Accueil Divertissement
 
 
SUN
À l'aube de Hannibal Rising - Le cannibalisme au cinéma
© Weinstein

À L'AUBE DE HANNIBAL RISING

Le cannibalisme au cinéma

Jim Slotek
Sun Media
08-02-2007 | 10h22
Nous la voyons habituellement comme «l'autre viande blanche». Les tribus cannibales de la Nouvelle-Guinée l'appellent plutôt «le long cochon» - une belle petite métaphore pour désigner ce dont on ne peut pas parler.

On parle ici de la chair humaine, l'ultime transgression gastronomique, et au fil des ans, elle a surtout été utilisée à des fins comiques, parfois involontairement.

Citons en exemple le pire cannibale jamais créé par la culture populaire - Hannibal «Le Cannibale» Lecter - qui est autant comique que méchant, en plus d'être une source utile de conseils épicuriens (sans lui, comment saurait-on que les fèves au beurre et un bon Chianti rehaussent à merveille la saveur d'une bonne assiette de foie?).

C'est au cours des prochains jours qu'arrivera en salle Hannibal Lecter: les origines du mal (Hannibal Rising), l'antépisode de l'antépisode du Silence des Agneaux (Silence of the Lambs), dans lequel un inconnu appelé Gaspard Ulliel incarne le rôle d'un Hannibal adolescent qui découvre ses papilles gustatives.

Cela étant dit, voici un palmarès de nos neuf films, pièces et autres manifestations de ce goûter dont on n'ose pas parler, préférés. Nous aurions voulu en inclure 10, mais quelqu'un a mangé le dernier.

1. Soleil vert (Soylent Green): Oui, c'est l'autre film, à part La planète des singes (Planet of the Apes), dans lequel Charlton Heston perd connaissance à la fin quand il découvre la vérité dans toute son horreur. La prochaine fois où le gouvernement vous offrira des repas à faible coût et vous affirmera que c'est du plancton, répondez simplement, «Non merci, j'ai dîné tard». Autrement, vous risquez de dévorer Edward G. Robinson. Et ces vieillards sont parfois difficiles à mâchouiller.

2. Le cuisinier, le voleur, sa femme et son amant (The Cook, The Thief, His Wife And Her Lover): dans ce film, une Helen Mirren au sommet de sa gloire incarne la femme délaissée d'un restaurateur qui a une liaison avec un client. Tourné en 1989 par Peter Greenaway, cette délicieuse fable antiromantique, une histoire de vengeance, n'est pas pour ceux qui ont l'estomac fragile. Et un rebondissement en accord avec le thème d'aujourd'hui, dont nous ne vous dirons rien de plus, nous apprend que le secret d'un «cochon long» bien apprêté est clairement l'aspic.

3. Massacre à la scie (Texas Chainsaw Massacre) (et tous les films qu'il a jamais inspirés): Bien sûr, son visage était fait de cuir. Mais ce pauvre Leatherface, un grand incompris, ne cherchait qu'à mettre du pain sur la table pour sa famille. Evidemment, sa famille était un groupe de cannibales psychopathes, mais vous comprenez ce qu'on veut dire. Ce classique des ciné-parcs tourné en 1974 par Tobe Hopper a eu un impact si marqué qu'il a inspiré une génération toute entière, allant d'un autre classique comme Le visage de la peur (The Hills Have Eyes) de Wes Craven à Morts de peur (Jeepers Creepers) à Sortie fatale (Wrong Turn) à, euh, la nouvelle version, tournée en 2003, de Massacre à la scie et la nouvelle version, tournée l'an dernier, de Le visage de la peur.

4. La nuit des morts vivants (Night Of The Living Dead) (et tous les films qu'il a jamais inspirés): Il y avait des tonnes de films de zombies dans les années 1930 et 1940, mais ils se contentaient habituellement de déambuler et de suivre les ordres de Bela Lugosi, à la recherche de gens trop lents pour leur échapper. C'est George Romero qui a revu le genre, expliquant que la première chose que cherche à faire un zombie quand il sort de sa tombe est... non, pas aller à Disneyland. Il veut manger quelqu'un. Pas une salade santé, pas même un quart-de-livre avec fromage. Quelqu'un. Quelqu'un de lent. («Regarde, c'est un zombie! On aurait intérêt à marcher rapidement!»).

Et c'est comme ça que ça se passe maintenant, même dans les films de zombies qui n'ont pas été tournés par George Romero. Il y a en toutefois qui avaient des goûts plus précis _ comme Le retour des morts vivants (Return Of The Living Dead), de Dan O'Bannon, dans lequel les zombies se promènent en réclamant de la «cervelle!»

5. Les survivants (Alive): le vendredi 13 octobre 1972, un avion en route pour le Chili avec à son bord une équipe de rugby uruguayenne s'écrase dans les Andes. Seize des 45 passagers survivront éventuellement, mais uniquement après s'être livré au cannibalisme. (Les survivants ont même un site Web: www.viven.com.uy/571/eng/). Leur épreuve épouvantable a donné, dans les années 1970, le négligeable Survive!, avant que Hollywood ne reprenne l'histoire en 1993 avec Les survivants (Alive), avec Ethan Hawke et Vincent Spano.

6. Vorace (Ravenous). Le cannibalisme au Far West? Le site Web Internet Movie Database décrit ce film comme une «comédie/horreur/film à sensations/western». Guy Pearce, qui tient le rôle principal dans ce film tourné en 1999 par Antonia Bird, incarne un capitaine désoeuvré de l'armée américaine, assigné à un poste perdu, qui vient en aide à un mourant, un étranger nommé Colqhoun (Robert Carlyle). Une fois rétabli, Colqhoun raconte l'histoire d'un groupe de colons dont le leader s'est tourné vers le cannibalisme. Intrigué, Boyd et ses hommes partent à la chasse aux cannibales (faisant fi des objections des autochtones de son peloton, qui croient que Colqhoun est peut-être lui-même un cannibale).

7. Sweeney Todd. Puisque vous n'avez pu obtenir de billets pour La mélodie du bonheur (The Sound Of Music), vous décidez d'amener grand-maman assister à une autre comédie musicale familiale bien connue, qui a même remporté neuf prix Tony quand elle a pris l'affiche en 1979. Mais c'est plutôt l'histoire d'un barbier londonien colérique, qui tranche la gorge de ses ennemis et les offre à Mme Lovett pour qu'elle en fasse des pâtés à la viande. Une production de Sweeney Todd sera présentée au théâtre Princess of Wales vers la fin de l'année.

8. Titus Andronicus. Dieu sait qu'on m'accuse souvent de ruiner un film ou une pièce de théâtre en en révélant la fin. Mais dans le cas d'une pièce qui existe depuis 400 ans comme «Titus», la création la plus sanglante de Shakespeare, il doit quand même y avoir une limite! Dans cette histoire, Titus tue Chiron et Demetrius, les transforme en pâté et les donne à leur mère Tamora, qui les déguste en toute innocence. Ensuite, tous ceux qui survivent commencent à s'entretuer, sauf Lucius qui devient empereur.

9. Les Pirates des Caraïbes : Le Coffre du mort (Pirates Of The Caribbean 2: Dead Man's Chest): Oui, Johnny Depp, dans son rôle du capitaine Jack Sparrow, avait l'air passablement ridicule, embroché comme un souvlaki (les autochtones l'appellent «le long porc»). Et oui, la tribu caraïbe dans ce film avait une réputation cannibale, même si certains affirment que les accusations de cannibalisme étaient utilisées par les Européens pour justifier l'extermination ou la réduction en esclavage des autochtones.

Quoiqu'il en soit, l'idée des autochtones cannibales fait toujours rire (vous vous souvenez du voyage au Kenya du loufoque Mel Lastman, le récent maire de Toronto? «J'ai un peu peur d'y aller, avait-il dit. Je m'imagine dans un chaudron d'eau bouillante avec tous ces autochtones qui dansent autour de moi.»)

Notre histoire préférée est toutefois celle de Jay Ward, le regretté créateur de «Rocky & Bullwinkle», dont le réseau NBC a interdit la diffusion d'un épisode dans lequel un orignal et un écureuil atterrissaient en parachute dans le chaudron de cannibales dans la jungle. «Du cannibalisme?, avait demandé M. Ward. De manger un orignal et un écureuil?»

haut