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MENACÉ D'EXTINCTION

À la rescousse des requins

Bruno Lapointe
Journal de Montréal
14-01-2007 | 08h41
Même s'ils n'ont pas la côte d'amour dont jouissent Flipper et Mon ami Willy, les requins sont des espèces menacées qui pourraient bien disparaître des mers du monde si aucune action n'est prise afin de les protéger. C'est à cette cause que Jean-Michel Cousteau et Jean-Jacques Mantello souhaitent sensibiliser les cinéphiles avec Requins 3D.

Certains préjugés ont la couenne dure. Et ils sont d'autant plus difficiles à briser lorsqu'ils sont appuyés par trois décennies de cinéma hollywoodien.

C'est contre ça que se battent Jean-Michel Cousteau, le fils du célèbre océanographe Jacques-Yves Cousteau, et Jean-Jacques Mantello avec leur nouveau projet. Même plus de trente ans après Les dents de la mer, les fausses impressions projetées par le cinéma perdurent.

Et par leurs images spectaculaires et surtout sanglantes, les studios ont créé un climat de panique injustifié chez certaines personnes.

La peur des lacs

«Je me souviens avoir connu des gens qui, après avoir vu Les dents de la mer dans les années 70, avaient peur de se baigner dans des lacs en montagne», se rappelle Jean-Jacques Mantello. Or, les requins ne vivent que dans l'océan. Les chances d'en croiser un dans un lac sont pratiquement nulles.

On remarque donc que les films ont créé une image du requin qui s'apparente au monstre. En lui donnant des airs de prédateur vorace assoiffé de sang, le climat de peur ne peut que persister. Mais tout ceci est faux.

Piqûre de guêpe

En réalité, plus de personnes sont tuées par des requins dans le film de Steven Spielberg que dans toute une année.

En effet, seulement une dizaine de personnes meurent chaque année suite à une altercation avec un requin. C'est en fait beaucoup moins que le nombre de personnes tuées par des guêpes sur une même période.

Mais pourquoi la couverture médiatique est-elle inversement proportionnelle aux faits ?

Spectaculaire

«C'est beaucoup plus spectaculaire de parler de la personne qui s'est fait arracher un membre par un requin plutôt que de celle qui est décédée suite à une piqûre d'abeille», déplore Jean-Jacques Mantello.

Encore une fois, les gens sont victimes des informations erronées qui leur ont été transmises par la presse à sensation. Mais par où commencer pour remédier à cette situation ?

L'éducation

Selon Jean-Michel Cousteau, c'est par l'éducation qu'il faut s'y prendre afin de sensibiliser les jeunes en éveillant leur conscience écologique et environnementale.

Il a donc fait d'une pierre deux coups en faisant une apparition dans le film de Bob l'Éponge et en participant à un court métrage qui se retrouve sur le DVD du populaire film pour enfants Trouver Némo.

Selon l'explorateur, la technologie qui permet aux cinéphiles de voir les requins en trois dimensions dans une salle de cinéma aide beaucoup à remplir les salles de jeunes.

Il est secondé par le réalisateur qui se réjouit de voir plusieurs écoles offrir un visionnement du film en sortie éducative.

Servis dans la soupe

Le déclin des populations de requins est aussi dû à de nouvelles tendances culturelles. Et qui dit culture dit également habitudes alimentaires.

Durant les dernières années, la soupe aux ailerons de requin a connu un bond de popularité dans la culture asiatique.

Mariages

«Dans certains coins de l'Asie, un mariage sans soupe d'ailerons de requin est comme un mariage sans champagne», souligne Jean-Jacques Mantello.

Mais son film semble avoir eu une influence sur certaines personnes.

Goutte d'eau

À la suite des projections de son film en Asie, il a reçu des copies d'invitations de mariage qui stipulaient que la soupe d'ailerons de requin ne serait pas servie lors de la réception, par souci de l'espèce en voie de disparition.

«Nous ne sommes qu'une goutte dans l'océan», déplore le réalisateur. Mais cette goutte semble avoir créé quelques éclaboussures, car certains ont réagi. C'est tout de même un bon début.

Défendre les requins sans faire la morale

Nager avec les requins sans palmes et sans tuba, c'est maintenant possible avec Requins 3D, le nouveau film de Jean-Jacques Mantello présenté par le célèbre explorateur Jean-Michel Cousteau.

Tel un cri du coeur lancé en stéréo par l'explorateur de renommée internationale et le cinéaste, le film tente de sensibiliser les gens au triste sort qui attend les requins si la tendance se maintient: l'extinction.

Le film s'inscrit comme volet central d'une trilogie visant à éduquer tout en sensibilisant les gens à la réalité du monde sous-marin. Entre Ocean Wonderland 3D paru en 2003 et Dolphins & Whales 3D à paraître en 2008, le film explore les océans en nous présentant des espèces dont la vraie nature nous est souvent inconnue.

Beauté indescriptible

C'est ainsi que le film nous entraîne dans un voyage sous-marin d'une beauté à laquelle les mots ne sauraient rendre justice. Aidée par la technologie 3D, l'expédition est à la fine pointe du réalisme. Près de quarante-cinq minutes d'exotisme à côtoyer tortues, requins, dauphins et otaries pour n'en nommer que quelques-uns, et le dépaysagement est garanti. Et en plein coeur de l'hiver, ça fait du bien. Le cinéaste nous plonge dans l'océan, nous invitant à nager avec ceux qui hantent les cauchemars de plusieurs.

C'est à la peur de l'inconnu que s'attaque ici Jean-Jacques Mantello, car la peur du requin est mal fondée. Ce poisson est en effet relativement paisible et ne demande qu'à remplir ses fonctions à l'intérieur de l'écosystème marin.

Son rôle dans cet écosystème est en fait essentiel à l'équilibre de la vie sous-marine. En s'alimentant d'animaux marins morts et d'autres poissons, il parvient à faire en sorte que les eaux demeurent saines. Il contribue donc à la survie de d'autres espèces.

On apprend que sur une base annuelle, de 100 à 200 millions de requins sont tués pour leur chair, leurs dents, ou même par pur plaisir. À ce rythme, les quelque 400 espèces recensées n'en ont plus pour longtemps. Voilà pourquoi certaines mesures doivent être prises.

Mais contrairement à d'autres espèces en voie de disparition, le requin est plus difficile à protéger. Comme il ne peut survivre en captivité, on ne peut tenter de lui créer un environnement contrôlé afin de favoriser sa reproduction. Cette reproduction est d'ailleurs très lente, ajoutant au risque d'extinction.

Voyage extraordinaire

L'information y est donc dense et complète, mais elle est facilement assimilée par un public ensorcelé par le charme des beautés sous-marines. La trame sonore rend le voyage encore plus prenant, nous berçant de sa mélodie au rythme des vagues.

Jamais moralisateur, le film ne fait que présenter les faits tels qu'ils sont, et ne crie pas au scandale non plus. Il laisse à son auditoire la liberté de prendre position tout simplement. En préconisant une approche diplomatique plutôt qu'agressive, le public est plus réceptif au message qui lui est transmis.

À noter aussi que les lunettes de carton dont le port représentait à l'époque un supplice ont été remplacées par des lunettes à la monture de plastique dont le confort est étonnant. Il n'y a donc plus d'excuse qui tienne pour ne pas voir un film d'une beauté sublime, tout en faisant travailler notre matière grise.

Requins 3D, à l'affiche au Imax du Vieux-Port de Montréal jusqu'au 22 avril.

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