TÊTE À TÊTEBabine: rencontre avec ses comédiensMarc-André Boivin 27-11-2008 | 14h50
«Une des seules affaires qui me faire peur en ce moment, c’est qu’après L’Audition, les offres qu’on me faisait pour jouer avaient diminuées. Pendant le tournage de Babine, elles ont recommencé à entrer», confie-t-il. On se rappellera qu’il avait lui-même écrit son premier long-métrage alors qu’il vivait une période creuse où les offres se faisaient attendre. À CONSULTER:
«La réalisation d’un film, c’est un an et demi de travail. Un an et demi sans jouer, pour moi, c’est extrêmement long. Je suis un acteur qui réalise et non pas un réalisateur qui joue», ajoute celui que les Québécois ont d’abord connu dans un rôle de policier infiltré chez les motards dans la série Omerta. Réalisé un projet sans jouer dedans? Pas vraiment une option pour M. Picard qui se tire tellement bien d’affaire avec un Toussaint Brodeur tout simplement radieux. «Je crois que je vais toujours trouver un petit quelque chose dans les films que je vais réaliser. Peut-être pas toujours un gros morceau comme Toussaint par contre. C’est vrai que c’est un beau rôle. J’aime bien son côté paternel, il prend soin de Babine, s’en occupe bien. Au cours de ma carrière, on m’a toujours offert des rôles sombres, mais des personnages lumineux comme Toussaint, Ce n’est pas arrivé souvent», souligne-t-il. C’est d’ailleurs en acteur que l’on reverra Luc Picard au cours de l’année 2009, soit dans le film Léo Huff de Sylvain Guy, dont le tournage est maintenant complété, mais pour l’instant, ce sont des vacances que le populaire acteur veut s’offrir. «Je vais terminer la promotion de Babine et après, je prends trois mois de pause. C’est sûr que je vais entamer l’écriture d’un autre scénario, mais je vais le faire tranquillement. J’ai besoin d’un temps de repos», explique Picard. Isabel Richer : Un rôle de sorcière qui sort des sentiers battus
Un film peu ordinaire comme Babine amène son lot de rôles peu communs dans lesquels les comédiens adorent habituellement plonger. Isabel Richer ne fait pas exception, elle qui personnifie probablement la plus jolie des sorcières que le milieu cinématographique aura connue. Pas de verrues, ni de long nez vert et croche, la sorcière de Saint-Élie-de-Caxton est aussi la mère de Babine, qui naît dans la tourmente, une tourmente qui marquera également le cours de sa vie. La comédienne ne pouvait passer à côté de pareil rôle. «Des projets comme ça, c’est très rare, du moins au Québec. Quand tu lis un scénario comme ça, tu veux absolument faire partie de cette aventure-là, peu importe ce qu’on te demande de faire», lance-t-elle en riant. «Ça donne aussi le goût d’en connaître davantage sur Fred Pellerin, sur ce qu’il fume et sur ceux qui sont ses pushers», ajoute-t-elle toujours avec un sourire qui en ferait craquer plus d’un. Il faut dire que les nombreux effets spéciaux qui ponctuent le deuxième long-métrage de Luc Picard ont également fait de ce tournage une expérience pas tout à fait comme les autres. «Un tournage comme celui-là, dans ce genre d’univers, ça fait vraiment quelque chose où tu ne peux que t’en remettre au chef d’orchestre, dans ce cas-ci Luc, parce qu’il y a un niveau de poésie et un niveau de jeu incroyable», poursuit-elle en avouant que tout au long du processus, ça titille un peu l’esprit. «Ce que ça donne, c’est qu’après, tu as vachement hâte de voir le film pour voir si la magie opère et si on embarque ou non dans cette histoire», lance Mme Richer qui n’en revient pas de voir ce qu’on peut faire avec un budget minuscule. Allez savoir combien les Américains pourraient mettre sur une telle production, mais on parle, pour Babine, de belles prouesses avec 6,6 M$. «Ça prend du talent pour faire un film avec 30 M$, mais tu dois en avoir encore plus avec un peu plus de 6 M$. Il faut planifier. En pré-production, par exemple, ils ont fait un storyboard, comme aux États-Unis. C’est impressionnant, ils devraient penser à le publier», explique celle qui en sera à une septième année, en janvier, en tant que porte-parole de la Traversée de la Gaspésie en ski de fond. On sait que la Ville de Gaspé célèbrera son 475e anniversaire en 2009. On pourra voir la comédienne faire quelques apparitions dans le très attendu troisième volet des Invincibles diffusé cet hiver sur la SRC. Pour ce qui est des Sœurs Elliot, on verra ce que l’avenir réserve. Cinq questions à Vincent-Guillaume Otis
Vincent-Guillaume Otis tient son premier rôle principal au cinéma dans Babine. On le voit incarner avec une justesse désarmante un simple d'esprit dans ce film écrit par le conteur Fred Pellerin et réalisé par Luc Picard, avec qui Vincent-Guillaume Otis partage également la vedette. L'acteur, qui vient d'entrer dans la trentaine, a d'abord suivi une formation de musique avant de faire ses premiers pas à l'École nationale de théâtre du Canada. Il a par la suite eu du succès sur les planches avec des rôles dans une quinzaine de créations, dont La chanson de l'éléphant mise en scène par René Richard Cyr (également en vedette dans Babine), Othello et Construction. Mais jouer n'est pas suffisant. Vincent-Guillaume Otis souhaite aborder le jeu sous toutes ses coutures et se passionne pour la mise en scène. En 2003, il crée avec des camarades sa propre troupe, Picouille Théâtre, qu'il se plaît à diriger. Il a signé cette année la mise en scène de la troisième production de cette compagnie, L'Odyssée, revisitée par la dramaturge Fanny Britt. À l'été 2007, il a donné forme à la pièce pour enfants Zorro avec la troupe de la Roulotte, composée de finissants d'écoles de théâtre. Une pièce qui a été jouée dans 24 parcs de la ville. Cet automne, l'acteur et metteur en scène a signé Ceux que l'on porte, de l'auteur new-yorkais Andrew Dainoff, une production du Théâtre PÀP, qui était présentée à l'Espace Go. C'est dans Le survenant d'Erik Canuel que Vincent-Guillaume Otis décroche son premier rôle au cinéma. Il a également participé aux tournages de Le silence nous fera écho, Le guide de la petite vengeance, Ce qu'il faut pour vivre ainsi que Le déserteur, actuellement en salle. À la télévision, il incarne Francis dans la populaire série Annie et ses hommes, et Antoine dans Kif-Kif. 1. Quelles scènes t'a-t-on demandé de jouer pour l'audition du rôle de Babine? Et comment les as-tu abordées? J'en avais deux : une scène avec Toussaint Brodeur (Luc Picard) lorsqu'il pêche, et l'autre dans le presbytère lorsque le Curé Neuf (Alexis Martin) force Babine à lui faire des aveux. J'ai eu la chance d'avoir lu le scénario pour préparer mes scènes. J'ai passé l'audition de façon très instinctive. J'ai fait le texte comme je l'imaginais au premier abord. 2. Tu as suivi une formation en musique avant d'entrer à l'École nationale de théâtre. Fais-tu toujours de la musique? Oui. Au théâtre, je joue de la musique. J'ai fait une douzaine de pièces de théâtre depuis que je suis sorti de l'école et il y en a eu trois ou quatre dans lesquelles j'ai joué de la trompette ou du piano. Par exemple, je serai au théâtre du 10 au 20 décembre cette année dans Les exilés de la lumière, à l'Espace libre, et je jouerai du cor français. J'ai suivi des cours au Conservatoire de musique pendant un an et demi comme corniste. J'ai aussi fait du piano jusqu'à l'âge de 15 ans. Il y a quelque chose de très connexe entre le jeu et la musique. Tout est musical ; les mots, ce n'est que musique. On parle souvent de rythme et de débit en théâtre. Il y a un vocabulaire commun. 3. Tu as fondé Picouille Théâtre dont l'objectif est de rendre accessible aux enfants les grandes œuvres du répertoire classique. C'est important pour toi de conserver un certain engagement social dans ton métier? C'est primordial. S'il n'y avait pas un impact social ou politique dans mon métier, je ne le pratiquerais pas. Je me suis posé beaucoup de questions pendant ma formation. Quand j'étais à l'école de théâtre, j'étais un peu puriste. Je cherchais à être impliqué. Il faut que l'artiste soit engagé, parce que c'est la voix d'une mentalité, d'un bouillonnement. Être engagé ne signifie pas nécessairement de lever des pancartes. Il y a plusieurs façons de l'être. Monter sur une scène et faire du Shakespeare, c'est être engagé. Dans le théâtre d'été, il y a aussi quelque chose de socialement engagé. 4. Qu'est-ce que tu aimes particulièrement dans ton métier d'acteur? On porte des humanités quand on est acteur. On a la chance de pouvoir être un enfant, un avocat, un malade, un méchant ou un bon. J'aime être sous l'adrénaline que cela procure, c'est comme une drogue! J'aime le contact avec les gens avec qui je travaille et le rapport avec le public. Être acteur, c'est une formation continue : on apprend toujours. L'an dernier, faire Othello avec Denis Marleau m'a permis d'en apprendre sur l'époque élisabéthaine pendant les mois de répétition. Il y a alors plein de portes qui s'ouvrent à moi. C'est ce que j'adore! 5. Un rôle que tu aimerais beaucoup jouer? J'aimerais interpréter de grands personnages, de grands compositeurs par exemple. Aussi, j'ai étudié en sciences pures au cégep et quand je suis arrivé à l'université, j'avais le choix entre génie forestier et littérature et théâtre. J'ai failli m'orienter en génie forestier, car les sciences m'intéressent beaucoup. J'aimerais donc entrer dans la peau d'un ingénieur ou d'un minier. Mais tous les personnages sont intéressants. Je ne suis pas difficile! Propos recueillis par Émilie Miskdjian. |