Accueil Divertissement
 
 
JDM
Mères et filles - Maire-Josée Croze en toute liberté à Paris
© AFP
Marie-Josée Croze joue dans Mères et filles de Julie Lopes-Curval.

MÈRES ET FILLES

Maire-Josée Croze en toute liberté à Paris

Michelle Coudé-Lord
04-09-2010 | 14h00

Elle accumule les rôles en France, elle n’oublie pas le Québec, elle tournera d’ailleurs dans une coproduction de Roger Frappier au cours des prochaines semaines.

Marie-Josée Croze revient dans l’actualité québécoise, car son film Mères et filles, qu’elle a tourné en 2008 aux côtés de Catherine Deneuve, sort dans nos salles le 10 septembre.

Mercredi matin, au bout du fil, nous avons droit à une conversation dynamique, vive, joyeuse avec une actrice et une femme qui savoure chaque moment de ce métier. Confidences de Marie-Josée.

Parle-nous de ce projet Mères et filles ?

C’est un film qu’on a fait en 2008. J’ai tout fait pour que mon agenda puisse insérer ce projet. Je voulais absolument le faire parce que j’étais touchée par ce personnage de Louise, le point noir de cette famille qu’elle avait abandonné. Je voulais aider ce personnage à trouver sa place. Et je travaillais avec la réalisatrice Julie Lopes-Curval, gagnante de la Caméra d’or en 2002 à Cannes pour son film Bord de mer. Et elle a tourné aussi avec Julie Depardieu et Marion Cotillard.

Et quel succès le film a-t-il eu en France ?

Le film est sorti au moment où il y a eu beaucoup de films. Les critiques ont été bonnes et je dirais que pour sa dimension, car c’est tout de même un film d’auteur, fait donc avec très peu de moyens, personne n’a été déçu. Les résultats ont été corrects.

Je m’attendais à plus pour ce sujet de transmission mère-filles, de malentendus qui se transmettent d’une génération à une autre, du personnage d’Audrey qui se retrouve avec une incompréhension de sa propre mère et qui va se trouver presque un refuge dans cet ancêtre qui a disparu, mais qui grâce à son écriture, va se trouver des pointes de similitude avec sa grand-mère qu’elle n’a jamais connue.

De cette manière-là, elle refait le puzzle et s’aperçoit que les gens n’étaient pas si méchants. Mon amie Julie Depardieu avait tourné avec cette réalisatrice et me l’avait fortement recommandée. Et ce n’est pas tous les jours qu’on joue la mère de Catherine Deneuve.

Que retiens-tu de Catherine Deneuve ?

C’est une femme très forte, très intelligente, très ouverte, qui s’intéresse aux autres et en même temps qui inspire un très grand respect. On a l’impression qu’elle recadre les situations et les gens. C’est quelqu’un de très rigoureux, mais qui a quand même beaucoup d’humour, qui aime la vie, manger et boire. Je me souviens d’un repas où le soir nous nous sommes retrouvées au bord de la plage pour rentrer à l’hôtel, on sentait des chansons des films de François Truffault. Ce sont des moments magiques, chanter sur la plage avec Catherine Deneuve.

Comment vis-tu tes départs et arrivées d’un tournage à l’autre ?

La seule chose qui compte, c’est de bien vivre les moments qu’on a à vivre au moment où on les vit. Et moi je fais en sorte qu’à chaque tournage, ce soient de beaux moments. Il y a eu plus de rencontres enrichissantes que l’inverse.

Et là, quels sont tes projets ?

C’est la crise en ce moment, donc j’ai eu plusieurs projets décalés, mais là tout se met en place. L’agenda est compliqué, car on essaie d’arranger les horaires pour que ça se fasse. Je tournerai un film coproduit en Argentine et au Québec avec Roger Frappier et Luc Vandal, que j’ai retrouvé avec bonheur. Ce sera un road movie dans lequel je joue une policière qui va partir à la recherche des gens qui auront causé le drame dans sa vie, l’assassinat d’un membre de sa famille. On va tourner en Argentine et une semaine à Montréal en janvier. Et j’ai plein d’autres projets. Ce sont des films français qui sont tournés un peu partout.

Et les Américains ?

Oui j’ai toujours un contact. Je reste ouverte aux projets. Mais je viens de tourner un film en Angleterre pour la télé, un Agatha Christie et j’ai adoré vivre à Londres. C’était génial. Je reçois régulièrement des choses. Mais à distance, c’est plus difficile. Je préfère toujours rencontrer les gens. Je choisis toujours mes projets par rapport aux gens et à l’histoire.

Après sept ans en France, cette carrière t’apporte quoi ?

C’est compliqué d’imaginer une autre vie. Bien sûr, j’aurais pu rester au Québec, avoir des enfants, me faire une autre vie ou aller aux États-Unis. Mais j’avais vraiment beaucoup d’assurance vers l’Europe et c’est encore le cas aujourd’hui, sinon je ne serais pas restée. C’était donc plus un ensemble de choses. J’aime vivre ici. Il y a des gens pour qui ça ne conviendrait pas de vivre ici. Mais moi, ça me va parfaitement. Et mon métier me comble, car il me permet de toucher à plein de choses, comme là par exemple je dois apprendre l’espagnol.

J’ai un autre film où je dois parler l’arabe. Je dois apprendre à chanter, à tirer au revolver. Faut aimer apprendre, faut aimer faire des choses différentes et être aussi au service des autres. Un acteur est quand même entre les mains de gens. Quelque part, il faut savoir s’imposer, mais aussi se laisser emporter dans chaque film.

Par exemple, Julie Lopes-Curval, une fille avec qui, encore hier, je prenais un café sur une terrasse, quand elle tourne une scène triste, à la fin elle est en larmes. C’est quelqu’un qui est très réservée, très bon public, mais moi, sa manière de travailler m’a beaucoup plu. Je lui aurais donné la lune. Dans le film Mères et filles, elle m’a demandé de prendre l’accent des vieux films français. J’ai travaillé très fort. Je me suis mise alors au service de la réalisatrice.

Donc, tu es heureuse dans cette vie d’actrice ?

Oui, car ce n’est pas un métier pour moi, mais une vocation.

Et tu es amoureuse ?

Je suis très très heureuse, je suis amoureuse en fait de la vie. Je ne sais pas si je veux des enfants. Quand les choses arrivent, j’essaie de les transformer en quelque chose de beau et même quand ce n’est pas beau, j’essaie d’en faire quelque chose qui n’est pas trop mal.

Je me fous un peu du regard extérieur. Moi, je fais les choses quand j’ai besoin de les faire. Par exemple, j’avais toujours essayé de passer mon permis de conduire et ça ne marchait jamais. Or, un jour, j’ai été obligée de le passer pour un film et voilà, j’ai réussi.

Et comment vis-tu avec les vidéos YouTube qui te montrent en colère en train de tirer ta coupe de champagne sur un gars qui te pourchassait dans une soirée ?

Ce n’est rien. C’est juste un déséquilibré qui va dans des fêtes et qui essaie de montrer les gens sous leur mauvais jour. Moi je n’en ai absolument rien à foutre de ces conneries. Et moi, devant cela, je me défends. Ça ne me dérangera pas de foutre mon poing sur la gueule de quelqu’un pour défendre un ami que j’aime. Je n’ai peur de rien. Le type m’a provoquée, il a été impoli, j’ai essayé de lui faire comprendre et il a insisté donc je lui ai jeté mon verre à la gueule. C’est une réaction normale. Je l’ai humilié comme lui m’a humiliée. Et tout se retrouve sur YouTube.

Et internet ou les nouveaux médias sociaux, comment vis-tu avec cela ?

Ce sont de belles petites prisons pour plusieurs. Bien sûr aujourd’hui, tout est sur YouTube. C’est facile de détruire quelqu’un. Mais dans le fond, je m’en fous. Ça ne m’intéresse pas vraiment. Aujourd’hui, tout va très très vite, même le succès. La seule chose qui peut rester à la limite, ce sont les oeuvres, donc j’essaie de faire mon travail sur le plan artistique, le reste ne m’intéresse pas.

Depuis que je suis petite, je me suis toujours bagarrée pour me défendre, or c’est ce qui est arrivé ce soir-là. La seule chose pour moi qui est inacceptable, c’est de faire du mal aux autres pour rien. Mais moi, je suis gentille, tous les gens dans mon quartier m’adorent, je n’ai aucun problème, mais il ne faut pas me faire chier ni en France, ni au Québec. Il n’y a aucun pays où je fermerais ma gueule si on me fait mal.

Je ne vois pas pourquoi je me laisserais humilier par ce type qui a plein de procès au cul et qui passe sa vie à insulter des gens et à s’incruster dans des soirées parisiennes. Plein de gens m’ont téléphonée pour me remercier de lui avoir jeté mon champagne au visage. Quand j’étais serveuse, j’ai jeté des verres en plein visage aux clients qui m’embêtaient.

Et ton lien avec le Québec ?

Je n’ai jamais dit non pour tourner au Québec. Je n’ai pas de plan. Les choses me touchent, j’ai envie de les faire ou pas. Ce n’est pas logique le métier qu’on fait. À partir du moment où on se fixe trop d’objectifs, c’est là qu’on se perd, je crois. Moi, les scénarios débarquent dans ma boîte aux lettres, je ne sais pas pourquoi. Je les lis.

Si ça me plait, je dis oui. Après je m’intéresse aux acteurs, au réalisateur... Mais c’est certain qu’avec les plus grands réalisateurs, j’accepterais de faire une plante verte. Je suis très à l’aise et très en paix avec ce métier-là.

Et le théâtre ?

J’ai joué en 2005. Ce fut une expérience assez enrichissante, mais douloureuse avec un metteur en scène très difficile. Ça m’a un peu refroidie. Le théâtre m’intéresse, mais je suis prudente. Ce sont de grands engagements, très intenses. Je ne dis pas non, mais je priorise le cinéma. Et même les plus petits rôles, comme Munich, ce fut une courte présence, mais on me parle encore de ce rôle.

Et c’est quoi la meilleure manière de présenter ce film Mères et filles ?

Pour moi, c’est un film qui parle des malentendus au sein des familles. Ça soulève beaucoup de questions, ça fait réfléchir.

Et toi ta relation mère-fille ?

Je ne parle pas de cela. Je n’en ai pas envie. J’ai un peu dédié ce rôle à ma mère d’ailleurs. Cette femme enfermée dans les années 50, à qui on a demandé d’être une bonne épouse, qui sache bien cuisiner, bien tenir la maison, alors qu’elle avait envie d’être une femme. Je sais que ma mère m’a beaucoup parlée des difficultés des femmes de s’affirmer à cette époque. Elle s’était divorcée et était à la recherche de son indépendance. C’était une vraie battante.

Évidemment, j’ai pensé à elle quand j’ai fait le film. Mon rapport avec les médias est un peu compliqué non pas parce que je suis sauvage, mais je veux protéger le film. Je n’aime pas penser que les gens pensent à moi quand ils voient le personnage. Je laisse parler le film. Je ne renchéris jamais sur ma vie privée sur chacun de mes rôles.

Je veux que les gens continuent à m’imaginer. C’est pourquoi je garde toujours une distance. J’aime fermer l’individu qui se cache derrière tous les rôles. Ma vie m’appartient. J’ai une approche de mon métier qui est assez viscérale. Je ne me cache pas beaucoup. Je me mets à nue, c’est toute ma vérité qui est exprimée. Tous mes rôles donc me révèlent plus qu’en regardant les YouTube qui parlent de moi.

Heureuse ?

Disons que je suis plutôt mélancolique. On vit dans un monde dur et peu rassurant. Donc, on ne peut pas être complètement heureux. Mais oui, j’ai des moments magiques. Le bonheur comme tel, je le cherche comme tout le monde, chaque jour. J’espère en attraper un petit bout. Ma vie se situe plus dans cette zone-là que dans une béatitude complète. Mais je fais tout pour être du côté de la paix. J’ai une force de vie et je n’ai pas peur de grand-chose.

haut