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Plus de vingt ans après Paris, Texas - Le tandem Wim Wenders/Sam Shepard récidive

PLUS DE VINGT ANS APRÈS PARIS, TEXAS

Le tandem Wim Wenders/Sam Shepard récidive

Daniel Rioux
Le Journal de Montréal
12-05-2006 | 14h31
Sur la route comme son idole Jack Kerouac, continuant en quelque sorte le voyage entrepris il y a plus de vingt ans lorsqu'il a écrit Paris, Texas pour l'ami européen Wim Wenders, Sam Shepard interprète le rôle principal dans Don't Come Knocking qu'il a aussi coscénarisé avec le réalisateur Wenders.

Se payant toute une traite sur le dos de la mythologie du cow-boy qui traîne sa solitude dans les grands espaces époustouflants, ces deux sexagénaires complètement éclatés ont ciselé un film d'une grande esthétique, à la fois existentiel, absurde et authentique. Un film émouvant qui prend d'étonnants détours pour toucher à de simples questions d'appartenance familiale.

C'est du cinéma théâtral à la Wenders et la distribution est d'une justesse et d'une qualité qui tient le spectateur rivé à l'écran.

Cow-boy déchu

Shepard lui-même incarne une vedette déchue de films westerns qui décroche en plein tournage, ce qui permet à Wenders de se régaler et de nous régaler dans le pastiche du genre. Sur les talons du décrocheur, il y a un enquêteur mandaté par les assureurs. Le rôle est défendu par Tim Roth, lequel se balade dans le film comme un Dupont (d) dans le sillage de Tintin.

Mais cette mise en place et ces artifices, si amusants soient-ils, passent rapidement à l'arrière-plan à mesure que s'intensifient les drames humains que ce personnage amorphe, affublé du prénom de Howard qui rime bien avec coward (peureux), se met à déclencher malgré lui.

Cow-boy à femmes

Ça commence chez sa mère qui l'accueille comme si de rien n'était alors qu'ils ne se sont pas vus depuis trente ans. Eva Marie Saint, toute de bleu poudre et de blondeur, donne le ton à la relation qu'auront toutes les femmes du film avec Howard, chacune représentant une génération.

Après la mère vient l'amante, nulle autre que Jessica Lange - sa vraie femme dans la vie - et ensuite la fille (Sarah Polley). Le jeu de chacune de ces blondes au regard pénétrant, au sourire désarmant et à l'esprit redoutable, se reçoit comme de multiples couches d'émotion étalées l'une sur l'autre. Impossible d'échapper à l'emprise.

Et ce sont ces trois personnages aussi mythologiques que celui du cow-boy errant qui permettent aux auteurs Wenders et Shepard de fesser au coeur des relations père/fils. Parce que notre cow-boy Howard canardait pas mal et qu'il a aussi un fils qu'il découvre, au grand regret de l'infortuné héritier.

Cow-boy anglo

Il n'y a pas de version doublée et c'est tant mieux (mais une avec s.t.f. au cinéma du Parc), car les dialogues, économes, sont aussi comme une musique. Car sur un ton souvent détaché, il se dit des choses fort philosophiques dans cette étrange histoire de famille déguisée en road movie.

On est au Montana, on est chez Wenders et Shepard à leur meilleur et finalement, on est chez soi!

Don't Come Knocking, un drame familial de Wim Wenders. Avec Sam Shepard, Jessica Lange et Tim Roth. À l'affiche en v.o.a. au AMC Forum, sous-titré au Cinéma du Parc.

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