LE DÉTECTIVE NOUVEAUSur la piste de Sherlock Holmespar Kevin Williamson 19-12-2009 | 04h00
«Il arrive parfois qu’on se sente simplement bien», explique l’acteur de 44 ans aux journalistes réunis pour sa conférence de presse. C’est là une observation qui se transpose simplement bien à sa vie professionnelle et privée. Après des années d’abus de drogues, il est désormais marié à la productrice Susan Downey et définitivement sorti de l’infernal cycle désintox-prison-rechute qui a longtemps été son lot. Il est également devenu un acteur demandé grâce à des films à succès comme Iron Man et Tropic Thunder, et on lui offre tout autant des comédies, des drames que des adaptations de bandes dessinées (Iron Man 2 prendra l’affiche en mai).
À CONSULTER:
Pour le guider dans cette tâche, Downey a eu l’aide du réalisateur Guy Ritchie. Le style à la dure de Ritchie est flagrant dans cette version plus crue et moderne. Le nouveau Holmes pratique la boxe à mains nues. Son assistant, le Dr Watson (interprété par Jude Law), est un vétéran de guerre qui possède ses vices propres. Le scénario est même chargé d’une certaine énergie sexuelle grâce à Irene Adler, une femme fatale interprétée par Rachel McAdams. «Je suis parvenu à donner une identité britannique au film, mais avec des muscles et un budget américains. C’est la transition idéale pour moi», signale Ritchie.
NOUVELLE APPROCHE«Depuis ma tendre enfance, j’ai une vision précise de Sherlock Holmes et de l’association entre Holmes et Watson; la plupart de mes idées pour le film me sont venues directement de Doyle. Aucun livre ne mentionne le deerstalker et Holmes n’a jamais dit: “Élémentaire, mon cher Watson”. Nous connaissons tous les symboles associés à Sherlock Holmes, mais les producteurs et moi avons décidé dès le départ que notre Sherlock Holmes éviterait les clichés qui lui sont habituellement associés pour en créer une version la plus fidèle possible à la version de Conan Doyle, et ça nous a permis d’avoir une approche nouvelle de ce personnage.» Mais à quel coût? Est-ce que le nouveau Sherlock Holmes est un sacrilège? Pas selon le producteur Joel Silver, qui explique que ce ne sont pas les nouvelles originales qui étaient «guindées», mais bien les adaptations cinématographiques qui ont servi à définir Holmes dans la culture populaire. «Autrefois, il y avait une phrase à Hollywood qui disait qu’il y a des films de tapis et des films de poussière. Ces premières adaptations de Sherlock Holmes étaient des films de tapis, ils se déroulaient en intérieurs et étaient très intellectuels, mais lorsqu’on s’y attarde, Sherlock Holmes est un personnage de poussière. Nous nous sommes donc investis à tourner un film contemporain avec une approche fraîche et originale, mais qui respecterait l’esprit de Conan Doyle.»
ASPECTS TROUBLESNéanmoins, ce nouveau film fait abstraction de certains des aspects les plus troublants de la personnalité de Holmes, notamment son habitude de s’injecter une solution aqueuse à sept pour cent de cocaïne. Le film sous-entend cette dépendance, mais ne la clarifie jamais. Downey affirme que cela n’a rien à voir avec le fait qu’il tentait de se distancer de ses propres démons. «C’est un film qui est réservé aux 13 ans et plus, et même s’il ne l’était pas, lorsque vous lisez les nouvelles originales, Holmes n’est jamais décrit comme un drogué et n’oubliez pas qu’à l’époque victorienne, tout cela était légal et acceptable: vous pouviez vous procurer ça à la pharmacie du coin. Nous nous sommes dit qu’il aurait été irresponsable de ne pas y faire référence.» Pour les puristes, l’exemple le plus flagrant du révisionnisme de ce film ne viendra pas du fait que Holmes est un spécialiste des arts martiaux ayant le sens de l’humour, mais plutôt du fait que Watson soit beaucoup plus mince et intelligent. «Nous voulions un Watson qui paraisse bien parce que nous voulions que leur relation soit une relation d’égal à égal, comme Butch et Sundance. Pour moi, c’était plus dans l’esprit de la lettre de Doyle.» Et plus attirant pour les acteurs-vedettes potentiels. Law admet volontiers qu’il n’aurait pas accepté le rôle s’il lui avait fallu pour cela prendre du poids et jouer le pendant un peu niais du détective de génie de Downey. «Je savais que l’approche serait différente de toutes ces autres adaptations de Sherlock Holmes», dit Law, tout en précisant que son Watson est «un peu plus tranchant». Mais il ajoute du tac au tac : «Lorsque vous relisez les livres, vous réalisez qu’en fait, tout était là depuis le début.»
Brad Pitt en professeur Moriarty?Est-ce que Sherlock Holmes croisera le fer avec un membre du commando des bâtards dans un prochain film? Plus tôt cette année, la rumeur voulait que Brad Pitt, qui était en vedette dans le film Snatch, de Guy Ritchie, joue le rôle de l’ennemi juré de Holmes, le professeur Moriarty, dans une inévitable suite. Les cinéastes, cependant, ne disent pas si le personnage de Moriarty sera dans un prochain film ou qui pourrait le représenter. «La question est encore sans réponse, nous avons donc décidé de la mettre de côté», explique le réalisateur Joel Silver. «Pourtant, reconnaît-il, je pense qu’il y a un potentiel pour en faire une franchise et que les chances sont très bonnes.» Dans le film qui sera dans les salles le jour de Noël, Moriarty n’apparaît que comme une ombre avec une voix déguisée. «Je pense que nous avons essayé très fort pour que le public croie qu’il pourrait y avoir plus qu’une seule histoire, signale Silver. Espérons que le public aimera, qu’il s’appropriera le film et que nous pourrons poursuivre notre voyage.» Alors que les producteurs sont plutôt cachottiers au sujet des perspectives d’avenir de la franchise, on sait qu’un scénario pour un deuxième film est en cours d’écriture, juste au cas... Dans l’intervalle, sans Moriarty pour contrarier Holmes, le nouveau film mise sur Mark Strong (Body of Lies) dans le rôle du satanique Lord Blackwood. «En ne montrant pas le personnage de Moriarty, vous créez quelque chose de beaucoup plus intéressant, parce que vous ne pouviez pas avoir un Moriarty qui trempait dans les sciences occultes, explique Strong. C’est en un sens plus inventif.» |