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Roger Spottiswoode - «Je suis tombé à terre en voyant Roy Dupuis»

ROGER SPOTTISWOODE

«Je suis tombé à terre en voyant Roy Dupuis»

Maxime Demers
Le Journal de Montréal
22-09-2007 | 05h00
TORONTO — Le général Roméo Dallaire avait trois voeux à formuler au réalisateur Roger Spottiswoode avant que celui-ci parte au Rwanda tourner l’adaptation de son roman autobiographique, J’ai serré la main du diable : « Il m’a dit : raconte la vérité, parle du Rwanda et, surtout, ne me décrit pas en héros », relate le cinéaste.

«Je dois toutefois avouer aujourd’hui que je n’ai pas tout à fait respecté ces demandes, indique Roger Spottiswoode, rencontré il y a une dizaine de jours au Festival du film de Toronto, où J’ai serré la main du diable Shake Hands with the Devil, en version originale anglaise) a été présenté en première mondiale.

«Mais j’ai une bonne excuse: je n’ai pas réussi à trouver un moyen de ne pas présenter ces hommes en héros, poursuit- il. Car le général Dallaire et les autres Québécois et Canadiens qui étaient là-bas en mission de paix ont agi en héros. En vrais héros.»

Adapté du livre à succès autobiographique du lieutenant général Roméo Dallaire, J’ai serré la main du diable été tourné majoritairement en anglais au Rwanda à l’été 2006 avec un budget de 10 millions de dollars.

Le film – comme le livre – relate le difficile séjour du général Dallaire pendant sa mission de paix à la tête des Casques bleus de l’ONU au Rwanda pendant le génocide, mais aussi le profond traumatisme que son expérience a engendré son retour.

On y suit donc de façon chronologique les événements du printemps 1994 qui ont mené au massacre de plus de 800000 personnes, majoritairement des Tutsis, par les rebelles hutus, devant l’impuissance de Dallaire qui n’arrivera jamais à obtenir le feu vert de l’ONU pour intervenir ni l’aide des grandes puissances mondiales.

QUÉBÉCOIS

C’est le Québécois Roy Dupuis qui été choisi pour camper le rôle du général Dallaire. Le réalisateur Roger Spottiswoode, un Canadien anglais qui beaucoup tourné à Hollywood (le James Bond Demain ne meurt jamais et Air America, notamment), admet que lui et les producteurs du film ont d’abord pensé à un acteur américain connu.

«Nous nous sommes dit que si nous voulions que les Américains s’intéressent au film, il fallait que ce soit un acteur qu’ils connaissent qui joue le rôle», explique-t-il.

«Notre choix s’est donc d’abord porté sur un acteur américain connu, mais ça n’a finalement pas marché.

«C’est à ce moment qu’on s’est dit: pourquoi ne pas faire les choses correctement et ne pas engager un acteur québécois?

Des amis monteurs de Montréal, qui avaient travaillé sur le film Maurice Richard, m’ont alors dit qu’il fallait que je voie cet acteur qui joue le Rocket, Roy Dupuis. Je me suis loué le film et je suis tombé à terre en voyant Roy. J’avais trouvé mon général Dallaire.»

Avec le recul, Spottiswoode remercie le ciel que les démarches entreprises auprès de l’acteur américain aient avorté.

«C’est important quand on y pense bien que les personnages québécois soient joués par des acteurs québécois», souligne-t-il.

«Ce qui s’est passé là-bas s’est déroulé dans deux langues (l’anglais et le français) et c’était nécessaire qu’on retrouve cela dans le film. En fait, il y a une seule scène que je n’ai pas tournée en français et je le regrette, soit celle entre le Français Bernard Kouchner (joué par Jean-Hugues Anglade) et Roméo Dallaire.»

LIEUX DU MASSACRE

J’ai serré la main du diable a été presque entièrement tourné sur les lieux du massacre, à Kigali même, pendant deux mois à l’été 2006.

«C’était essentiel de tourner là-bas car on ne peut recréer ce pays nulle part ailleurs dans le monde, indique Spottiswoode.

Avec son paysage et ses collines, Kigali ne ressemble en effet à aucune autre ville du monde. Et puis on a tourné aux endroits où le drame s’est vraiment passé: à la vraie base militaire, au vrai Hôtel des Mille Collines, et ainsi de suite. Cela nous a aussi permis de nous imprégner de l’énergie et du passé de ces lieux.

«Le fait de tourner là-bas a été très pratique aussi parce que sur place, on travaillé avec des techniciens tutsis et hutus qui ont pu nous donner des conseils et des renseignements sur comment ça s’était passé.»

Le général Dallaire a préféré ne pas retourner au Rwanda pour assister au tournage du film. En revanche, il a dépêché un des officiers qu’il a dirigés pendant qu’il était en mission au Rwanda, Jean-Guy Plante.

«Jean-Guy a été très utile sur le plateau de tournage, relate Spottiswoode. Il a pu nous apporter quelques détails sur la façon dont ça s’est passé, mais il aussi donné plusieurs conseils aux acteurs qui jouaient des soldats.

«Car incarner un soldat à l’écran est très difficile pour un acteur qui n’a jamais été dans l’armée. Il ne sait pas comment se tenir, comment marcher. Jean-Guy a passé des heures à entraîner ces gars-là, à leur apprendre toutes sortes de trucs avant qu’on tourne enfin une scène.»

Outre Roy Dupuis, J’ai serré la main du diable met en vedette Jean-Hugues Anglade, Deborah Kara Unger, James Gallanders et Mark Anthony Krupa.

J’ai serré la main du diable (Shake Hands With the Devil) sort en salle ce vendredi

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