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Journal d'un coopérant...un sujet chaud - Robert Morin
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Robert Morin dans Journal d'un coopérant.

JOURNAL D'UN COOPÉRANT...UN SUJET CHAUD

Robert Morin

Michelle Coudé-Lord
20-03-2010 | 14h00

Produit par la Coop vidéo de Montréal, le film Journal d’un coopérant du scénariste et réalisateur Robert Morin nous est présenté en plein coeur d’une actualité chaude.

Est-ce que l’argent envoyé dans les pays en difficulté va au bon endroit? Le réalisateur croit que même si les intentions sont bonnes, il y a bien des choses à corriger.

Le film au budget de 900 000$ a été tourné au Burundi. Quelques jours avant son départ, le réalisateur Robert Morin avait reçu le Prix du gouverneur général en arts visuels et médiatiques.

OR, QUELQUES MOIS PLUS TARD, EST-CE QU’UN TEL PRIX CHANGE LA VIE D’UN CINÉASTE?

Ça fait 25 000$ de plus; cet argent a payé mon salaire pour mon tournage Le Journal d’un coopérant.

CROYEZ-VOUS À CELA LES NOMINATIONS À DES GALAS?

Je ne crois pas qu’on peut faire la compétition avec de l’art. Dans les sports oui, mais je pense qu’on met trop d’olympisme là-dedans.

QUELLE EST LA MEILLEURE FAÇON DE PRÉSENTER JOURNAL D’UN COOPÉRANT?

C’est une fiction qui raconte l’histoire d’un gars, Jean-Marc Phaneuf, qui fut mal aimé dans sa vie et croit que la coopération pourra changer les choses, le cours de sa vie. Or, il perdra plusieurs de ses illusions qui lui restaient.

Il s’engage de bonne foi dans la coopération, croyant avoir trouvé un bon moyen d’aider, mais il verra qu’il n’est au fond qu’un pion dans une grosse machine pas nécessairement et complètement honnête. Ça traite de trahison et d’abus de pouvoir.

QU’EST-CE QUI VOUS A INSPIRÉ CETTE HISTOIRE?

J’accompagnais ma femme, Andréline Beauparlant, directrice artistique du film Un dimanche à Kigali, tourné en Afrique, et j’ai réalisé alors l’ampleur du problème de la coopération. Je voyais un pays envahi par l’aide internationale; j’ai vu ces grosses bagnoles rutilantes se promener dans les rues de la ville dévastées; ces maisons avec des piscines.

La coopération me fait penser au Klondike, à la ruée vers l’or des saloons d’autrefois, des films de cowboys. Il y a des gens qui font du bon boulot, mais comme je leur montre dans mon film, je crois que la majorité de l’argent envoyé est détourné dans les poches des dirigeants de ces pays-là.

APRÈS CE QU’ON VIENT DE VIVRE AVEC HAÏTI, VOTRE MESSAGE EST UN PEU DÉSESPÉRANT ET TROUBLANT?

On espère toujours que l’argent aille au bon endroit. C’est souvent les gouvernements qui agissent mal. Il y a sûrement un peu de notre argent dans la fortune de Duvalier, l’extête dirigeante d’Haïti.

Moi, j’ai bien peur que si on ne contrôle pas ce qu’on a donné à Haïti, ça risque de faire comme dans certains pays d’Afrique. Il faut être très vigilant. Un plus grand contrôle pourrait changer les choses. Mais même en les donnant aux OMG, ça devient problématique, car on fait face alors à une bureaucratie excessive. On crée des jobs en engageant des domestiques, mais si on engage des domestiques, c’est parce qu’on a de trop grosses maisons peut-être. Mon film n’amène pas de solutions, mais pose des questions.

EST-CE QUE VOTRE FILM A ÉTÉ FINANCÉ PAR LES INSTITUTIONS?

Oui, sur un budget de 900000$, j’ai reçu 400000$ de la SODEC et 200000$ de Telefilm, et ajoutez à cela les crédits d’impôt pour un tournage de deux mois. J’ai voulu aussi adopter un ton narratif et de confidence.

ET LE BURUNDI?

Un vrai paradis terrestre. C’est pourquoi que j’aimerais tant que les gens ne souffrent pas.

QU’AIMERIEZ-VOUS QUE LES GENS RETIENNENT DU JOURNAL D’UN COOPÉRANT?

Que les choses ne sont ni noires, ni blanches. Et qu’il faut faire en sorte que l’argent qu’on donne se rende vraiment aux gens sur le terrain, aux populations. Il faut trouver de meilleurs mécanismes.

ET COMMENT VA NOTRE CINÉMA?

Les institutions mettent beaucoup d’oeuvres dans le même panier. J’aimerais qu’elles fassent plus de recherche et de développement.

Son prochain film sera l’histoire de l’amitié en temps de guerre, Quatre soldats, basé du roman d’Hubert Mignarelli.

Le film Journal d’un coopérant sera en salle aux cinémas Parallèle et Beaubien à partir du 26 mars.

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