Isabelle Hontebeyrie
Agence QMI

«Dunkerque»: une expérience unique

«Dunkerque»: une expérience unique

Photo courtoisie

Isabelle Hontebeyrie

Christopher Nolan n'a pas inventé le cinéma immersif, mais avec l'aide des caméras IMAX, la trame sonore de Hans Zimmer et les effets sonores poussés à la puissance maximale, il offre au spectateur, avec «Dunkerque», une expérience émotionnelle et sensorielle dont il ne sort pas indemne.

On le sait, dans une guerre, les soldats sont anonymes, leur rôle n'étant que d'être de la chair à canon. Les combattants mis en scène par Chris Nolan ne sont aussi que cela. Ils ne possèdent aucun passé et dans plusieurs cas, aucun nom.

Le jeune Britannique (Fionn Whitehead, un inconnu qui ne le restera pas longtemps) qui court entre les rues de Dunkerque en évitant les tirs allemands afin de retrouver ses camarades d'unité n'a rien d'un héros. Il n'est que l'un des 400 000 hommes coincés dans cette bourgade française, encerclés par les troupes ennemies, et qui attendent d'être évacués par les bateaux anglais.

Mais les navires et les soldats sont la proie des chasseurs allemands, dont le bruit déchirant est pareil à celui qu'auraient pu faire les harpies, ces monstres ailés de la mythologie grecque. Surveillant les cieux, deux pilotes (Tom Hardy et Jack Lowden) de la RAF font leur travail, tirant sur les avions du IIIe Reich.

C'est le bruit qui domine tout. Celui des canons, des moteurs, des mitraillettes des avions. Celui qui, boosté par le mixage sonore et étroitement maillé à la musique de Hans Zimmer, fait vibrer les sièges, les os, les tripes au point qu'on veut parfois couvrir ses oreilles pour y échapper. C'est le bruit qui traumatise (Cillian Murphy incarne l'un de ces soldats), c'est le «shell shock» (l'obusite en français, devenu depuis le stress post-traumatique) des tranchées de la Première Guerre mondiale, maladie pour laquelle Dawson (Mark Rylance), propriétaire d'un bateau de plaisance, a le plus grand respect et la plus grande compassion.

Car, sur les côtes britanniques, l'évacuation des soldats pris au piège s'organise par la réquisition de bateaux privés - yachts, barques, etc. - dont les propriétaires vont aller chercher les «boys» coincés de l'autre côté de la Manche. On le sait, l'opération - baptisée «Dynamo» - sera, contre toute attente, un succès, d'ailleurs salué par un discours de Churchill dont la phrase «Nous ne nous rendrons jamais» restera célèbre.

La résistance britannique - Chris Nolan n'a d'autre ambition que de présenter le point de vue anglais de l'évacuation de Dunkerque - n'est pas de l'héroïsme au sens américain du terme. Ici, pas de grands gestes de sacrifice. Les soldats de Nolan (Harry Styles incarne d'ailleurs l'un d'eux) ne font ni dans la fanfaronnade ni la grandiloquence, description réaliste très efficace. De plus, en utilisant à plein la technologie IMAX, Christopher Nolan - à l'instar de Clint Eastwood pour son «Sully» - immerge totalement le spectateur dans sa réalité.

Et «Dunkerque» tout en confirmant le statut d'incontournable du réalisateur du «Chevalier noir», prouve que le cinéma sur grand écran est encore une expérience sensorielle et émotionnelle unique.

Note: 4 sur 5



Cliquez sur "J'aime" pour ajouter nos articles à votre fil Facebook


Vidéos

Photos