Isabelle Hontebeyrie
Agence QMI

Une vie: Maupassant adouci

Isabelle Hontebeyrie

Le Français Stéphane Brizé s'attaque avec Une vie au roman éponyme de Guy de Maupassant, livrant au passage un message d'espoir.

Après l'excellent La Loi du marché, le cinéaste offre désormais sa relecture d'Une vie, allant chercher dans cette héroïne du XIXe siècle la même soif d'absolu qui animait Vincent Lindon dans le long métrage précédent.

Jeanne Le Perthuis des Vauds (Judith Chemla) a été, comme toutes les jeunes femmes de l'époque, élevée au couvent. Lorsqu'elle en sort, elle est totalement innocente des choses de la vie. Ses parents, Adélaïde (Yolande Moreau) et Simon-Jacques Le Perthuis des Vauds (Jean-Pierre Darroussin) respectent et encouragent la sensibilité de leur fille, tout en lui cherchant un mari. Ils lui présentent Julien Lamarre (Swann Arlaud), jeune homme désargenté dont la sensibilité semble s'accorder à la sienne.

Après les noces, l'époux se révèle pingre, infidèle - il trompe notamment Jeanne avec Rosalie (Nina Meurisse), la bonne - et indigne de confiance. Lorsque Jeanne tombe enceinte, puis accouche de Paul, c'est le bonheur retrouvé. Jusqu'à ce qu'il soit éloigné en pension. Et, lorsqu'il lui revient, c'est pour la ruiner.

Pour mieux transcrire le roman de Maupassant, Stéphane Brizé l'a déstructuré. La vie de Jeanne est présentée en alternance de «flashbacks» et d'avancées dans le temps. Autre idée intéressante: les scènes de bonheur se déroulent en été, sous un soleil rayonnant, tandis que les moments où Jeanne s'étiole, malade de chagrin, sont filmées en hiver en Normandie lorsque les teintes de gris dominent.
Avec ses cadrages serrés et l'abondance de gros plans, le long métrage devient aussi étouffant pour le spectateur que pour Jeanne, devenue à l'écran la narratrice de ce triste récit. Le mari, le fils, les ennuis d'argent, la maladie et la perte de ses illusions condamnent Jeanne à la souffrance. La jeune femme n'est pas, pour autant, passive ni même fataliste, le cinéaste français ayant plutôt misé sur son idéalisme, ce qui permet au public de trouver du positif auquel se raccrocher.

Moins percutant que La loi du marché, Une vie n'en possède pas, non plus, l'actualité, si ce n'est une vision large de l'humain et de sa capacité à agir selon ses convictions, quoi qu'il arrive. Mais est-ce suffisant pour attirer et captiver les cinéphiles modernes?

Note: 3.5 sur 5



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