SPIDER-MAN 3
Déchiré entre le Bien et le Mal
Daniel Rioux
28-04-2007 | 04h04
LOS ANGELES — C’est à l’été 2004 que le réalisateur Sam Raimi a
vraiment su ce que c’était que d’avoir le vertige. Le contrat le liant aux
producteurs de Marvel Studios et au distributeur Columbia Pictures
empêchait tout espoir de salut dans la fuite. Sauf en chute libre…
Raimi devait leur remettre en avril 2007 un
Spider-Man 3. En 2004,
le premier
Spider-Man épuisait son phénoménal succès et le
second, prévu en 2005, n’était pas tout à fait terminé. Levant le
téléphone, Sam Raimi a appelé son médecin de famille…
«J’avais des idées pour le troisième film mais c’était encore un peu flou, nous dit Sam Raimi. Le deuxième film se concluait sur une note optimiste pour Peter Parker (Spider-Man). Il avait toutes les raisons d’être heureux et je ne voyais pas de défauts à ce gars plutôt ordinaire.»
On revient sur la conclusion du second volet de la trilogie. Peter flotte sur un nuage. Son amour d’enfance M.J. (Kirsten Dunst) lui ouvre son coeur, avec les becs qui vont avec. Pour
faire sa part, il lui ouvre son placard,
où pend un certain costume rouge qui
révèle son secret à sa dulcinée. Mieux
encore. En riposte à l’obstiné éditeur
du Daily Bugle, qui en faisait un vilain
à la une de son journal, Spider-Man
commet des exploits héroïques qui lui
valent enfin l’estime des gens de
Manhattan.
«Je ne savais pas quoi faire avec lui,
tout allait trop bien», résume le réalisateur
de 47 ans. C’est à ce moment de
l’été 2004, quand il apprend qu’il doit
mettre en chantier le troisième film,
que le vertige le pogne. Rien ne décrit
mieux son malaise d’alors que cette
citation du réalisateur relevée dans la
plus récente édition du magazine
Entertainment Weekly.
«C’est comme être dans un avion et se
faire jeter dans le vide quand tout ce
que tu as, c’est de la soie, une aiguille,
du fil et une longue chute. La question
est celle-ci: est-ce que je vais avoir le
temps de me fabriquer un parachute?»
No problem,man !
Trente-trois mois plus tard, Sam Raimi,
presque surpris de fouler indemne
le plancher des vaches, fait l’éloge de
son médecin de famille, en l’occurrence
son frère Ivan, qui ausculte ses scénarios
depuis des années. Le doc Raimi
avait rendu son diagnostic. «Il a vaincu
mes réticences et m’a convaincu que
Peter Parker/Spider-Man pourrait
bien avoir une face cachée, une double
personnalité.»
Bingo! Fouillant dans les comic books,
Raimi découvre l’existence de Venom
dans les années 1980. Presque le sosie
de Spider-Man mais doté de plus de
puissance et de pouvoirs arachnéens.
Sans compter que son costume est noir,
qu’il en a gros sur le coeur et que Spider-Man est dans sa mire.
Un coup parti, le réalisateur – aussi
coscénariste avec son frère Ivan – poursuit
ses recherches et ressuscite le ténébreux
Sandman, qui faisait déjà des
siennes dans les années 1960.
«Les premiers 18 mois ont été consacrés
aux nouveaux personnages, qu’il a
fallu apprivoiser pour les intégrer à l’intrigue
et créer leur apparence physique
et virtuelle», ajoute Raimi.
Le mystérieux costume noir
Venu de l’espace, le costume noir se
présente sous la forme d’une masse
gélatineuse et vivante qui vient couvrir
le corps de Parker et se transforme en
tissu. Curieux, le héros l’enfile et bang!,
son attitude change du tout au tout.
Baveux, arrogant, méprisant, colérique
et vengeur.
«Il se croyait d’une grande bonté et
soudain, Peter découvre qu’il n’est pas
sans tâche, qu’il devient même victime
de l’orgueil que lui apporte sa grande
popularité», souligne Sam Raimi.
Chacun fourbit donc ses armes. Et le
réalisateur prépare ses effets spéciaux
en prévision des spectaculaires scènes
de chasse aux héros et vilains qui éclipsent
magistralement la scène du train
aérien dans le deuxième film.
Le rouge et le noir…
Tout n’est pas encore joué pour ce Spider-
Man 3, qui a coûté plus de 250M$ et
qui devrait rapporter 800M$ à l’échelle
mondiale pour satisfaire l’appétit des
producteurs et du distributeur.
Le film dispose de peu de temps pour
s’imposer au box-office. «Trois films de
franchise sortent en mai», s’inquiète la
productrice Laura Ziskin. Le nôtre le
4 mai, Shrek the Third le 18 et Pirates of
the Caribbean: At World’s End le 25.
«Pour être franche avec vous, je vous
dirai qu’on a la trouille!»
C’est finalement une question de rouge
et de noir, chaque teinte offrant une
perspective opposée. Spider-Man est
déchiré entre le costume rouge, qui suggère
le pardon, et le noir, porteur de
vengeance. Pour les producteurs, il est
hors de question d’être dans le rouge.
Les comptables préfèrent le noir…
Spider-Man 3 prend l’affiche ici le 4 mai.