SUR LE PLATEAU DU RINGLa lutte amateur pour oublier la pauvretéMaxime Demers Le Journal de Montréal 11-12-2006 | 07h14
Le Ring, c'est l'histoire de Jessy (Maxime Desjardins-Tremblay), un garçon de dix ans du quartier pauvre Hochelaga- Maisonneuve qui vit des moments difficiles à la maison avec ses deux frères (Maxime Dumontier et Jason Roy- Léveillé), sa soeur (Julianne Côté) et son père (Stéphane Demers) à la suite du départ de sa mère. Heureusement, il y a la lutte amateur, sa passion. Tous les vendredis soir, dans le sous-sol de l'église, Jessy va voir ses lutteurs préférés se battre. Une façon comme une autre de se défouler. «Jesse, c'est un petit battant dans un milieu difficile, résume la réalisatrice du film, Anaïs Barbeau-Lavalette. Le Ring, c'est l'histoire d'un passage de l'enfance à l'adolescence et la perte de l'innocence qui vient avec, dans un milieu tough, Hochelaga-Maisonneuve.» Anaïs Barbeau-Lavalette, fille de la réalisatrice Manon Barbeau et du directeur photo Philippe Lavalette («j'ai grandi dans le cinéma», avoue-t-elle), a été diplômée de l'INIS en 1999, du programme long. Elle a réalisé quelques documentaires (dont Si j'avais un chapeau et La Main du monde), mais Le Ring est son premier long métrage de fiction. Le scénario a été écrit par une diplômée de la même année, Renée Beaulieu. Les deux producteurs (Ian Quenneville et Thomas Ramoisy) sont aussi d'anciens finissants de l'école montréalaise. Le film est doté d'un budget d'un peu moins de 1 M$ (825 000$). Le tournage - qui se termine aujourd'hui - se sera échelonné sur 22 jours. «C'est une gang de jeunes qui débutent et c'est un petit budget, mais en aucun temps je n'ai senti qu'on souffrait d'un manque de moyens ou d'expérience», admet Stéphane Demers, un des acteurs les plus expérimentés de la distribution. «Un pays pauvre en soi» Anaïs Barbeau-Lavalette s'intéresse au quartier Hochelaga-Maisonneuve depuis longtemps. Elle y fait du bénévolat depuis quatre ans aux côtés du docteur Gilles Julien. Et déjà, dans son documentaire Si j'avais un chapeau, elle donnait la parole à des enfants de pays pauvres (Inde, Tanzanie), mais aussi du quartier pauvre de l'est de Montréal. «Car Hochelaga-Maisonneuve est un pays pauvre en soi, chez nous», dit-elle. C'est aussi en réalisant ce documentaire, il y a un an, qu'Anaïs Barbeau-Lavalette a découvert l'acteur principal du Ring, le jeune Maxime Desjardins-Tremblay, qui en sera à sa première vraie présence au grand écran. «Il y avait un gros plan sur lui dans Si j'avais un chapeau, dans une scène justement de foule pendant un match de lutte amateur, relate-t-elle. Quand on a commencé à faire des auditions pour ce rôle, je me suis rappelé de lui. Je voulais un petit baveux, un petit boxeur, et c'était lui. «On a hésité au début parce qu'il n'a aucune expérience et que c'est un personnage qui est dans chaque scène du film. Mais finalement, on a tellement bien fait! Il est excellent, il y a de la vérité dans son jeu, dans son regard. C'est son quartier, il connaît cette réalité, il tripe sur la lutte pour vrai. C'est un peu lui, le personnage.» |