LE LIVRELe Da Vinci Code provoque des débatsKarine GagnonLe Journal de Québec 13-05-2006 | 04h00
Les spécialistes en sciences religieuses consultés par le Journal de Québec sont unanimes: bien qu’il faille nuancer à maints égards, le Da Vinci Code constitue une bonne intrigue basée sur le mystère. ::encart:: «Il y a plusieurs erreurs historiques, ce qui a le don d’agacer l’historienne que je suis, mais l’auteur a su mettre le doigt sur des inquiétudes actuelles dans notre société. C’est très habile, mais malheureusement, je trouve que ça ne répond pas. Il ne faut pas que les gens y voient la preuve d’un secret perpétué par l’Église», considère Anne Pasquier, professeure à la faculté de théologie et des sciences religieuses de l’Université Laval. Mme Pasquier fait partie d’une équipe qui étudie, depuis près de 25 ans, les évangiles apocryphes sur lesquels s’est basé Dan Brown pour écrire son roman. Elle s’est intéressée de près à ceux qui ont été retrouvés à Nag Hammadi, en Égypte, en 1945. «Ce que je déplore, dit-elle, c’est qu’on mette à plat, en se basant sur des sources douteuses, tous les fondements du christianisme. Il y a là-dedans un certain mépris de la foi.» Néanmoins, remarque Mme Pasquier, il y a 10 ans, les gens ne parlaient plus de religion. Ils tenaient pour acquis que ça ne faisait plus partie de leur vie. Or, les choses ont changé, à partir du 11 septembre 2001 notamment et à en juger par les remous causés par le Da Vinci Code. Aussi, c’est l’occasion pour les gens qui ne sont pas des extrémistes de s’exprimer.» Au sujet du peu de place dévolue aux femmes en général au sein de l’Église et qui est à la base du roman de Dan Brown, Anne Pasquier ne peut que consentir. «Il y a un problème sur cette question dans l’Église et je suis convaincue que ça barde au Vatican», dit-elle. «Le christianisme est une religion de liberté, de l’esprit. Alors, pourquoi on se scléroserait? Il faut de l’ouverture», estime Mme Pasquier. Cette dernière se dit profondément désolée des positions conservatrices adoptées par l’Opus Dei, cette organisation catholique représentée comme une secte avide de pouvoir dans le Da Vinci Code. La religion, expose la théologienne, a beaucoup évolué au fil des siècles. «Pourquoi on se scléroserait à notre époque?» Changer les choses Sociologue et spécialiste des nouvelles religions rattaché à l’Université Laval, l’enseignant Alain Bouchard est convaincu que le Da Vinci Code fera bouger les choses dans notre société. «Ça m’étonne le nombre de personnes qui me disent qu’elles se sont reconnues en lisant le Da Vinci Code, rapporte Alain Bouchard, sociologue des religions et qui enseigne à l’Université Laval. J’ai beau leur expliquer que tout ce qu’il y a là-dedans, ou à peu près, c’est faux, il n’y a rien à faire, elles sont convaincues.» C’est, selon lui, la fameuse théorie du complot qui donne sa force à ce roman, laquelle devient fort populaire lorsque l’être humain ne trouve plus de réponses à certaines questions. C’est le cas, à notre époque, en ce qui a trait à l’Église. Selon cet observateur, «le Da Vinci Code ne changera rien sur le plan individuel, mais d’un point de vue collectif, on verra émerger de nouvelles idées, des mouvements féministes avec une nouvelle approche.» |