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Nitro - Plus qu'un film de chars
photo BENOÎT PELOSSE
Alain DesRochers (à l’arrière-plan) et Benoit Guichard (à droite), en compagnie des vedettes de Nitro: Guillaume Lemay-Thivierge, Martin Matte et Lucie Laurier.

NITRO

Plus qu'un film de chars

par Bruno Lapointe
Journal de Montréal
23-06-2007 | 04h00
Le réalisateur Alain DesRochers et son complice scénariste Benoit Guichard ont mis plus de quatre ans à accoucher de Nitro. Quatre ans de réflexion, de réécriture, de recherche et de préparation pour s’assurer de livrer, à l’arrivée, un film qui offre plus qu’un simple action movie à l’américaine.

«Ç’a toujours été clair pour moi qu’on faisait un film sur un gars qui essaie de sauver sa blonde en tentant de trouver un coeur à lui greffer», explique Alain DesRochers, rencontré plus tôt cette semaine.

«Bien sûr, l’idée de départ, c’est qu’il y ait de l’action, des poursuites de chars, des cascades, des bagarres et tout le kit. Mais on ne voulait pas qu’il y ait juste ça. On voulait qu’il y ait aussi une histoire dramatique. J’aime les films montagnes russes, qui vont en up and down. Pourquoi ç’a pris quatre ans avant qu’on le termine? Parce qu’on avait envie de prendre notre temps pour que ce soit bien fait.»

Un film d’action, c’est bien beau, mais ça coûte cher, très cher. Les Américains ont les moyens de le faire mais ils sont à peu près les seuls. Un film d’action hollywoodien coûte rarement moins de 50M$ US. Et le budget des grosses productions du genre peut aller jusqu’à 150 ou 200M$ US. Or, le budget d’un film québécois dépasse rarement le 8M$.

«Le budget initial pour le premier scénario du film était de 11 millions de dollars, indique le producteur de Nitro, Pierre Even. Mais c’était beaucoup trop ambitieux, il fallait couper. Je savais qu’au dessus de 7 millions de dollars (le film a coûté 7,2M$), ce serait difficile d’obtenir du financement.»

Débrouillards

La solution: modifier le scénario pour diminuer le budget. Le scénario initial de Nitro comprenait des scènes d’explosion dans lemétro, des poursuites avec des hélicoptères et plusieurs autres cascades luxueuses.

«Pour te donner un exemple, la scène finale du film dans le premier scénario se passe dans un grand tracteur Rex (une grande machine agricole) sur une autoroute, se souvient DesRochers.

Finalement, on a troqué la machine agricole pour un dix roues et l’autoroute pour un chemin de campagne. C’est spectaculaire quand même, mais sur l’autoroute avec un Rex, ça aurait été encore plus impressionnant avec les chars qui crashent partout.»

«On a rapidement compris qu’on n’avait pas, au Québec, les moyens de faire un autre Fast and Furious, précise le scénariste Benoit Guichard, qui travaille avec Alain DesRochers depuis une quinzaine d’années (ils ont écrit ensemble notamment La Bouteille, le premier long métrage de Desrochers).

«On a donc coupé et on a diminué certaines scènes tout en essayant de garder le même rythme. Il fallait trouver d’autres moyens pour faire notre film à notre façon et différemment. Le défi était de renouveler le genre en lui apportant des valeurs et une réalité québécoise.»

Desrochers et son équipe ont aussi dû s’ajuster et faire preuve de débrouillardise sur le plateau de tournage. Plus de la moitié du temps de tournage (23 jours sur un total de 38) ont d’ailleurs été consacrés aux scènes comprenant des éléments de cascades.

Le réalisateur qui s’est davantage inspiré des classiques d’autos des années 1970 (dont l’incontournable Vanishing Point) a eu recours aux effets numériques seulement à la fin, pour embellir le tout.

«On s’est dit que c’était mieux de mettre l’argent sur le tournage que sur les effets spéciaux, confirme Pierre Even. On s’est dit qu’en même temps, ce qui nous différencierait des autres, ce serait justement de revenir à un style plus vieux, plus Mad Max

La bombe Laurier

Et la distribution? DesRochers dit avoir toujours eu en tête Lucie Laurier pour le rôle de l’explosive Morgane (l’intrépide ex-copine du personnage principal qui lui vient en aide dans sa folle aventure).

«Elle était mon premier choix depuis le début. Je voulais une bombe comme elle, qui pouvait avoir aussi une énergie de gars et être sexy en même temps.»

Le choix de Guillaume Lemay-Thivierge s’est imposé un peu plus tard, peu de temps avant le tournage.

«J’ai rencontré Guillaume au Festival de Rouyn-Noranda. On est partis sur la go toute la fin de semaine et j’ai trippé avec ce gars-là. Puis, quand est arrivé le moment de faire des auditions, j’ai repensé à lui. J’ai vendu ma salade au producteur et au distributeur et je suis excessivement satisfait du résultat. Guillaume m’a épaté tout le long du tournage. Il était là tous les jours de tournage, il s’est entraîné avant, il était prêt au bout.»

Le cinéaste a aussi donné dans son film un rôle à son fils de 10 ans, Antoine DesRochers, qui incarne le fils du personnage de Guillaume Lemay-Thivierge. «Je l’ai fait passer en audition sans mettre son nom. Les producteurs l’ont choisi parmi un petit groupe sans que je mentionne que c’était mon fils. Mais il avait déjà de l’expérience. Il a joué dans La Galère, 3 X rien, dans CA. Et là il va jouer dans le prochain film de Léa Pool.»

Le prochain projet de DesRochers: un film sur l’histoire de Gerry Boulet, écrit par Nathalie Petrowski.

«Ça va être trippant dans un autre style; sexe, drogue et rock’n’roll… Et là encore, on va prendre notre temps pour bien le faire.»

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