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© Le Journal de Québec - Didier Debusschere |
Le réalisateur Philippe Baylaucq |
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LE MAGICIEN DE KABOUL
Pour briser le cycle de la violence
par Denise Martel
Le Journal de Montréal
24-01-2009 | 04h00
Comme le hasard fait parfois bien les
choses, il est à l’origine de l’improbable rencontre entre
un restaurateur japonais et un cinéaste canadien qui a
tout de suite vu dans son histoire un magnifique sujet
de film: un homme seul décidé à poser un geste
concret pour la paix. Cinq ans plus tard,
Le Magicien de
Kaboul arrive sur nos écrans.
«J’étais de passage à Tokyo avec mon
film Hugo et le Dragon, en 2003, quand j’ai
lu une manchette en première page d’un
quotidien anglais. Un Japonais qui avait
perdu son fils unique dans les attentats du
11 septembre à New York lançait un appel
à tous pour trouver un interprète pachtoujaponais
pour l’accompagner en Afghanistan
où il voulait construire une école à la
mémoire de son fils.
«Le projet était très embryonnaire, mais
on racontait son histoire et je me suis tout
de suite dit qu’il y avait un film à faire. Chose
rare, son numéro de téléphone était
écrit dans l’article. À ma demande, mon
interprète l’a contacté et nous avons
convenu de nous rencontrer trois
semaines plus tard à New York où il se
rendait pour le deuxième anniversaire des
attentats», raconte le réalisateur Philippe
Baylaucq.
«Je l’ai rencontré dans un contexte où
l’émotion était palpable. Il n’avait pas les
mêmes boucliers que s’il avait été chez lui
à Tokyo. C’était plus facile de trouver une
brèche pour qu’il accepte d’embarquer
dans mon projet. Pour moi, son histoire
était une parabole au sens biblique du terme,
ce qui n’était pas évident à faire comprendre
à un bouddhiste shinto.»
TRAGÉDIE MODERNE
«C’est une histoire hors du temps, une
tragédie grecque moderne. J’ai fini par
lui dire que dans 25 ans, les jeunes qui
verraient le film auraient le goût de partir
et de faire quelque chose, c’est ce qui
l’a décidé», confie Philippe Baylaucq, de
passage à Québec cette semaine.
Même si la communication entre eux
n’était pas facile du fait que M. Shiratori
ne parlait que japonais, il souligne qu’un
long vol Islamabad-Kaboul effectué
ensemble leur a permis de cimenter
quelque chose.
Au fil des mois et des années qui ont
suivi, Philippe Baylaucq a bien sûr
appris à connaître cet homme qui avait
vu la mort de son fils en direct sur son
grand écran plasma, dans son petit
appartement de Tokyo.
«À l’origine, je ne savais pas que toute
son enfance et sa vie avait été marquées
par la Seconde Guerre mondiale. Sa
décision de faire quelque chose pour
contribuer à briser le cycle de violence
prenait une dimension encore plus grande
et plus particulière quand j’ai appris
que lui et son fils, qui a en quelque sorte
réalisé son rêve américain à sa place, ne
se parlaient plus depuis dix ans quand il
est mort. Pour un cinéaste, c’était la
grande histoire plus la petite histoire qui
se déroulaient sous le signe de la tragédie», ajoute Philippe Baylaucq.
CYCLE DE LA VIOLENCE
«Au départ, il a commencé par visiter
des hôpitaux et orphelinats à Kaboul
pour voir des enfants. C’est comme ça
qu’il a rencontré Issanullah, un enfant
de neuf ans blessé dans les bombardements
américains qui criait déjà à la
vengeance. Il lui a dit : Change tes sentiments
et je vais essayer de faire quelque
chose.»
Un documentaire diffusé à la télé nipponne
l’a amené à contacter le grand
architecte japonais Kurokawa, qui a été
touché par son projet et lui a offert gratuitement
sa collaboration pour la
construction d’un centre commémoratif
au coeur de Kaboul, sur une colline qui
serait entièrement recouverte de cerisiers
japonais.
«Si le projet peut sembler démesuré
dans le contexte actuel afghan, pour
M. Shiratori, petit restaurateur et entrepreneur
de la rue, il s’agit d’une question
d’honneur. Il ne pourra probablement
pas le réaliser tel quel, du moins pour le
moment, mais il arrivera certainement à
faire quelque chose», assure le cinéaste
en soulignant que l’initiative peut avoir
un effet d’entraînement et des retombées
positives.