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LES FILMS QUÉBÉCOIS AU CANADA ANGLAIS

Le mur des deux solitudes

David Patry
Le Journal de Montréal
19-06-2006 | 07h13
Le cinéma québécois a du mal à conquérir le coeur des Canadiens anglais. Même Maurice Richard n'y est pas parvenu. Peut-on réconcilier les deux solitudes au grand écran?

::encart:: Récemment, Maurice Richard a reçu des critiques élogieuses d'un océan à l'autre et a été l'objet de l'un des plus gros lancements de l'histoire du cinéma québécois dans le «rest of Canada» (ROC).

Selon nos informations, un tel lancement aurait coûté jusqu'à 3M$. De leur côté, Les Invasions barbares ont remporté le prix du meilleur film étranger à Cannes et C.R.A.Z.Y. a tout raflé aux Génies.

Pourtant, aucun d'eux n'a réussi à s'illustrer au box-office du Canada anglais. Un peu moins d'un million de dollars en recettes pour Les Invasions, moins de 700 000$ pour le Rocket, alors que C.R.A.Z.Y. a dû se contenter de moins de 500 000$.

«Ce n'est pas beaucoup, comparativement aux sommes dépensées par le distributeur pour la sortie au Canada anglais», remarque le producteur de C.R.A.Z.Y., Pierre Éven. En fait, le film n'a tout simplement pas fait ses frais, les coûts de promotion dépassant les revenus en salle.

«On se disait qu'on avait une bonne chance, mais ça n'a pas marché», dit-il. Le vice-président d'Alliance, Patrick Roy, tente de relativiser les résultats des films québécois. «Pour moi, quand on sort un film au Canada anglais, c'est une réussite en soi.»

Autre son de cloche pour le producteur de La Grande Séduction, Roger Frappier. «La langue et la culture du Canada anglais sont différentes des nôtres», avance-t-il pour expliquer ce constat peu reluisant.

Une opinion que partage Pierre Éven. «Quand un film québécois va à l'extérieur du Québec, c'est un film étranger. Ce n'est pas un film en anglais, donc ça s'adresse à un public microscopique», renchérit-il.

Le sous-titrage, un problème?

C'est que les films québécois présentés au Canada anglais sont présentés en français et sous-titrés en anglais. Exit les doublages, qui sont pourtant chose courante au Québec et ailleurs dans le monde. «C'est une question de culture; les films doublés, ils n'aiment pas ça», explique Pierre Éven.

Même pratique aux États-Unis, mais Roger Frappier y voit une mesure protectionniste des distributeurs plutôt qu'un trait culturel.

«Ils ont compris que le doublage rapporte beaucoup d'argent à l'étranger, mais ils refusent de le faire pour nos films pour protéger leur marché.»

Selon lui, si les films québécois étaient doublés en anglais, ils obtiendraient une meilleure part de marché.

«Même ici au Québec, un film sous-titré est confiné à la marginalité», souligne Roger Frappier.

Celui-ci a tenté le coup pour le film Jésus de Montréal.

«On a dépensé une fortune pour faire un doublage presque parfait, et ça n'a servi à rien, le film est sorti sous-titré», déplore-t-il.

Quant à lui, Patrick Roy considère que la marginalisation des films sous-titrés est un mythe. «Dans Da Vinci Code, il y avait des passages en français qui étaient sous-titrés et ça a fonctionné quand même», soulève-t-il.

Nul n'est prophète en son pays

Mais les films québécois ne sont pas les seuls à obtenir des résultats mitigés au Canada anglais. Les films canadiens peinent aussi à intéresser leur propre auditoire.

«C'est un marché qui est sous l'emprise du cinéma américain», constate le directeur des opérations en français à Téléfilm Canada, Michel Pradier.

«Ils n'ont pas de star-system. Dès que des acteurs, des réalisateurs ou des scénaristes ont un certain succès, ils partent travailler aux États-Unis», ajoute Patrick Roy.

Le Canada s'est tellement entiché des films américains que Roger Frappier considère le ROC comme une extension du territoire des États-Unis. Selon lui, pour conquérir le Canada, il faut commencer par conquérir nos voisins du Sud.

«Il faut travailler la mise en marché. Si on arrive à vendre nos films à un distributeur américain, c'est presque certain qu'on va avoir du succès au Canada, propose-t-il. Autrement, c'est de l'argent perdu.»

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