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Sex and the City - Urbain, branché et sexy
© Le Journal

SEX AND THE CITY

Urbain, branché et sexy

Marie-Joëlle Parent
Le Journal de Montréal
24-05-2008 | 04h00
En 2004, Carrie nous a laissés avec cette scène mémorable: le vrai nom de Mister Big était dévoilé sur son téléphone portable. John James Preston était enfin disponible, le conte de fées était terminé. Quatre ans plus tard, le voilà ressuscité au grand écran dans un film signé Michael Patrick King. Carrie, Charlotte, Miranda et Samantha sont de retour, affûtez vos Manolo.

Il y a quelque chose de profondément électrisant à revoir le quatuor le plus populaire du petit écran déambuler sur Fifth Avenue dans les premières minutes du film. Le tout est précédé d’un générique des meilleures répliques de la série, pimenté du rythme de la chanson-thème signée Fergie. De quoi mettre en appétit. Dans la scène qui clôt le film, les quatre filles trinquent avec un cosmopolitain. «Pourquoi a-t-on arrêté de boire ça au juste?» demande Samantha. «Parce que tout le monde s’est mis à en boire», répond Carrie. Un joli clin d’œil aux groupies de la série…

Dès les premières scènes, on comprend que Michael Patrick King a voulu faire de ce film un condensé aussi coloré, matérialiste, urbain, branché et sexy que les épisodes de 22 minutes diffusés sur HBO entre 1998 et 2004. Avec un budget de 65 M$, il a vu…BIG! Même si le film s’adresse principalement aux femmes (et beaucoup aux gais), on estime déjà qu’il amassera 40 M$ dès son premier week-end à l’affiche.

LE BONHEUR EST DE COURTE DURÉE

Question de vous remettre dans le bain, à la fin du 94e épisode, Carrie Bradshaw (Sarah Jessica Parker) avait enfin re-re-repris avec Big (Chris Noth); Miranda Hobbes (Cynthia Nixon) avait déménagé à Brooklyn avec Steve et leur petit Brady; Charlotte Goldenblatt (Kristin Davis) attendait l’adoption d’une petite Chinoise avec son Harry; et Samantha Jones (Kim Cattrall) était enfin dans une relation stable avec son «boytoy», Smith. On les retrouve quatre ans plus tard, au début de la quarantaine (cinquantaine pour Samantha), beaucoup plus matures. Finis les joints de pot, les rancarts avec des types ringards et le sexe débridé.

Carrie est dans une vraie relation avec Mister Big, qui la demande en mariage. Sa vie semble si simple et douce, alors qu’elle fait normalement dans le très compliqué. Hélas, le bonheur est de courte durée. Malgré les photos prises par les paparazzis pendant le tournage (on voit Carrie en robe de mariée frapper BIG, en pleine rue, à coups de bouquet de fleurs…), le scénario réussit tout de même surprendre. On chuchote que Michael Patrick King se serait inspiré du mariage avorté de Ben Affleck et Jennifer Lopez!

Quant à Charlotte, elle tombe finalement enceinte. Miranda fait face à l’infidélité de Steve et Samantha laisse New York pour s’occuper de la carrière de Smith à Los Angeles. Stanford Blatch et Anthony Marentino, les amis gais de service, sont aussi de retour, plus bitches que jamais.

L’AMOUR TROUVÉ

Contrairement à la série, le film se penche plutôt sur ce qu’il advient une fois l’amour trouvé. Il est en ce sens beaucoup plus dramatique.

Michael Patrick King, pionner d’un langage qui a laissé ses traces à travers la planète, encore une fois trouvé des expressions qui resteront probablement dans les annales, comme sex on a stick pour désigner un homme plus qu’attirant. Les discussions crues entre les filles sont toutefois plus rares. «Les discussions salées au coffee shop, c’est du déjà-vu. J’ai voulu souligner la différence entre avoir 35 ans et 40 ans. Il y a des choses qu’on laisse derrière, on devient plus mature. À 35 ans, on couche avec les mauvais hommes, on boit, à 40 ans on a des relations stables. J’ai tout de même réservé des scènes de nudité!» rassure Michael Patrick King, rencontré à New York.

OBSTACLES

L’idée du film a germé il y a quatre ans, mais une série d’obstacles a bloqué le projet. Kim Cattrall exigeait entre autres que son cachet se rapproche du 10M$ touché par Sarah Jessica Parker (aussi coproductrice). «Au départ, j’avais conçu une histoire où les quatre filles se séparaient et partaient chacune de leur côté. Dieu merci, le projet a avorté parce que ce film est mille fois plus fort», concède-t-il.

Il a donc repris la plume en mars dernier. «Je me suis enfermé dans le désert pendant 16 jours pour me battre avec le scénario. Pas de télé, pas de téléphone, juste moi, mon anxiété et tous les fans de la série dans ma tête. C’était très à l’étroit dans ma chambre!» poursuit le scénariste de 53 ans, ouvertement gai. Visiblement inspiré, il a écrit 365 pages, un scénario de 5 heures que Miss Parker surnomme à la blague «la saison ou le chef-d’œuvre». Le film a été charcuté. Le reste sera dans la section Bonus du DVD.

La promotion a déjà sa vitesse de croisière depuis trois semaines, les filles sont de toutes les pages couvertures de magazines. D’autres ne cachent plus leur ras-le-bol, comme le Time Out de New York qui a publié sur sa page frontispice «No sex!» avec une photo des filles, un ruban collé sur la bouche. Ça ne fait pourtant que commencer…

MIRANDA HOBBES (CYNTHIA NIXON)
— LA CARRIÉRISTE

«Concernant ma blonde, je ne sais pas comment j’aurais pu tenir ça secret. Il y a une butch qui vit chez moi et qui m’accompagne au parc avec mes enfants!» lance d’aplomb Cynthia Nixon.

Dans la catégorie franchise, l’actrice de 42 ans remporte la palme. Il s’en est passé des choses dans la vie de Cynthia «Miranda» Nixon depuis la fin de la série en 2004. À commencer par un cancer du sein diagnostiqué il y a un an et demi. Ironiquement, le personnage de Samantha souffrait de la même maladie vers la fin de la série.

«Ma mère l’a eu deux fois, alors j’ai pris l’habitude de faire des tests souvent. Le mien a été détecté très tôt, j’étais donc moins effrayée», raconte-t-elle le plus simplement du monde devant une tablée de journalistes quelque peu ébahis de tant d’ouverture, fait rare chez les acteurs, pour la plupart conditionnés.

«PASSEZ VOS MAMMOGRAPHIES»

«J’ai décidé d’en parler parce que je me suis dit que je pouvais être utile et rassurante pour les autres femmes. Passez vos mammographies, il y a 98% de chances de survie si on détecte le cancer tôt», dit-elle avant de décrire toutes les étapes de son traitement. On n’en demandait pas tant.

Pour ce qui est de sa sortie du placard, aucun malaise là non plus. «Avec plaisir, je vais en parler!» lance-t-elle sans détour alors que les journalistes cherchent les mots pour aborder la question. «Je l’aime beaucoup, Ça fait quatre ans qu’on est ensemble, je crois que ce ne serait pas juste pour elle si j’avais essayé de le cacher. Au début, il y avait des paparazzis sur le perron de la maison de ses parents en Virginie. Mais depuis, ça s’est calmé», raconte l’actrice, qui a eu ses deux enfants d’une précédente relation.

CYNIQUE, CARRIÉRISTE ET INDÉPENDANTE

Dans la vraie vie, Cynthia est plus féminine que son personnage de Miranda, une femme cynique, carriériste, indépendante, qui s’adoucit toutefois plus la série progresse. l’opposé, Cynthia semble toute délicate dans sa robe blanche Mendel et ses sandales Blahnik. Elle sourit à toutes les deux phrases. Un sourire imparfait dont elle se moque ouvertement notre grande surprise.

«À neuf ans, j’ai décidé de devenir actrice. J’ai fait des pubs, je ressemblais à une fille Neutrogena, mais du moment où j’ouvrais la bouche, je n’étais clairement pas une Neutrogena girl!» dit-elle.

Incarner Miranda l’a-t-elle changée?

«Ça fait 10 ans, c’est difficile à dire. J’ai plus de vêtements dans mon placard, j’ai plus d’argent, il y a plus de gens qui me reconnaissent et j’ai eu la chance d’être partie intégrante de cet incroyable phénomène culturel», résume-t-elle.

SAMANTHA JONES (KIM CATTRALL)
— LA CROQUEUSE D’HOMMES

Il n’y a pas que la vie de Samantha Jones, célèbre attachée de presse nymphomane, qui soit mouvementée, celle de Kim Cattrall l’est aussi. L’actrice s’est confiée sur les vraies raisons qui l’ont poussée à refuser le film il y a quatre ans.

Petite anecdote en débutant, Kim Cattrall, croisée dans l’ascenseur de l’hôtel où elle donnait des entrevues, se préoccupait dangereusement du décolleté de sa robe aqua Luca Luca. Son assistante installait méticuleusement du papier adhésif pour éviter que sa poitrine, pourtant exposée à maintes reprises dans la série, ne soit dévoilée à ces messieurs journalistes. Méchant contraste entre l’actrice et son personnage…

Kim Cattrall parle doucement, chuchote presque. On est loin de la flamboyante Miss Jones. Elle reçoit les compliments avec la timidité d’une fillette. Charmant.

EXPERTE DU SEXE

La Canadienne de 51 ans l’admet ouvertement, «jouer Samantha m’a aidée à passer à travers la quarantaine. On accuse Hollywood de mettre de la pression sur l’âge des actrices, mais en réalité, c’est moi qui doutais que je puisse jouer une fille si sexuelle et vamp à mon âge», avoue-t-elle. Difficile à croire de la part d’une actrice à qui l’on doit les scènes les plus osées de l’histoire du petit écran.

Ce personnage lui a d’ailleurs valu l’étiquette «d’experte du sexe », alors qu’elle est plutôt du genre à vouloir passer incognito.

«Les gens me posaient des questions sur les vibrateurs, sur le goût du sperme. Un jour, j’étais au comptoir de poissons et un père m’a remerciée parce qu’il avait réussi à aborder la question du sexe avec sa fille de 13 ans. Tout ce que je voulais, moi, c’était acheter des palourdes!» raconte-t-elle.

Kim raconte par ailleurs s’être inspirée des dialogues des années 1930 et 1940 pour forger Samantha, un personnage très théâtral dans sa voix, dans ses gestes, dans sa posture. «Son rire, ça m’est sorti tout seul un jour, Sarah m’a demandé d’où ça venait, ça», raconte Kim Cattrall.

LES VRAIES RAISONS

Depuis un an, les journaux à potins font leurs choux gras d’une soi-disant rivalité malsaine entre Kim Cattrall et sa costar Sarah Jessica Parker. Querelle qui aurait fait avorter le film il y a quatre ans.

On va enfin pouvoir remettre les pendules à l’heure. «Je traversais un divorce médiatisé à l’époque, j’ai ensuite traversé un autre divorce douloureux et on a diagnostiqué une démence chez mon père.

Ce fut une année horrible, je n’étais tout simplement pas prête à jouer ce rôle», confie-t-elle candidement.

«Je ne pense pas que je vais me remarier, je ne suis pas bonne pour le mariage», de poursuivre l’actrice, un peu mélancolique.

Comment est-elle passée à travers? «J’ai fait la chose la plus sensée, je suis retournée à la maison au Canada pour passer du temps avec ma famille à Toronto et en Colombie-Britannique», dit celle qui habite New York depuis l’âge de 16 ans.

CHARLOTTE YORK (KRISTIN DAVIS)
— L’ÉTERNELLE ROMANTIQUE

Problèmes de fertilité, adoption, conversion au judaïsme…Kristin Davis se fait demander conseil chaque jour dans la rue. Charlotte York lui colle à la peau depuis 10 ans.

«C’était pire au début de l’émission. Je me souviens, Sarah (Jessica Parker) et moi étions au restaurant et ce groupe de femmes s’avancent vers nous, excitées de nous voir ensemble.

Elles venaient d’acheter le Rabbit (vibrateur) pour leur amie qui allait se marier, raconte Kristin Davis. On était embarrassées, il faut dire qu’on est plutôt prudes dans la vraie vie.»

LES HOMMES CRAQUENT

Kristin Davis, 43 ans, est à l’image de Charlotte: cheveux brillants, aucune pointe qui dépasse, tailleur Prada impeccable et sourire qui désamorcerait une bombe. De la trempe de Julia Roberts. Pas étonnant que les hommes craquent. Même Patrick Huard. Ce grand fan de la série a vu tous les épisodes.

«J’ai eu un gros gros kick pour Charlotte pendant un bout, surtout quand elle était dans sa période plus débridée, plus sexy » a-t-il confié. Certains collègues journalistes, sachant que j’allais la rencontrer, voulaient que je lui refile leur numéro de téléphone!

Ce sont peut-être ces yeux, ronds comme des billes, à travers lesquels elle s’exprime. Difficile de résister au charme de Miss Davis. Même quand un journaliste s’aventure sur le terrain glissant des photos pornos de l’actrice qui ont fait irruption sur le Net récemment (des photos apparemment truquées), elle répond avec grâce: «Vous me connaissez mieux que ça, ne commencez pas.»

GROSSESSE

Dans le film, Charlotte York-Goldenblatt est la plus épargnée du quatuor. À part sa grossesse miracle, elle ne connaîtra pas les remous des trois autres. «Je crois qu’elle a tellement souffert dans l’émission que c’était le temps d’une récompense, lâche Kristin. Elle peut finalement prendre soin de ses amies parce qu’elle est plus groundée».

Charlotte se dévoile aussi sous un jour moins reluisant. Sans trop en révéler, disons qu’elle est prise dans une des scènes avec de sérieux problèmes intestinaux. Incident qui viendra désarmorcer une situation tendue. «En lisant le script, j’ai sursauté. J’ai appelé Michael (Patrick King) et je lui ai dit que j’étais un peu inquiète. Il m’a dit qu’il était 100% sûr que ça serait drôle. J’ai décidé de lui faire confiance», dit-elle.

Kristin Davis est probablement la plus emballée à l’idée probable de se lancer dans un deuxième film. «On joué quatre femmes fortes. On n’a jamais prétendu être plus jeunes et on ne nous a jamais demandé de perdre du poids. On a toujours célébré ce qu’on était. On a eu notre mot à dire et ça m’a donné confiance en moi», poursuit-elle.

CARRIE BRADSHAW (SARAH JESSICA PARKER)
— LA MEILLEURE AMIE

Elle fait irruption dans la pièce, on croirait voir Carrie. Sarah Jessica Parker, 43 ans, habillée comme une carte de mode, trimballe son New York Times sous le bras. Ne lui manque qu’un ordinateur portable pour compléter le portrait.

Carrie Bradshaw et elle sont pourtant si différentes. Sarah Jessica Parker parle comme dans un roman de Jane Austen. Elle affectionne les mots romantiques et déteste ceux qui sont vulgaires. Elle est mariée au même homme, Matthew Broderick, depuis 11 ans. Miss Parker, née en Ohio, est aussi ironiquement pudique et puritaine. Elle est d’ailleurs la seule qui ait refusé de se dévêtir dans la série. Carrie dort toujours en soutien-gorge avec ses colliers de perles! «Sarah, elle est très soignée, elle aime se limer les ongles et se lave souvent les pieds!» nous a confié plus tard dans un éclat de rire son amie Kristin Davis.

L’ambassadrice de Manolo Blahnik cherche ses mots pour expliquer à quel point faire ce film s’est avéré un parcours du combattant. Deux ans de paperasse pour convaincre les studios et les acteurs. «Faire un film avec des femmes de plus de 40 ans, ce n’est pas le scénario idéal pour Hollywood», dit l’actrice au poids plume, drapée d’une robe verte Lanvin.

UNE ACTRICE VRAIE

Sarah Jessica gesticule dans tous les sens, elle serre les poings, plisse ses grands yeux bleus, replace ses cheveux en cascade, touche l’épaule du journaliste d’à côté. Elle est d’une gentillesse désarmante, presque exagérée. Elle multiplie les grimaces et envoie un signe de la main à Michael Patrick King qui passe.

«Je suis une actrice, pas une poupée de chiffon!» hurle-t-elle, les bras levés au ciel, quand on lui demande si elle aime enfiler des centaines de robes à l’écran. On a compris, elle aime jouer.

«Elle joue, mais on ne s’en rend pas compte, dira à son sujet son grand ami Michael Patrick King. Elle est la force de la série, elle est le diamant brut autour duquel on a forgé une couronne. Pour un auteur, c’est le rêve, parce que les gens s’identifient à elle. Elle est une star mais aussi une fille totalement ordinaire.»

Elle a surtout réussi à amener le personnage de Carrie plus loin qu’il n’était prévu au départ. En quoi Carrie Bradshaw a-t-elle changé sa vie? «Oh my God, combien de temps vous avez? demande-t-elle. C’est difficile à décrire, c’est 11 ans de ma vie.»

AUTEURE À SUCCÈS

Dans le film, Carrie n’est plus chroniqueuse pour le New York Star, elle est maintenant auteure de trois livres à succès. Elle continue aussi à faire des piges pour Vogue à 4,5$ le mot!

Pour l’aider à remettre de l’ordre dans sa vie, elle engage une assistante, campée par Jennifer Hudson, Dream Girls), qu’elle surnomme sainte Louise, un clin d’œil à son amour pour Louis Vuitton. Carrie se dévoile aussi sous un jour plus sombre que jamais. «Les fans ne s’attendent pas à ça, on ne l’a pas vue si bas auparavant.» Pour Parker, c’est rien de moins que le rôle d’une vie.

Pour une suite, il est encore trop tôt. «Ce sera aux fans de décider», glisse-telle humblement, avant de voler à une autre entrevue. Pour les maniaques, elle ne portait pas de Manolo, mais des sandales Proenza Schouler…

  • Sexe à New York (Sex and the City) Un film de Michael Patrick King. Avec Sarah Jessica Parker, Cynthia Nixon, Kim Cattrall, Kristin Davis, Chris Noth, David Eigenberg, Evan Handler, Jason Lewis, Jennifer Hudson. En salle le 30 mai.

(Notre journaliste a été invitée à ce voyage de presse par New Line Cinema.)

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