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Caroline Néron et Denys Arcand |
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L'ÂGE DES TÉNÈBRES
Un film né dans la controverse
Maxime Demers
Le Journal de Montréal
01-12-2007 | 05h00
Jamais un film québécois n’aura fait couler autant d’encre avant même sa sortie. Six mois
après son dévoilement en clôture du Festival de Cannes et deux mois après sa sortie en
France qui s’est soldée par un échec critique et commercial,
L’Âge des ténèbres, plus
récent film de Denys Arcand, est enfin prêt à envahir les écrans québécois. Finalement…
L’Âge des ténèbres semble condamné à
faire la manchette. Né dans la controverse,
le dernier long métrage du réalisateur
des Invasions barbares et de Jésus
de Montréal a connu un accouchement
mouvementé et riche en
rebondissements, c’est le moins qu’on
puisse dire.
Denys Arcand et sa productrice et
conjointe Denise Robert s’entendent
aujourd’hui pour dire que l’une des
erreurs est d’avoir présenté dès le départ
L’Âge des ténèbres comme le dernier
volet de la trilogie amorcée il y a
21 ans avec
Le Déclin de l’empire américain
et qui s’est poursuivie il y a
quatre ans avec
Les Invasions barbares.
Au Festival de Rouyn-Noranda il y a
quelques semaines, le cinéaste admettait
d’ailleurs que son nouveau film pouvait
être perçu davantage comme une
suite à sa comédie Stardom (sortie en
2000) ,
en raison de la similarité des thèmes
abordés (la célébrité, notamment).
Une vie ennuyeuse
L’Âge des ténèbres raconte l’histoire
de Jean-Marc Leblanc (Marc Labrèche),
un fonctionnaire de Laval de 44 ans qui
mène une vie terriblement ennuyeuse
auprès de ses deux adolescentes qui se
foutent de lui et de sa femme agente
d’immeubles (Sylvie Léonard), une incorrigible
carriériste qui ne pense qu’à
vendre le plus de maisons possible.
Son refuge pour échapper à cette triste
réalité: le rêve et les fantasmes. Dans
son lit, au bureau, dans sa voiture bloquée
dans un bouchon de circulation,
Jean-Marc s’imagine en preux chevalier,
en auteur de livre à succès gagnant
du prix Goncourt, en politicien nouvellement
élu ou en star de cinéma ayant
toutes les filles à ses pieds, dont son actrice
préférée et fille de ses rêves (Diane
Kruger).
Denys Arcand a eu l’idée de ce film
alors qu’il se baladait de ville en ville et
de pays en pays pour faire la promotion
des Invasions barbares, son film précédent
qui lui a valu l’Oscar du meilleur
film en langue étrangère, le prix de la
mise en scène à Cannes, trois Césars, six
Jutra et plusieurs autres prix partout
dans le monde.
« Je me suis mis à me demander qui
voudrait être à ma place; je me suis dit
qu’il y avait sûrement un gars à Laval qui
aimerait ça aller au show de Thierry Ardisson
ou être un chevalier du Moyen
Âge.
« Car le drame de la vie, c’est peut-être
que les gens aimeraient être d’autres
personnes que celles qu’elles sont. Probablement
parce qu’on croit que la vie
des autres est mieux ou plus glamour
que la nôtre», observait Arcand en entrevue
au Journal de Montréal en mai
dernier au Festival de Cannes, où il présentait
un de ses films pour la septième
fois.
« Noir… et drôle »
Autre comparaison avec Stardom :
L’Âge des ténèbres explore davantage le
ton de la comédie que du drame.
«C’est mon film le plus noir mais aussi
le plus drôle, disait d’ailleurs le réputé
cinéaste québécois à Cannes. Il y a du
burlesque, du slapstick, des styles d’humour que je n’avais jamais faits avant.
L’humour est plus fou. Mais en même
temps, il y a des scènes très dures, très
dark.»
Denys Arcand dit aussi s’être éclaté
en tournant les séquences oniriques qui
nous plongent dans différents univers,
du Moyen Âge à l’époque romaine de
Jules César en passant par une parodie
d’une scène de Kill Bill de Quentin Tarantino
dans laquelle Jean-Marc
tranche la tête de son patron avec une
épée.
« Ça m’a permis de faire un type de
cinéma que je n’avais jamais fait avant,
explique Arcand. Je ne ferais pas ça
pendant trois heures de temps, ça m’ennuierait trop. Mais en faire pendant dix
minutes, c’était très jouissif et amusant.
Il y avait un côté très ludique à cela.
Comme dans ses films précédents, Arcand
dresse par ailleurs un portrait peu
flatteur et très cynique de notre société
individualiste et superficielle.
À nouveau, il tire sur tout ce qui bouge :
la rectitude politique, l’ennui, la solitude,
les problèmes de communication
entre les gens, les ratés du gouvernement
à aider les démunis…
« Mais je ne fais pas de message, tient-il
à préciser. Je fais des films. Il y a une
expression à Hollywood qui dit : vous
avez un message, appelez Western Union.
Eux, ils livrent des messages. Nous, on
fait des films. Ce sont des films obscurs
pour moi, pas clairs. Si c’était des messages
que je voulais faire, je ferais des
conférences comme Guy Corneau et je
dirais aux gens comment vivre. Mais ce
n’est pas ça que je fais dans la vie.
L'Âge des Ténèbres sort en salle le 7 décembre.