1981L’enfant vu par le cinéastepar Cédric Bélanger Le Journal de Québec 29-08-2009 | 04h00
«D’avoir le courage et la générosité de nous parler de sa propre vie, ça m’a étonnée», lance sa fidèle productrice, Nicole Robert. Celui qu’on a découvert avec Québec- Montréal et Horloge biologique ne semble pas faire grand cas de se mettre ainsi à nu devant le public québécois. Il s’inquiétait bien davantage de la réaction de ses parents. À lire
«Je leur ai présenté le film il y a deux semaines. Ça s’est passé mieux que je pensais. Il n’y a pas eu trop de commentaires désobligeants. Je sais que ma mère aime ça mieux paraître que ce qu’elle est parfois. Mais je les avais prévenus de ce sur quoi porterait l’histoire, donc il n’y a pas eu d’immenses surprises. Seulement qu’ils assument, c’est déjà parfait», dit Ricardo Trogi. L’action de 1981 (qui sort sur les écrans le 4 septembre) se déroule, pas de surprise, en 1981, année où le jeune Ricardo (brillamment interprété par Jean-Carl Boucher) vient de déménager avec papa, maman et sa soeur Nadia, dans une maison de Cap-Rouge. Conséquence, Ricardo se retrouve dans une nouvelle école et se rend vite compte que ses camarades semblent provenir de milieux plus aisés que le sien.
DIFFICULTÉS MONÉTAIRESPour camoufler la véritable situation financière de sa famille, aux prises avec la récession, et pour obtenir l’amitié de la gang aux K-Way rouges, le garçon se réfugie dans le mensonge, s’inventant une situation fictive. Ricardo vit aussi son premier coup de foudre avec Anne Tremblay, une élève de sa classe à qui il n’ose adresser la parole. «Toutes les scènes, à la base, sont des trucs qui sont arrivés pour vrai. Des fois, je change la fin pour accélérer l’histoire ou rendre ça plus intéressant», confie Trogi, qui calcule qu’environ 25% du film est de la fiction. Ce qui est vrai, par contre, ce sont les demandes incessantes à ses parents pour obtenir les produits de consommation à la mode de l’époque: K-Way, walkman et autres objets qui meublaient les pages du catalogue Distribution aux consommateurs, que le garçon consultait avec avidité. «J’étais vraiment fatigant pour ça. Il a fallu que ma mère me remette à ma place à un moment donné. Sinon, je n’étais pas différent des autres jeunes de mon âge», dit-il, évoquant ses amours secrets et ses mensonges à ses amis. «C’est juste que quand t’es jeune, tu ne parles pas de ces choses-là, de peur d’être jugé.»
LA MUSIQUE, PAS NÉCESSAIRETous ceux qui ont été élevés dans les années 1980 souriront en revoyant les décors de la maison familiale et les objets d’époque qu’a insérés Trogi dans son film. Ne cherchez cependant pas de trame sonore «full 80’s». Hormis des tubes peu connus de Human League et OMD, la musique de la décennie 80 est presque absente. «Dès le début, je savais que je ne pouvais pas trop miser sur la musique des années 1980, parce que les droits coûtent cher. Si c’était un film américain, ça aurait été beurré de bord en bord. Mais, j’ai l’impression que c’est plus original. J’aurais pu en mettre deux ou trois autres de plus, mais je me suis demandé si c’était nécessaire. Je voulais juste me concentrer sur les personnages.»
DEVANT LA CAMÉRAOutre 1981, on pourra voir Ricardo Trogi pour la première fois passer devant la caméra dans Le baiser du barbu, de Yves P. Pelletier. Selon le cinéaste, cette expérience lui sera bénéfique pour la suite de sa carrière de réalisateur. «Yves a été très agréable avec moi. Je ne pensais pas que c’était aussi fragile une scène. Je voyais davantage les comédiens comme des “performeurs”, mais il faut que tu les voies plutôt comme des gens qui ont à composer avec la performance qu’ils ont à faire.» «Désormais, poursuit-il, je verrai peut-être à les situer plus précisément dans ce qu’ils ont à faire, ne pas tenir pour acquis qu’ils connaissent le scénario autant que moi. Ce sont des choses auxquelles je ne pensais pas.» |