50 DEAD MEN WALKINGKari Skogland: l'aventure irlandaiseentrevue réalisée par Martin Morin 07-08-2009 | 09h22
Ken Loach a fait The Wind that Shakes the Barley, qui se déroule en Irlande et votre film sort bientôt en salles. Les réalisateurs canadiens entretiennent-ils une relation particulière avec l’Irlande?D’après moi, c’est tout simplement parce que l’information sur le sujet (sur l’IRA et l’Angleterre) circule davantage depuis cinq ans. Nous sommes mieux informés et notre point de vue est plus aiguisé. C’est très intéressant pour un réalisateur de revisiter le passé pour montrer la dualité de ce conflit. J’ai adoré The Wind that Shakes the Barley, mais évidemment, les Anglais l’ont un peu moins aimé. C’est la même chose avec mon film. Quand on se rend compte de l’ampleur de ce qui passait... C’était une guerre très, très grossière et qui a duré bien trop longtemps.
Fifty Dead Men Walking
Dans vos films, vous ne prenez pas vraiment position.C’était très important pour moi. Il ne s’agit pas d’un film politique: je raconte l’histoire d’une personne. C’était donc essentiel que je le film ne penche pas d’un côté plus que de l’autre, et j’ai veillé à ne pas trop me laisser aller à mes sentiments pendant le tournage. J’ai discuté avec plein de gens avec différents points de vue sur le sujet. Je ne devais absolument pas me laisser emporter. Tous les choix du réalisateur font ce qui constitue le résultat final. Je me devais de garder un esprit ouvert. Le film vient de sortir en Irlande et il est très bien accueilli là-bas.
Des deux côtés?Des deux côtés, mais particulièrement du côté républicain, qui a trouvé le film équilibré. Apparemment, j’ai bien saisi les nuances du conflit. C’est un compliment qui nous fait bien sûr très chaud au cœur, à moi et à mon équipe. Notre mantra depuis le début était : authenticité, authenticité, authenticité. On voulait être le plus juste possible. Je m’arrêtais souvent pour me demander: dit-on la vérité, fait-on de la politique ou encore, est-ce du fla fla Hollywoodien? Est-ce que je colle vraiment à l’histoire? J’ai fait de mon mieux, en tout cas.
Comment en êtes-vous venu à vous intéresser à ce sujet?Un ami m’avait offert le livre (Fifty Dead Men Walking: The Terrifying True Story of a Secret Agent Inside the IRA) et je l’ai lu. J’ai grandi au Canada et je m’y trouvais encore lorsque le conflit a éclaté; l’événement était partout dans les médias. J’étais donc au courant de ce qui se passait, mais je ne saisissais pas vraiment l’essence du conflit. C’était comme l’Irak aujourd’hui. Chaque jour, on parlait d’une personne qui avait fait exploser quelqu’un à Londres ou quelque part en Irlande.Alors j’ai lu ce livre dans lequel l’avenir d’un jeune homme est bouleversé par cette situation. J’ai beaucoup aimé la voix de l’auteur. Aussi, je ne comprenais pas tout ce que je lisais, et j’ai voulu en savoir plus. On peut dire que cela a donné le coup d’envoi au projet. J’ai débuté mes recherches, je suis parti pour l’Irlande et me suis rendu compte que j’avais tout en main pour raconter une histoire formidable. Pas seulement l’histoire de Martin, mais celle d’un informateur, car j’ai fusionné quelques autres histoires à la sienne. C’était important d’inclure d’autres aspects du conflit, même s’ils n’étaient pas liés directement au personnage principal. J’ai donc fusionné plusieurs histoires en une pour en faire un récit plus universel.
Avez-vous rencontré Martin McGartland?Non, je ne l’ai pas rencontré, car il vit complètement en retrait. Il se cache. Mais il m’appelait. De mon côté, je ne pouvais jamais l’appeler. C’est une personne très en colère, et son discours est très enflammé. J’ai dû faire attention à ne pas le laisser influencer mon propre point de vue. |