Accueil Divertissement
 
 
Agence QMI
Nathalie Baye - Les nombreuses vies d’une femme unique
© Agence QMI / Claude Lapres
La carrière de Nathalie Baye a débuté au cinéma en 1972, mais elle a été révélée en 1978 dans La Chambre verte, de François Truffaut.

NATHALIE BAYE

Les nombreuses vies d’une femme unique

Isabelle Hontebeyrie
06-09-2010 | 16h14
MONTRÉAL - Honorée au Festival des films du monde (FFM) de Montréal dimanche soir où elle a reçu le Grand Prix spécial des Amériques, l’actrice française Nathalie Baye nous a accordé une entrevue, l’occasion de faire avec elle une rétrospective de sa prolifique carrière.

La passion est un mot-clé quand on parle de la filmographie de Nathalie Baye à la principale intéressée. Sa carrière a débuté au cinéma en 1972, mais elle a été révélée en 1978 dans La Chambre verte, de François Truffaut.

Elle dit accepter les rôles en fonctions d’un ensemble de critères: «Pour moi, il y a de bons et de mauvais sujets. Ce qui me fait accepter, c’est d’abord un scénario, un réalisateur et, bien sûr, un "casting".»

Désir et plaisir...

La flamme qui anime Nathalie Baye après plus de 75 films en près de 40 ans de carrière est la même que celle qu’elle ressentait à ses débuts.

«Ce qui m’intéresse, c’est de rentrer dans l’univers de quelqu’un d’autre, à la fois dans celui du personnage que j’interprète, mais aussi dans celui du metteur en scène. Quand on travaille avec Godard, avec Truffaut, avec Pialat, avec Josiane Balakso ou avec Frédéric Fonteyne, ce sont des personnalités très différentes, des univers très différents, des méthodes de travail très différentes et c’est ça qui fait qu’on garde le désir! Si c’est pour travailler toujours avec le même genre de personne, on s’ennuie et on ne peut donc pas avoir autant de plaisir ni de sincérité dans sa démarche d’actrice.»

Par contre, Nathalie Baye refuse l’emploi du mot «risque», qu’elle trouve quelque peu galvaudé. Pour elle, le terme s’applique à des gestes qui n’ont que peu à voir avec son métier et le pire qui pourrait lui arriver serait de se tromper. «Mais, c’est par nos erreurs qu’on apprend», lance-t-elle alors avec un sourire désarmant.

C’est cette même envie de jouer qui a conduit Nathalie Baye tour à tour devant les caméras de cinéma et de télévision ou sur les planches au théâtre. Pas de différence, donc, entre ces trois univers du métier, si ce n’est son appréciation particulière des répétitions avant de jouer une pièce.

Ce qui la passionne, quel que soit le rôle qu’elle interprète, c’est de pouvoir fouiller la psychologie de ses personnages. «C’est le parcours qui est intéressant, dit-elle. C’est de savoir, dans La cliente, par exemple, pourquoi cette femme ne veut plus avoir d’histoire d’amour.» De la même manière, elle aimerait jouer, un jour, «un personnage assez diabolique, parce que c’est formidablement séduisant. J’aime bien ceux qui sont pleins de contradictions et d’ambiguïté» souligne-t-elle.

Au Québec, on a vu Nathalie Baye l’an dernier dans La cliente, film de son amie Josiane Balakso dans lequel elle interprète une femme qui fait appel aux services d’un gigolo. Et un regard à sa filmographie nous montre une kyrielle de personnages différents. Il suffit de penser aux films Le Petit Lieutenant, Liaison pornographique, Vénus Beauté Institut, ou encore, dans les années 1980, à La Balance ou au Retour de Martin Guerre.

Plusieurs vies, plusieurs souvenirs

En campant autant de femmes, conserve-t-elle quelque chose de ses personnages?

«J’ai un peu le souvenir d’avoir plusieurs mémoires. J’ai ma vie à moi de femme, avec tout ce que cela peut comporter de positif, de négatif, d’échecs et de réussites, mais j’ai parfois le sentiment d’avoir eu une très très longue vie, parce que j’ai plusieurs mémoires. À vrai dire, certains des personnages que j’ai interprétés m’ont enrichie, car ils m’ont apporté leur histoire, leur expérience et leurs émotions. C’est un peu, non pas comme un puzzle, mais comme un sentiment d’avoir eu plusieurs vies dans une. C’est très étrange, mais c’est aussi très enrichissant et passionnant.»

En attendant de passer peut-être un jour derrière la caméra, Nathalie Baye prend part à un projet pour le moins inhabituel, appelé «La collection 2010: écrire pour Nathalie Baye», dans lequel elle invite les jeunes scénaristes à imaginer des courts-métrages dont elle serait la vedette. Parmi les propositions reçues, elle en choisira cinq qui seront présentées en avant-première lors de la Semaine de la critique dans le cadre du Festival de Cannes de 2011.

«Il n’y a rien de plus intéressant que de dénicher des talents. De plus, dans le cinéma français, il faut mettre de plus en plus en lumière le rôle du scénariste. Aux États-Unis, quand les scénaristes sont en grève, il n’y a plus de films. En France, tout le monde veut être Jean-Luc Godard!»

haut