de Marc-André Lavoie. Filmé en HD (haute définition), ce qui est moins dispendieux et plus pratique, il est par la suite transféré sur une pellicule 35 mm.

    Apparemment, les acteurs trouvent cette nouvelle façon de travailler attrayante. Tous ceux approchés pour Bluff ont tous accepté en bloc sans même se consulter. Pourquoi?

    «Le scénario est très bon et les gars sont talentueux, ils savent où ils s'en vont», répond Marc Messier, rencontré vendredi sur le plateau de tournage.

    Solutions parallèles

    «Il faut encourager ce genre de démarche, poursuit-il. Il faut trouver des solutions parallèles aux problèmes de financement. Il ne faut toujours attendre après du monde pour créer.»

    «Ils ont vraiment du courage de financer eux-mêmes leur premier film, ajoute Nicolas Canuel. C'est admirable. Ce n'est pas un court métrage, là, c'est un long. C'est un vrai risque qu'ils courent. Ce n'est pas comme le cinéma subventionné, où tu risques ton temps seulement. Simon-Olivier et Marc-André, eux, risquent leur temps et leur argent avec ce film.»

    mdemers@journalmtl.com

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