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Cadavres - Macabres retrouvailles
© Films Séville
Patrick Huard dans Cadavres

CADAVRES

Macabres retrouvailles

par Denise Martel
Le Journal de Québec
14-02-2009 | 04h00
Si Patrick Huard retrouve Sylvie Boucher, sa Nancy de Taxi 0-22, dans Cadavres, dernier long métrage d’Erik Canuel, aussi bien le dire tout de suite, l’univers est totalement différent, mais alors là TOTALEMENT!

De toute façon, le film, qui prendra l’affiche en salles le 20 février, ne se compare à aucun autre film tourné au Québec à notre connaissance et est difficilement comparable à quelque autre film que ce soit... Quant à Sylvie Boucher, précisons qu’elle incarne cette fois la mère et non la blonde de Raymond (Huard). Elle ne fait pas vieux os si on peut dire.

L’histoire se passe un soir d’Halloween, alors que Solange (Sylvie Boucher) meurt brusquement.

Un peu désemparé, Raymond appelle sa soeur Angèle (Julie Le Breton) qu’il n’a pas vue depuis dix ans.

Contre toute attente, elle le rejoint et, imprégnée du rôle de commissaire qu’elle joue dans une série télé de pacotille, elle tente de comprendre ce qui s’est passé. Son retour ne laisse personne indifférent, à commencer par son frère qui se voit curieusement forcé d’enterrer les cadavres qui lui tombent dessus au sous-sol.

«C’était effectivement assez différent de se retrouver sur le plateau de Cadavres, on a tellement ri avec ça. C’était un peu weird», lance Patrick Huard à l’autre bout du fil, dans un bistro montréalais où se déroule une ronde d’entrevues.

GLAUQUE ET SALE

«L’univers du film est glauque et sale. La différence est assez étonnante. Cadavres ne se compare à rien d’autre. Ceux qui l’ont vu jusqu’à maintenant n’arrêtent pas de chercher des films comparables. On est rendus à sept ou huit, mais il n’y a rien qui fait. Cela dit, il y a quelque chose de particulier dans l’esthétique du film : le décor est affreux, mais les images sont vraiment belles», insiste le comédien.

En ce qui le concerne, Patrick Huard reconnaît n’avoir eu aucun problème avec la maison et son univers sordide. «C’était facile pour moi, parce que c’était cohérent avec mon personnage qui n’est pas très propre sur sa personne... Ce qui m’étonnait le plus, par contre, c’étaient les autres personnages. Ils sont tellement typés, ça frôle la BD. Tu te dis que ça se peut pas!»

THÈMES TABOUS

Tout est en demi-tons, à cheval entre deux affaires. Ça rend le film drôlement intéressant. Il faut dire que Cadavres joue dans des thèmes tabous, ça fait partie du malaise », poursuit l’acteur. Il ajoute du même souffle que ce n’était pas nécessairement évident au départ de s’immiscer dans la peau de Raymond.

«Tout se passe à l’intérieur, ce n’est pas un extraverti. Il n’a pas non plus l’énergie physique que j’ai l’habitude d’avoir. On a tous un côté plus sombre, décrocheur. Raymond est sarcastique et désabusé. C’est un état constant du personnage. La vie passe autour de lui, ça ne l’intéresse pas. Il n’a pas le goût d’embarquer. Il vire une grosse brosse le 1er du mois et, après, il attend que le temps passe.»

«Malgré tout, c’est un gars intelligent, mais il ne faut pas que ça paraisse. Il est capable de manipuler.»

«D’ailleurs, avec le policier (Christian Bégin), il ne se gêne pas pour l’enfirouaper, il le trouve colon. Il ne veut pas que rien dépasse, il ne veut pas de trouble. Par contre, pour la scène de la fin (que nous ne dévoilerons pas), je l’ai jouée comme un petit gars de 12 ans, totalement immature...» ajoute Huard.

Un amour interdit

Patrick Huard dit avoir travaillé fort pour composer le personnage de Raymond, au point où il a sa théorie pour expliquer son apathie et son caractère désabusé.

«Pour moi, la fissure a commencé à sa faire probablement à l’adolescence de sa soeur qui est un peu plus vieille que lui, quand elle a commencé à se faire des chums. En plus d’avoir fort probablement été abusé par sa mère, quand sa soeur quitte la maison, c’est une brisure totale. Il n’arrive pas à trouver autre chose où s’accrocher.»

Quand t’es en amour avec ta soeur, t’as beau essayer de te convaincre que ça n’a pas de bon sens, que tu peux pas, qu’est-ce que tu fais? Le film joue dans nos tabous. La seule chose intéressante dans sa vie, la seule fille qu’il trouve jolie, c’est sa soeur. Ça va à l’encontre de son code moral. «C’est quelque chose que tu ne choisis pas, c’est comme ça autour de toi.»

«C’est un peu ce qu’on inculque aux enfants soldats qu’on prend de force dans certains pays. On les drogue, on assassine leurs parents, puis on leur donne des armes et on les envoie assassiner d’autres parents... Ça devient le seul code moral qu’ils connaissent», lance Huard au fil de l’entretien.

«Dans la vie, je suis un grand amoureux de la nature humaine. Le personnage de Raymond, j’ai essayé de l’explorer sans le juger.»

«Pour ça, je devais forcément aller dans mes zones sombres. Je me suis questionné pour savoir avec qui, dans mon environnement, je pourrais tomber en amour et que ça ne soit vraiment pas possible, pour tenter d’imaginer les émotions qui jailliraient en moi... Je me suis tellement attaché au personnage, que quand je pense à la fin du film, les larmes me montent aux yeux. Je trouve ça pathétique, bouleversant», confie Patrick Huard.

Oubliez Bon cop, bad cop 2

Si vous êtes de ceux qui attendez impatiemment la suite de Bon cop, bad cop, le plus grand succès au box-office non seulement au Québec mais aussi au Canada, il vaudrait mieux oublier ça! Du moins, Patrick Huard n’en sera pas.

C’est ce qu’on peut comprendre à entendre sa réaction, quand on lui demande ce qui arrive avec la suite tant attendue. «Je ne sais pas, je n’en ai aucune idée. C’est rendu un dossier tellement complexe, je ne m’occupe plus de ça, ça me rend trop malheureux», dit le comédien qui était pourtant à l’origine du premier film dont il a écrit le scénario.

Malheureusement, l’entrevue est terminée et nous n’en saurons pas plus... Par contre, avant d’aborder le sujet de Bon cop, bad cop, l’acteur avait eu le temps de nous dire que lui et Érik Canuel étaient à la veille de se rasseoir pour parler de leur prochain projet.

«On aime beaucoup travailler ensemble et c’est sûr qu’on tournera un autre film tous les deux. Cadavres est le troisième long métrage qu’on fait ensemble, c’est-à-dire à peu près un film tous les trois ans, mais ça fait longtemps qu’on est des chums. Depuis Nez rouge.

On se parle souvent, on se montre nos affaires. On est trois, quatre ou cinq réguliers comme ça, comédien-réalisateur- monteur, et on se consulte sur nos projets.

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