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© Le Journal - PIERRE-PAUL POULIN |
Claude Meunier |
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PASSIONNÉ PAR LES RAPPORTS HUMAINS
Claude Meunier en vrac
par Maxime Demers
Le Journal de Montréal
13-12-2008 | 04h00
Peut-on refaire sa vie à 40 ou 50 ans ? C’est LA grande
question que pose Claude Meunier dans la comédie
dramatique
Le Grand Départ, son premier film comme
réalisateur.
Le Grand Départ, c’est donc l’histoire de Jean-
Paul, un médecin de 53 ans qui décide de quitter
sa femme et leurs deux grands enfants pour
aller vivre avec sa nouvelle flamme, une artiste
peintre de 28 ans. Il s’apercevra que le prix à
payer pour cette nouvelle vie peut être lourd,
très lourd…
Claude Meunier, 57 ans, croit qu’il est toujours
possible de refaire sa vie.
«Mais c’est très difficile, nuance-t-il. Une rupture
est toujours difficile, autant pour celui qui
part que pour celui qui se fait laisser. Et j’ai l’impression
que les hommes sont plus souvent
prêts à repartir à zéro…
«Cela dit, je ne suis pas un expert ni un psychologue,
alors ma réponse ne vaut pas plus que
celle d’un autre, s’empresse-t-il d’ajouter. Mais
ce que je peux faire en tant qu’auteur, c’est
m’imprégner de ce que j’observe autour de moi
et amener un regard sur ces observations.»
FAMILLE ET COUPLE
On l’a dit: la famille et le couple sont une fois
de plus au coeur de cette nouvelle oeuvre de
Meunier qui avait déjà abordé ces thèmes dans
notamment La Petite Vie et Les Voisins. Et il
met cartes sur table dès la scène d’ouverture de
son film en donnant la parole à un faux philosophe
et sociologue qui expose une théorie peu
optimiste sur l’éternité du couple.
«Cet anthropologue, il existait pour vrai à
quelques différences près, souligne Meunier.
C’est un professeur belge qui donne des cours
sur le couple. J’ai découvert ses théories en surfant
sur Internet. Je trouve cela très drôle, en
général, les gens qui analysent les relations
hommes-femmes.
«Et j’ai moi-même toujours été passionné par
les rapports humains. Ce sont les relations
humaines et spécialement les relations
hommes-femmes qui m’intéressent. Parce
qu’on est attiré par l’autre sexe au point où c’est
le moteur de notre vie. C’est ce qui nous rend
prisonnier, c’est ce qui nous met dans la marde
et c’est ce qui nous amène au ciel. Et pour moi,
ça demeure un mystère, une zone grise. Tu
veux toujours retomber dedans, tu refais toujours
les mêmes erreurs…»
ROUTINE ET PASSION
Avec les personnages de son film, Claude Meunier
illustre deux modèles de couples dans la
cinquantaine. D’un côté, il y a Jean-Paul (Marc
Messier) qui, lassé de son train-train quotidien
avec sa femme Céline (Guylaine Tremblay)
tombe dans les bras d’une femme 25 ans plus
jeune que lui. Et de l’autre côté, il y a Henri
(Rémy Girard) et Pauline (Diane Lavallée),
leurs amis et voisins, qui ne s’aiment plus mais
qui se contentent de la routine dans laquelle ils
sont installés confortablement.
«Je voulais montrer deux types de couples et
je connais des gens qui ne sont pas très loin de
cela, indique Meunier. Ils y représentent deux
visions du couple. Rémy (Girard) et Sylvie
(Lavallée) incarnent un couple qui ne se pose
plus de questions.»
À travers le personnage de Jean-Paul et sa
nouvelle flamme, Meunier se penche également
sur un nouveau type de couple, très moderne: la
jeune femme et l’homme plus vieux qui a pratiquement
l’âge de son père. Le film a d’ailleurs
failli s’intituler Le Grand Écart.
«On n’a pas gardé ce titre parce que finalement,
ce n’est pas un film sur la différence d’âge.
Le personnage ne part pas avec une petite
pitoune, il part avec une jeune femme. Ce n’est
pas un petit trip de cul; il est vraiment en
amour.
«Mais cela dit, c’est vrai que c’est un phénomène
qui se répand. C’est un peu le phénomène de
l’éternelle jeunesse. Ce qui m’a intéressé par
rapport à cela, c’est le malaise que cela peut
créer. Dans le film, les amis de Jean-Paul ont un
peu de la misère avec cela. Il y a un inconfort la
première fois qu’ils rencontrent sa blonde de 28
ans. Il y a un clash de générations. Il y a aussi un
clash quand Jean-Paul rencontre les amis de sa
blonde. On le voit qui sort dans une discothèque
avec des amis de sa blonde et il bâille parce qu’il
n’est pas capable de les suivre. Il est trop vieux.»
UN FILM SUR LES HOMMES
Enfin, au-delà des thèmes du couple et de la
famille, Le Grand Départ est, selon Meunier, un
film sur les hommes.
«Je voulais parler des gars, parce que je trouve
qu’on parle souvent des femmes, explique-t-il.
Et je trouve que Jean-Paul n’est pas un gars
faible. C’est un gars romantique qui aime profondément
sa femme. Sauf qu’il est en mal
d’amour et d’émotion dans sa vie. Il fait un
changement et il pense que ce sera facile. Mais
ce ne l’est pas et ce ne l’est jamais. C’est un film
sur la difficulté de laisser quelqu’un. Et sur la
culpabilité qui accompagne cette décision.»
EN VRAC
Voyeurisme
«C’est mon style, je crois, d’être
toujours un peu voyeur vis-à-vis de
mes personnages. Dans le film, la
caméra est partout et nous amène
dans leur intimité. Il y avait déjà ce
côté voyeur dans Les Voisins même
si, bien sûr, Le Grand Départ est
beaucoup moins caricatural que Les
Voisins.»
Familles en crise
«Pour moi, la famille et le couple
sont un lieu de crise. Chaque individu
évolue et les deux parties d’un couple
ne peuvent pas toujours évoluer de la
même façon et en même temps. Ce
qui fait qu’à un moment donné, tu te
rapproches ou tu t’éloignes.»
Baby-boomers
«Une des grandes différences entre
Le Grand Départ et mes autres projets,
c’est que jusqu’ici, j’avais toujours
parlé de générations plus
vieilles. Ce n’était pas ma génération,
c’était celle de mes parents, des gens
plus vieux. Mais là, avec Le Grand
Départ, je voulais faire quelque chose
sur ma génération. Je voulais faire un
film sur les baby-boomers. Je crois
que ça change un peu le ton.»
Une équipe
extraordinaire
«Un réalisateur, dans le fond, c’est
quelqu’un qui a une vision. Ensuite, il
faut trouver le bon monde pour s’aider
à concrétiser cette vision. Et j’ai
eu la chance d’être super bien entouré
avec notamment Bruce Chun (Bon
Cop Bad Cop) à la direction photo,
Emmanuel Fréchette à la direction
artistique et Jean-François Bergeron
au montage. J’avais une équipe extraordinaire,
et on était très tristes de se
laisser à la fin. On a aussi passé beaucoup
de temps ensemble avant le
tournage du film pour visionner des
films, et voir ce qu’on aimait et ce
qu’on n’aimait pas. On est arrivés ainsi
à trouver ce qu’on voulait pour
notre film. D’ailleurs, ce n’est pas juste
mon film; c’est aussi leur film à
eux.»
Entre humour et drame
«Une autre grande partie de la réalisation,
c’est aussi la direction d’acteurs.
Et de la direction d’acteurs, j’en
ai fait toute ma vie. C’est pour ça aussi
que je voulais réaliser le film. Je
trouvais que le ton du film était très
délicat. La ligne entre l’humour et le
drame était très mince et c’était difficile
à jouer. Il fallait garder un ton réaliste
qui était très fidèle à l’écriture.»
Le cinéma comme
artisanat
«J’ai aimé l’écriture cinématographique
et le rythme du travail du cinéma.
J’ai aimé le fait qu’on ait plus de
moyens et plus de temps pour faire
notre oeuvre. Un film, tu travailles
deux ans dessus. Dans une même
journée, tu vas tourner trois ou
quatre minutes. Alors que dans une
même journée à la télé, tu peux tourner
un épisode au complet. Le cinéma,
c’est plus artisanal. Tu travailles
sur une pièce, tu la peaufines pendant
longtemps. Ça me plaît. J’ai d’ailleurs
déjà deux autres idées de films en
tête.»
Marc Messier
«Le choix des acteurs a toujours été
très important pour moi. Et dans ce
cas-ci, ça me prenait des comédiens
capables de jouer sur les deux
registres tout le temps. Et surtout des
comédiens qui comprennent bien
mon écriture. Et Marc a cette qualité-là
de pouvoir être très émouvant et
très drôle. C’est dur de haïr Marc
Messier. Dans La Petite Vie, il jouait
un crosseur. Mais les gens s’attachaient
quand même à lui. Ça me prenait
un comédien très complet. Et
Marc a été très généreux dans son
jeu. Il y a des scènes dramatiques où il
va très loin. Il s’est beaucoup investi
dans le film. Et les autres comédiens
ont suivi.»
Le box-office
«Je sais qu’il y a beaucoup d’attentes
envers mon film, mais sincèrement,
j’ai juste hâte qu’il sorte et que
les gens puissent le voir parce que ça
fait déjà plus d’un an qu’on a fini de le
tourner. Et je suis content qu’il sorte à
Noël parce que les gens vont beaucoup
au cinéma pendant le temps des
fêtes. Mais je préfère ne pas me créer
trop d’attentes quant aux résultats au
box-office…»