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© Philippe Bossé TVA Films |
Ken Scott, scénariste, Jean-François Pouliot, réalisateur, et Luc Vandal, producteur. |
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KEN SCOTT ET JEAN-FRANÇOIS POULIOT
Après leur grande séduction, leur petite vengeance
Paul Villeneuve
11-11-2006 | 04h00
Le réalisateur Jean-François Pouliot et le scénariste Ken Scott,
qui ont signé le long métrage à succès
La Grande Séduction
(2003), étaient particulièrement fiers lorsque nous les avons
rencontrés cette semaine. Et pour cause!
Film né de leur deuxième collaboration, Guide de la petite vengeance a remporté ex æquo, au Festival de cinéma international en Abitibi-Témiscamingue, le Grand Prix Hydro-Québec remis au long métrage ayant obtenu la meilleure appréciation du public.
Mettant en vedette Marc Béland, Michel Muller, Gabriel Gascon et Pascale Bussières, Guide de la petite vengeance prendra l’affiche ce vendredi.
Pour les gens bien
Nous savons tous ce qu’est la vengeance. M. Larousse dit que c’est le «mal que l’on fait à quelqu’un pour le châtier d’une injure, d’un dommage».
M. Scott, lui, croit que nous dressons tous, du moins mentalement, même si nous ne l’avouons pas, une petite liste de gens que nous voudrions bien châtier.
«J’ai donc trouvé ça excitant de travailler sur un thème qui est en réalité un tabou et d’en faire une comédie noire. J’espère d’ailleurs que les gens qui voudraient se venger de certaines personnes, mais qui ne le font pas parce que ce n’est pas permis, jouiront par procuration en voyant le film», souligne le scénariste.
Dans Guide de la petite vengeance, la personne dont Bernard (Marc Béland), la victime, se venge, est Vendôme
(Gabriel Gascon), son boss.
«Les gens qui peuvent abuser de nous sont souvent en position de pouvoir. C’est une situation classique. Et dans le cas présent, la victime est un employé qui essaie de bien faire son travail. C’est donc un cadre très propice pour créer une situation où
une personne sentira qu’on abuse d’elle. D’où le désir de se venger», explique Jean-François Pouliot.
Jouissif
Selon le réalisateur, nous sommes, la plupart d’entre nous, des gens bien dont certaines autres gens (moins
bien, il va de soi) abusent parce qu’elles savent que nous ne nous vengerons pas.
«Guide de la petite vengeance est donc un film pour tous les gens bien qui ont évité de se venger par le passé, mais qui, via le film, en ont maintenant le droit», ajoute le réalisateur en riant.
«De plus, c’est un guide que l’on peut par la suite utiliser, mais nous déclinons toute responsabilité», enchaîne Ken Scott.
Bref, vous aurez compris que les deux compères ont, eux, la chance d’évacuer leurs frustrations de gens bien en se vengeant à l’écran, tout en s’amusant.
«J’ai toujours pensé que le cinéma est très jouissif lorsqu’il nous permet de vivre, pendant deux heures, ce que nous aurions toujours voulu vivre, mais que nous n’avons pas vécu parce que ça présentait trop de dangers et parce que les conséquences n’étaient pas acceptables», déclare Jean-François Pouliot.
Ken Scott conclut en décrivant même Guide de la petite vengeance comme une comédie noire… jouissive.
Pas un duo, mais des complices
Après avoir réalisé La Grande Séduction, son premier long métrage, Jean-François
Pouliot avait envie d’un projet qui serait loin de celui d’une Grande Séduction II.
«Paradoxalement, j’ai reçu des centaines de scénarios qui traitaient d’un village isolé. J’étais désespérément à la recherche d’une idée qui serait à la fois captivante et différente. Et il a fallu que ce soit Ken qui me la présente», souligne-t-il.
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, Ken Scott et Jean-François Pouliot ne forment pas un duo.
«Ce n’est pas nécessairement moi qui réaliserai le prochain film que Ken écrira. Si Ken a envie de me proposer un scénario, je le lis avec plaisir,mais le sujet doit me toucher d’assez près pour que je consente à y consacrer une année et demie de travail. Ce qui s’est produit dans le cas du Guide de la petite vengeance», précise le réalisateur.
Jean-François Pouliot considère que le scénario de La Grande Séduction était excellent,mais que Ken Scott a par
ailleurs atteint un autre niveau dematurité avec celui du
Guide de la petite vengeance.
«Ce qui m’a toujours fasciné chez Ken, c’est sa façon d’explorer une facette de l’être humain lorsqu’il écrit. Pour La Grande Séduction, il a exploré la séduction, en se disant qu’il en découvrirait le fonctionnement en l’explorant assez en profondeur. Pour le Guide, il a décidé d’explorer la vengeance. Tout en faisant de l’humour, ça nous permet donc aussi de lever le voile sur certaines facettes de la race
humaine», précise-t-il.
Comédie et drame
Avant La Grande Séduction, Ken Scott et Jean-François Pouliot ne se connaissaient pas. C’est grâce à Benoît Brière qu’ils se sont rencontrés.
Après avoir écrit La Grande Séduction, le scénariste avait dit au comédien qu’il cherchait un réalisateur qui serait à
l’aise avec la comédie et, à la fois, avec le drame.
«J’ai l’impression que des réalisateurs de comédies sont trop souvent prêts à sacrifier la crédibilité d’un personnage, la vraisemblance de l’histoire, etc., pour sauver un gag. Les réalisateurs qui savent faire de la comédie et qui sont aussi
intéressés à raconter une histoire sont rares», souligne-t-il. Benoît Brière pensa alors à Jean-François Pouliot, qu’il
avait connu dans le milieu de la publicité.
Et la collaboration entre les deux créateurs s’est révélée plus qu’efficace.
«Entre Jean-François et moi, il y a une grande complicité et nous espérons retravailler ensemble», conclut Ken Scott, qui travaille actuellement sur deux projets de longs métrages, dont un en anglais.