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© Photo Journal de Montréal |
Le scénariste et réalisateur Gore Verbinski, 43 ans, ne songe qu’à refaire ses forces après avoir consacré les cinq dernières années à la réalisation de la trilogie de Pirates des Caraïbes. |
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PIRATES DES CARAÏBES
Verbinski a réinventé la piraterie
27-05-2007 | 10h05
BEVERLY HILLS– Le teint pâle, la voix éteinte et
le geste lent de Gore Verbinski expriment
l’épuisement du réalisateur de la trilogie
de
Pirates des Caraïbes. «J’ai vraiment besoin de
repos », dit-il d’une voix lasse en m’accueillant
dans sa suite du luxueux Beverly Wilshire. C’est sa
soixantième entrevue en deux jours!
«J’en ai accordé une cinquantaine hier
pour la télévision, c’était plus difficile, il
fallait que j’aie l’air en pleine forme, alors
que vous, de la presse écrite, vous me
voyez tel que jeme sens après cinq
années de réalisation», dit Verbinski.
On le sort de sa torpeur en plongeant
illico subito presto dans le vif du sujet.
Mais qu’est-ce qui a bien pu convaincre
cet homme d’embarquer dans pareille
galère alors que tous savaient que le genre,
le film de pirates, dérivait depuis un
bon demi-siècle sans aller nulle part?
«Il y avait encore des choses à raconter
parce que la piraterie, c’est comme un
livre ouvert sur l’aventure. Sauf qu’au
départ, il n’y avait rien dans ce livre. Je
n’avais pas de roman sur lequel m’appuyer,
pas de canevas d’histoire, rien.»
Tout un défi pour le réalisateur, qui avait
38 ans à l’époque.
Pour alimenter son imaginaire et celui
de ses proches collaborateurs – les scénaristes
Ted Elliott et Terry Rossio –,
Verbinski a repiqué un peu partout des
bouts de ficelle. «On a pigé dans le western
spaghetti, la mythologie, les contes
populaires et aussi dans l’absurdité pour
rappeler la fin de l’ère de la piraterie. La
société est corrompue jusqu’à la moelle
et l’honnêteté n’a plus sa place.»
Un film politique
– Ce dernier film est donc politique?
«Certainement! Il le devient à partir du
moment où le vilain (la Compagnie
anglaise des Indes orientales) représente
une multinationale! On nage dans
l’abus de pouvoir et le désordre social,
tout chavire.
«Ce qui était légitime se corrompt et,
par un curieux retour des choses, les
décisions sont l’affaire de gens, les
pirates, qui vivent dans l’illégalité. Il n’y a
donc pas lieu de s’étonner de les voir se
trahir les uns les autres.»
Gore Verbinski s’est lui-même senti un
peu trahi quand le succès du premier film
a forcé la mise en chantier des deux
autres productions. «Mes attentes au
sujet de La Malédiction de la Perle Noire
étaient nulles, zéro. Je m’attendais à une
chose: ne plus jamais avoir de travail
comme réalisateur! Je croulais sous le
doute.»
Le box-office de ce film de 2003 (655M$
dans le monde) modifie sensiblement les
plans de Verbinski, qui se voit confier la
réalisation du Coffre du mort et de sa
conclusion, Jusqu’au bout du monde.
«Je devais porter le fardeau du succès
du film original et ça, mon ami, c’est très
lourd…»
Retour en arrière
Pour alléger le poids de la tâche et sa
conscience, Verbinski est retourné à la
case départ. «Jerry Bruckheimer (le producteur)
et le studio Disney partageaient
de grands espoirs financiers pour ces
deux productions et j’ai décidé de renouer
avec le doute. Ça avait réussi pour le
premier…»
Ce qui, dans son esprit, se traduisait par
une volonté de ne surtout pas faire ce que
l’auditoire demandait. «Si tu te rends aux
exigences des gens, eh! ben, où trouveront-
ils la surprise? Il ne fallait pas faire
ce qu’ils avaient déjà vu et j’ai respecté
monidée du début à la fin.»
–Cette décision d’aller à contre-courant
des désirs de l’auditoire explique-t-elle
donc le succès de Pirates?
«Pas entièrement, réplique un Gore Verbinski
tout à coup revigoré par l’image de
son pirate préféré, Jack Sparrow.
«Plusieurs facteurs entrent en jeu, mais
je crois que la fabuleuse prestation de
Johnny Depp reste l’un des éléments-clés
de ce stupéfiant succès. Il y a aussi le fait
que Pirates est pas mal rock’n’roll et que
les trois films s’inscrivent dans la tendance
actuelle. Je ne dis pas qu’on a inventé le
genre,mais on l’a présenté sous un angle
nouveau et on a provoqué une collision.»
Une belle famille dysfonctionnelle
«On a été une belle famille dysfonctionnelle
et c’était important de l’être (dysfonctionnel)
parce cette trilogie illustre
une célébration de la folie», renchérit le
réalisateur.
Et selon lui, Johnny Depp s’est imposé
comme le plus dingue. «Johnny est un
spécimen unique, un homme qui fait sentir
son influence et impose le respect. Il
refuse de jouer selon les règles du jeu et
on en a la preuve dans son interprétation
du maladroit capitaine Jack Sparrow.»
Verbinski lui-même refuse de marcher
au même pas que celui de la parade quand
il dit souhaiter «que les spectateurs soient
offusqués par au moins une scène du
film». «Il faut bousculer les émotions parce
que c’est un film houleux, avec des
saveurs et des odeurs qui ne sont pas toujours
agréables.»
Pirates 4, 5, 6 ???
Le studio Disney n’a pas encore affiché
ses couleurs quant à la possibilité d’enchaîner
avec une autre trilogie, mais l’idée
est dans l’air et le filon s’annonce inépuisable.
Verbinski refuse de mordre à l’hameçon.
«Aucun scénariste ne travaille à une suite
et, à vrai dire, on a tous besoin de prendre
un break. Peut-être plus tard, mais en
attendant, je tiens à préciser que l’agenda
de Disney Pictures diffère sensiblement
du nôtre.»
On dirait qu’il manque de vent dans les
voiles…