LES AVENGERS : LE FILMDe grands enjeux et une solide dose d'humourJim Slotek 28-04-2012 | 04h00
LOS ANGELES – Combien pensez-vous qu'il a fallu de temps pour mener à terme le projet Les Avengers : le film, de Marvel? Bien plus que vous ne le croyez. Pour le commun des mortels, il est devenu évident qu'un projet de réunion au grand écran d'une bande de super-héros était en marche au printemps de 2008, avec la sortie du film Iron Man, mettant en vedette Robert Downey Jr. À LIRE AUSSI:
Après avoir vu défiler des milliers de noms au générique final, les personnes qui avaient eu la bonne idée de ne pas quitter la salle ont été joliment récompensées par cette scène surprise où Tony Stark (Robert Downey Jr.) trouve, entré chez lui par effraction, un certain Nick Fury (Samuel L. Jackson), de l'agence de renseignement S.H.I.E.L.D. «Je veux vous parler de l'initiative des Avengers», lui dit-il. Puis l'écran est devenu noir. L'univers des amateurs de bande dessinée est immédiatement entré en ébullition, et une vague de souvenirs et de rumeurs a déferlé sur le sujet de la série originale des années 1960, qui avait réuni des héros comme Iron Man, Thor, Capitaine America, Hulk, Œil-de-Faucon et l'Homme-fourmi.
Il a fallu attendre quatre ans pour que soient comblées les attentes suscitées (moins le personnage de l'Homme-fourmi, puisque le réalisateur Edgar Wright s'est montré trop lent à livrer son film sur le minuscule super héros capable de commander des fourmis). Mais un projet de film des Avengers trottait dans la tête de l'actuel président de Marvel, Kevin Feige, bien des années avant cela. L'idée était presque complètement formée lorsque Feige a approché Joss Whedon (Buffy contre les vampires, Firefly) pour lui en parler en 2004, à l'occasion de l'événement ComicCon, à San Diego. Et Feige admet qu'il a eu son premier «éclair de génie» environ quatre ans auparavant, en feuilletant une nouvelle bande dessinée de Marvel. C'était une nouvelle incarnation des Avengers appelée « The Ultimates ». On y avait rafraîchi les personnages et l'histoire racontait en quelque sorte leurs origines, mais dans un contexte moderne. Nick Fury au goût du jour
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«L'ampleur de l'idée m'a rendu nerveux et un peu méfiant. Mais lorsque Chris (Hemsworth, alias Thor) et Chris (Evans, alias Capitaine America) ont lancé avec succès et charisme leurs propres franchises, j'ai alors commencé à avoir confiance en l'idée de cette gigantesque réunion de super personnages.»
Joss Whedon s'est pointé pour son entrevue portant un vieux chandail à capuche aux couleurs de Buffy contre les vampires. Récemment, on a posé la question suivante à Whedon : «Qui, selon vous, remporterait une bataille opposant Buffy et la Veuve noire? (incarnée par Scarlett Johansson dans Les Avengers : le film)». Sa réponse élaborée, dans laquelle il a décrit en détail l'hypothétique affrontement, s'est conclue sur la victoire de Buffy. Tient-il toujours le flambeau de la tueuse de vampires, une décennie après l'annulation de la série télévisée? «En vérité, c'est que je suis simplement trop pingre pour m'acheter de nouveaux vêtements», dit-il en riant. «Et si au moins je blaguais.»
Réaliser Les Avengers, dit-il, lui a rappelé l'expérience du tournage de Serenity, sa version pour le grand écran de sa série télévisée éphémère Firefly. «Certaines personnes arrivaient en sachant tout de l'histoire de fond et d'autres, sans n'y connaître le moindre détail. Lorsque j'ai regardé Wall Street, je ne comprenais pas tout leur jargon et le contexte financier, mais l'histoire m'a fasciné. Si vous sentez que le film est animé d'un contexte puissant, son histoire, en tant que telle, devient alors du vrai bonbon.»
Il en a appris des choses, sur la réalisation d'un film doté d'un budget dépassant les 200 millions $, avec tout le grand déploiement que cela implique. «Parfois, j'essayais de m'en tenir aux lois de la physique et il en résultait des scènes d'une belle platitude. En fin de compte, j'ai juste accepté le fait que toutes les fois qu'une voiture était heurtée par quelque chose, elle devait exploser et faire une série de tonneaux. Même un hamster aurait eu cet effet.»
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«J'imagine que c'est parce que nous avons l'air plus insidieux. Quand j'ai accepté le rôle de Loki, dans le Thor de Kenneth Branagh, je ne savais pas qu'ils allaient réaliser Les Avengers et que Loki en serait le principal vilain. Je n'ai découvert que plus tard que dans la première édition de la bd des Avengers, Loki est l'ennemi numéro un, la raison historique de cette réunion de super héros.»
On a beaucoup parlé de l'humour du film, notamment durant une bataille inégale opposant Loki et Hulk (Mark Ruffalo), dont l'atmosphère évoque… Bugs Bunny. En termes d'humour, Whedon décrit Les Avengers comme un hybride de Douze salopards et L'inconnu de Las Vegas.
« L'inconnu de Las Vegas est comme un Douze salopards sans enjeu. Et nous avions besoin d'enjeux. D'enjeux énormes, même. Mais il nous fallait aussi une sérieuse dose d'humour. Nous avions besoin de cette teinte d'humour pour unir des personnages si disparates.»
Il poursuit sur l'analogie de L'inconnu de Las Vegas, en référence au temps d'écran des acteurs. «Nous ne voulions pas qu'aucun des acteurs se prenne pour l'Elliott Gould des Avengers. Nous voulions que tout ce monde reçoive une quantité égale d'attention, que chaque acteur ait son moment Clooney.»
À propos du film, Jeremy Renner (Œil-de Faucon), qui s'est fait connaître comme bellâtre de productions indépendantes grâce à Démineur, dit : «Pour moi, c'est un matériel beaucoup plus léger que mes films habituels. Je n'avais jamais tourné un film que ma famille pouvait aller voir. Ils ont toujours été rebutés par les films auxquels j'ai participés.» Ce n'est pas dire que le film est sans message.
Whedon concède des racines idéologiques à la friction existant entre l'âme de scout qui anime le personnage du Capitaine America (Chris Evans) et le fanfaron égocentrique qu'est Iron Man/Tony Stark. Il y voit une belle métaphore des deux Amériques.
«Capitaine America était mon étalon moral, un type qui a connu la Seconde Guerre mondiale et qui a vu des gens se sacrifier de façon horrible pour le bien commun. Et il y a eu cette sorte de régression morale fascinante, de Steve à Tony. Il n'était pas question, bien sûr, de se lancer dans des discours moralisateurs, mais la notion du soldat est bien différente de celle du super héros.»
Qu'est-ce qui explique, donc, que Les Avengers de Marvel ait été mené à terme, alors que le projet Justice League Of America , de DC Comics (Superman, Batman, Flash, Green Lantern et compagnie) traîne depuis tant d'années? Joss Whedon n'a qu'une chose à dire à DC : «Appelez-moi», dit-il.
«En fait, je dirais simplement qu'il est incroyablement difficile de réunir des personnages si disparates et de les faire évoluer dans un cadre commun. Et les gens de DC ont rencontré plus d'obstacles dans leur cheminement de projet. Leurs personnages appartiennent à une ère révolue, où les héros incarnaient la perfection et étaient plus grands que nature. Marvel a tout compris en réalisant qu'au fond, les héros sont des gens comme tout le monde. Cette authenticité de Marvel a vraiment commencé avec Iron Man, et je crois qu'elle fournit une fondation solide à leurs histoires.
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