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RETROUVER SON ÂME D’ENFANT

Rendez-vous avec la peur

Par Michaël Augendre
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07-07-2006 | 19h50
Je me souviens d’un mercredi après-midi banal. J’habitais une petite ville française de province qui ne comptait que huit salles de cinéma. Deux établissements présentaient les sorties populaires, une salle, qualifiée pompeusement d’art et d’essai, diffusait des films auxquels je ne prêtais encore aucune attention. La dernière, un petit cinéma recroquevillé dans une petite rue sombre du centre-ville, présentait en alternance films pornos et films d’horreur... Surtout des pornos à vrai dire.

Ce cinéma avait donc le goût de l’interdit. Un interdit que j’avais un peu l’impression de transgresser car, chaque jour, nonchalamment, je passais devant pour me rendre à l’école. Un coup d’oeil furtif sur le film de la semaine et je continuais mon chemin pour aller voir et apprendre des choses bien plus respectables. Parfois, avant une séance, je croisais même les spectateurs masculins qui se rendaient, le regard fuyant, dans l’antre interdit. Je m’imaginais non pas des êtres pervers, mais des gens qui pouvaient faire ce qu’ils voulaient.

Moi, j’avais 12 ans, et la liberté se résumait à aller voir, quand ça nous chante, un film porno !

Terrible Mario
Seulement un jour, un de mes coups d’oeil eut l’autorisation de devenir un regard. Cette semaine, ce n’était pas un porno qui passait, mais un film d’horreur (pas de la toute première fraîcheur; j’appris plus tard, qu’il était sorti officiellement un an plus tôt). Là, je me sentais le droit (le devoir?) de lécher la vitrine. Les films d’horreur et de peur, je connaissais: j’étais tombé dedans depuis longtemps. C’était Bela Lugosi en Dracula et en noir et blanc, Boris Karloff qui était aussi effrayant en Frankenstein qu’en momie ou Fu Manchu. C’était Universal puis MGM et enfin les Anglais de la Hammer avec Terence Fisher en Technicolor.

Je ne savais pas encore que, quelques années plus tard, je découvrirai Mario Bava (et la ténébreuse Barbara Steele) qui me ferait aimer autant les films d’horreur que les films (tout simplement) de peur. D’ailleurs, pour l’anecdote, Mario Bava est mort en avril 1980, trois jours avant Hitchcock. Il y a parfois des semaines maudites.

Revenons à mon lèche-vitrines cinématographique. Quelques photos punaisées me faisaient arrêter ma marche triomphante pour l’école: du sang partout, la nuit, des arbres qui semblent vivants (et bien peu coopératifs), et une photo qui rend muet le hurlement d’une jeune fille. «Diable, il faut que je voie ça.»

Le rendez-vous était pris. Le seul hic était mon âge et ces terribles interdictions aux moins de... Le mercredi suivant, je me dirigeai seul et d’un pas assuré vers le petit cinéma. Pas assuré mais voix finalement timide lorsque je demandais un billet. Le guichetier insouciant ne se posait pas une seconde la question de mon âge. J’avais ma place, j’avais franchi la barrière, je rentrai dans la salle obscure.

Peur et bonheur
Je comprenais d’ailleurs que salle obscure n’avait jamais si bien porté son nom. J’étais complètement seul dans le cinéma. Le film commence, la nuit arrive vite, des jeunes, une forêt, une maison de bois, un sous-sol et un déchaînement de violence. Pour la première fois de ma vie, je souhaitais vivement la fin du film, non pas par ennui, mais par peur ! The Evil Dead m’avait terrifié. C’était génial. J’adulais Sam Raimi. J’avais mon premier film culte.

Dix ans plus tard, je le reverrai en vidéo, dans mon salon éclairé... Et le charme se sera envolé.

Cette peur, cette agression, cette perturbation, ce malaise, est un vrai bonheur. Un bonheur que l’on retrouve çà et là dans les films dits de genre. Fantasia débute et étale sa programmation sur 18 jours. En faisant bien votre marché, je suis persuadé que vous trouverez ce film, celui qui va vous déranger mais aussi vous débrider l’imaginaire. Moi, en tout cas, j’en ai repéré quelques-uns qui me paraissent bien étranges (quel euphémisme!), voire subversifs. Une petite peur, des mondes merveilleux ou des héros bondissants... Le choix est grand pour retrouver son âme d’enfant.

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