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FRANK MILLER, RÉALISATEUR DU FILM THE SPIRIT

Une encyclopédie de films noirs

Agence QMI
23-12-2008 | 10h38
Sauf pour Stan Lee de Marvel Comics, dont le nom n’est plus à faire, si quelqu’un incarne le mariage entre les vieilles bandes dessinées et les films courants au grand écran, c’est bien Frank Miller.

Cet artiste et écrivain est le créateur du film 300 qui retrace la bataille des Thermopyles, de Sin City et de la version BD de Batman, Le Chevalier noir. Miller a démarré sa carrière comme dessinateur de bandes dessinées dans le coeur chaotique de cet art à New York. Il avait pour mentor les géants Jim Shooter et Neal Adams et en particulier, le légendaire et prolifique Will Eisner.

Cette relation était étrange et belliqueuse. Trois ans après la mort d’Eisner, c’est finalement Miller qui aura le dernier mot. Il entame sa carrière de réalisateur solo en adaptant au grand écran l’héros noir d’Eisner des années 40, The Spirit (l’esprit). Obsédé par les femmes, Eisner aimerait sans doute le casting. Scarlett Johansson (Silken Floss), Eva Mendes (Sand Saref) et Jaime King (Lorelei) jouent à des degrés divers le rôle de femmes fatales qui tourmentent le héros interprété par Gabriel Macht.

À 51 ans, Miller cultive une espèce d’apparence débraillée qui évoque à la fois Jed Clampett (dans la série télévisée Les allumés de Beverly Hills) et l’acteur Harry Dean Stanton.

«Ma relation avec Will Eisner était longue et durable, précise Miller. On se disputait constamment… La toute première fois qu’Eisner a vu l’une de mes pages de dessins, il n’a pas perdu de temps à me dire ce qui n’allait pas», évoque Miller, en parlant des années 1970 où ce dernier s’est imposé comme le sauveur de la bande dessinée de Marvel, Daredevil, le justicier aveugle.

Il explique que son rédacteur en chef, Jim Shooter, n’arrêtait pas de lancer les dessins de sa nouvelle recrue au visage d’Eisner lors d’une fête organisée par Neal Adams.

«Après avoir donné l’impression d’une gentillesse doucereuse, Eisner a finalement lu la page de bande dessinée, il m’a fixé puis a dit: ‘Il est étendu dans un camion de vidanges et le bas de vignette dit: ‘je suis étendu dans un camion de vidanges. C’est redondant!’»

«J’ai répondu: ‘Ouais mais il est aveugle, donc il fallait qu’il se pose cette question!»

«Eisner n’a jamais accepté cette explication, a poursuivi Miller. Alors nous nous sommes disputés. Et nous avons continué à nous disputer depuis ce temps-là. C’était une réaction classique entre un catholique de descendance irlandaise et un juif du Bronx.»

UNE SORTE D'HOMMAGE À EISNER

Outre les formes féminines, Miller et Eisner avaient en commun leur amour de la ville de New York. Miller, paraît-il, avait l’habitude de s’installer sur les toitures pour dessiner des panoramiques de la ville de New York à vol d’oiseau. Miller et Eisner ont tous les deux joué un rôle capital au niveau de l’évolution de la bande dessinée, produisant un nouveau genre, le roman graphique. La bande dessinée avant-gardiste d’Eisner, A Contract with God and other Tenement Stories, remonte à il y a 30 ans.

Donc, il est permis de penser que The Spirit soit une sorte d’hommage à Eisner, bien que Miller n’ait aucune difficulté à faire des retouches à l’histoire originale.

Ainsi, The Octopus, l’ennemi juré de The Spirit, est incarné dans le film par Samuel L. Jackson. Il est recouvert de henné et paré de divers costumes. À un moment donné, Johnson est même vêtu de l’uniforme nazi des SS. Or, dans la bande dessinée, la pieuvre était représentée par une paire de gants.

Tout comme son prédécesseur des bandes dessinées, ce Spirit est un policier tué dans l’exercice de ses fonctions qui revient d’entre les morts. Dans le film, cependant, il a des pouvoirs d’auto-guérison miraculeux.

«Mon but était d’interpréter la création d’Eisner et d’y incorporer les deux choses que Will Eisner et moi aimions profondément, c’est-à-dire, New York et de jolies femmes. The Spirit (l’esprit) est un homme tourmenté. Il ne comprend pas pourquoi il est en vie. Il a des questions existentielles auxquelles seul un homme très méchant peut répondre.»

Le film conserve le look en noir des années 40. On y retrouve toutefois des anachronismes tels que la télé et des téléphones cellulaires.

«Je suis de façon générale une encyclopédie de films noirs, précise Miller. J’étais très content par rapport à la qualité de l’enregistrement des voix dans ce film. La voix de Gabriel était vraiment celle de Raymond Chandler. La voix d’Eva est celle d’Eva alors que celle de Scarlett est à faire rêver.»

L’acteur Dan Lauria (The Doner Years) qui joue le rôle du patron de The Spirit, le lieutenant Dolan, peut attester de l’expertise de Miller.

«Je suis un voleur, avance Lauria. Chaque fois que je fais quelque chose, j’emprunte d’un vieil acteur dont personne ne se souvient. J’ai indiqué à Frank que j’imitais Richard Conte dans ma dernière pièce de théâtre. Il m’a demandé de préciser celui que j’imitais dans son film et j’ai répondu qu’il ne le connaissait pas.»

Lauria a finalement répondu qu’il tentait d’imiter Barton MacLane.

«Miller a alors dressé une liste de tous les films de Barton MacLane. À partir de ce moment-là, je ne pouvais rien faire sans qu’il m’indique le film où j’avais imité tel ou tel personnage.»

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