Isabelle Hontebeyrie
Agence QMI

Paterson: une valeur sûre

 Paterson : une valeur sûre

Photo Amazon Studios

Isabelle Hontebeyrie

Paterson, c'est à la fois le nom du personnage principal, un chauffeur de bus incarné par Adam Driver et la ville du New Jersey dans laquelle il habite. Mari de Laura (Golshifteh Farahani), propriétaire de Marvin le bulldog, Paterson n'est pas un simple chauffeur. L'homme est également auteur à ses heures, poète pour être précis.

Son inspiration constante lui vient des passagers qu'il transporte d'un bout à l'autre de la ville, qu'il s'agisse d'étudiants en train de discuter d'un anarchiste italien du XIXe siècle ou de deux copains en train de se raconter la conquête d'une fille. Et il écrit, ses réflexions - qui sont de véritables observations en forme de perles de sagesse bien poétiques - étant livrées au fur et à mesure de ses séances de rédaction quotidiennes, quelles se déroulent dans le bus, chez lui ou n'importe où ailleurs. Car Paterson est la vie du chauffeur (on remarque le jeu de mots avec le nom de famille de l'acteur) pendant une semaine. La vie créative de Laura n'est pas un désert non plus. Elle flirte allègrement - encouragée par Paterson - avec le fait de devenir chanteuse country et se prend aussi à rêver de créer des robes tout en cuisinant des cupcakes.

Si l'existence de Paterson peut sembler quelque peu monotone, il n'en est rien. Qu'il se trouve dans son autobus, au bar de son quartier dans lequel il se rend tous les soirs ou dans la rue à promener Marvin, il a le don - et donc tout le mérite en revient à Jim Jarmusch - de dénicher la moindre parcelle de beauté dans les détails les plus insignifiants de l'existence. Vue par Paterson, la conversation entre deux étudiants anarchistes prend alors une consistance particulière, comme si elle pouvait nous offrir la clé d'une révélation philosophique ou spirituelle.

Seule Laura, dont l'Iranienne Golshifteh Farahani s'acquitte avec beaucoup de grâce, semble avoir été tracée à gros coups de pinceau, comme si le cinéaste et scénariste avait décidé de presque la tourner en ridicule pour mieux mettre son personnage principal en valeur. Si Paterson est beaucoup moins prenant que l'excellent Only Lovers Left Alive (2013, avec John Hurt et Tilda Swinton), le long métrage de 118 minutes demeure néanmoins, comme toutes les œuvres de Jim Jarmusch, une valeur sûre.

Note: 3,5 sur 5



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