Isabelle Hontebeyrie
Agence QMI

L'économie du couple: quand l'amour s'est éteint

Isabelle Hontebeyrie

Bérénice Béjo et Cédric Kahn forment un couple qui se déchire au quotidien. Dès le début de L'économie du couple, on sait bien que quelque chose ne tourne pas rond.

Marie (Bérénice Béjo) est allée chercher ses filles, Margaux et Jade (Margaux et Jade Soentjens), à l'école. Elle vérifie les devoirs, commence à préparer le repas, mais lorsque Boris (Cédric Kahn) fait irruption dans la salle à manger, elle lui explique que ce n'est pas son jour.

Or, Boris vit dans la même maison que Marie et ses filles, une porte recouverte de papier étant censée faire office de frontière. Les petites sont visiblement désarçonnées par cette situation de guerre larvée, qu'on devine prête à éclater au moindre prétexte. La mère de Marie (Marthe Keller) met également de l'huile sur le feu, demandant à Boris d'effectuer des travaux de rénovation chez elle, alors que sa fille s'y oppose.

Le problème, c'est que Marie veut que Boris s'en aille de la maison qui lui appartient, payée avec de l'argent prêté par ses parents. Or, l'argument de Boris, c'est que c'est lui qui a fait les travaux. Au chômage, l'homme a donc arrangé la demeure familiale, ce qui lui a donné sa valeur. Les disputes du couple deviennent alors comme toutes les altercations verbales dans lesquelles il est question d'argent: méchantes et de mauvaise foi.

Cette histoire, signée Mazarine Pingeot (la fille illégitime de François Mitterand), Fanny Burdino et Joachim Lafosse - aussi réalisateur -, est un examen psychologique très fin des sentiments qui animent deux personnes qui ont arrêté de s'aimer. Car les questions financières ne sont qu'un révélateur de problèmes et de divergences beaucoup plus sérieux.

Boris, par exemple, n'a pas d'emploi, ce qui constitue l'excuse parfaite pour ne pas déménager et ce refus de la réalité de la séparation lui permet de dire à ses filles, avec le plus grand sérieux, que Marie et lui se remettront peut-être ensemble. On sent, derrière le refus de Marie de donner à Boris la moitié de la valeur de la maison (elle lui propose le tiers), toute la hargne accumulée pendant leurs années d'entente et les frustrations quotidiennes empilées.

Certains seront peut-être agacés ou surpris par l'emphase mise sur les questions financières, par la mesquinerie des escarmouches du couple (notamment le repas entre amis, plombé par la présence inopinée de Boris) et les malaises générés au moindre prétexte. Par l'intimité des conversations - on se sent rapidement dans la position très désagréable du témoin non désiré, appelé à prendre parti contre son gré -, L'économie du couple nous renvoie forcément à nos propres ruptures ou à nos propres disputes avec tout ce qu'elles ont de sale. Et la fin, très froide et légale, ne vient que souligner l'inanité de tout ce qui a précédé.

Note: 4 sur 5



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