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© Photo Le Journal de Montréal/Alain Décarie. |
Tapis rouge de Roméo et Juliette |
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DENISE ROBERT
«J'aurais voulu être actrice»
Marie-Joëlle Parent
Le Journal de Montréal
15-12-2006 | 06h06
Roméo et Juliette prend l'affiche aujourd'hui. Un projet cher aux yeux de la productrice Denise Robert. Elle nous révèle ses premières impressions et ses petites anecdotes de tournage.
Q Étiez-vous craintive de la façon dont les scènes plus osées allaient être perçues lors de la première du film?
R Non parce que je trouve qu'elles ont été filmées avec beaucoup de pudeur et de respect pour les acteurs. Pour les scènes de nudité et d'amour bestial versus l'amour tendre et pur entre Roméo et Juliette, c'est un contraste important voulu par Yves Desgagnés.
Q Le film s'adresse donc à de jeunes adolescents?
R Oui, à des jeunes de corps, de coeur, d'âme et d'esprit. Si on regarde les jeunes d'aujourd'hui, ils sont beaucoup plus déniaisés qu'on l'était.
Moi, quand j'avais 13 ans, je mangeais des popsicles et je jouais à la marelle!
Q Serait-on allé aussi loin dans une version faite aux États-Unis?
R Sont-ils si puritains que ça? Il y a des choses assez gratuites que j'ai vues au cinéma. Je regarde les niaiseries qui se font au cinéma pour les ados avec la sexualité, les filles qui se promènent en bikini avec les seins refaits gros comme des ballons. La sexualité est très présente. Je pense que les jeunes d'aujourd'hui sont beaucoup plus ouverts.
Q C'est un film calqué sur l'époque d'aujourd'hui?
R Lors des auditions, on a vu plus de 10 400 jeunes, ils nous ont ouvert les yeux sur la jeunesse. On a découvert une jeunesse en confiance, optimiste. Ils savent ce qu'ils veulent et ils sont intelligents.
Q Est-ce délicat de faire un film avec de jeunes débutants quand il y a des scènes de nu?
R Oui, d'abord on en parle avec les parents. Ils ont lu le scénario et on discute sur comment ça va être filmé.
Q Est-ce qu'il faut débloquer des droits pour pouvoir adapter Roméo et Juliette?
R Pas du tout, on n'a pas de droits à payer. Et d'abord on n'a pas recréé la pièce de Shakespeare, ça n'a rien à voir. Roméo et Juliette existait bien avant Shakespeare. C'était une inspiration libre, il n'y a aucun dialogue de Shakespeare.
Q Obtenir le financement a été ardu dans ce projet?
R Oui parce qu'il y a un manque chronique de fonds, c'est un film qui a été refusé par plusieurs, mais qui a quand même été soutenu pas Radio-Canada, par le distributeur (Alliance Atlantis Vivafilm) et par le système d'enveloppes de Téléfilm Canada.
Q Est-ce qu'on a fait du placement de produits, avec les voitures par exemple?
R On ne fait pas ça, la mini-Cooper, on trouvait ça amusant. Et on trouvait génial de mettre Jeanne Moreau dans une voiture très hot (la Smart). Mais on n'a pas eu de commandites.
Q Pourquoi les films qui s'adressent aux adolescents sont-ils rares au Québec, contrairement aux États-Unis?
R Parce qu'on oublie que c'est une partie de la population qui est très importante. Les Américains ont compris qu'il faut s'adresser aux ados.
Q Est-ce risqué de faire un film avec des acteurs débutants?
R Oui, c'est toujours risqué, mais l'important ce n'est pas que l'acteur soit reconnu, mais qu'il soit bon quand il joue le personnage.
Q Et si vous n'aviez pas été productrice, qu'auriez-vous fait?
R Si on m'avait donné du talent, j'aurais voulu être actrice, si on m'avait donné encore plus de talent j'aurais voulu être pianiste, mais pas réalisatrice, je n'ai pas le courage de me mettre à nu à ce point!
Q Parlons de Jeanne Moreau, comment approche-t-on une star de son envergure?
R Je connais très bien son agent, c'est un ami de longue date. J'étais à Cannes avec Yves dans une soirée à la même table que Jeanne Moreau et Yves était assis à côté d'elle. Toute la soirée elle lui a mis la main sur le genou. Yves est resté complètement figé tout le repas. Elle lui a dit avant de partir: «Vous êtes dangereux, vous avez un charme fou». Yves est resté gaga, comme sur un nuage!
Plus tard, on a arrangé un dîner en tête-à-tête, et Yves a sauté dans un avion vers Paris pour aller la rencontrer.
Elle a lu le scénario et à la fin elle a dit: «Je viens à Montréal, j'ai envie de travailler avec Yves.»
Q Gardez-vous une anecdote concernant Jeanne Moreau?
R L'année passée, quand nous sommes allés à Cannes, elle m'a convoquée à son hôtel pour prendre le thé. Elle m'a dit: «Pour monter les marches en beauté, j'ai quelque chose à vous donner.» C'était un bijou, un gros coeur recouvert de pierres, une broche dessinée par Yves Saint-Laurent pour les stars de Cannes des années 50, en édition limitée. Ça m'a beaucoup touchée...
Q Comment était Jeanne Moreau pendant le tournage?
R Elle était très professionnelle, elle ne sortait pas le soir, une fois la journée terminée elle retournait à son hôtel se préparer pour les scènes du lendemain.
Comme elle est une grande fan de Josée di Stasio, dont elle voit les émissions à TV5, on a organisé un dîner avec Josée.
Elle adore aussi les boutiques de cuisine, alors je l'ai amenée à la Quincaillerie Dante. Elle a adoré, elle a acheté des cadeaux pour tous ses amis.