Isabelle Hontebeyrie
Agence QMI

Toni Erdmann: une leçon de bonheur

Isabelle Hontebeyrie

Examen des relations père-fille, Toni Erdmann de l'Allemande Maren Ade contient aussi son lot d'interrogations sur l'existence.

Est-ce en dépit ou grâce à l'humour absurde que Toni Erdmann s'avère être d'une poésie indéniable et que l'on se prend, à quelques reprises, à être ému (la scène sur une chanson de Whitney Houston, notamment... et sans en dire davantage). De plus, avec ses 162 minutes, Toni Erdmann, nommé aux Oscars dans la catégorie du meilleur film en langue étrangère, peut sembler long. Mais Maren Ade, qui signe également le scénario, parvient à conférer à cette toute nouvelle offrande une indubitable légèreté.

Winfried (Peter Simonischek), divorcé, passe ses jours dans une petite ville allemande, avec, pour distraction, de se déguiser et de faire des plaisanteries à tout un chacun. Baby-boomer type, il est l'héritier direct du mouvement hippie. Anticonformiste, rebelle, doté d'un sens de l'humour parfois potache, l'homme décide, sur un coup de tête, d'aller rendre visite à sa fille, Ines Conradi (Sandra Hüller) à Bucarest. Ines, une consultante, est l'opposé de son paternel. Sévère, toujours vêtue d'un tailleur strict.

Le choc de cette rencontre - tant Winfried qu'Ines sont animés des meilleurs sentiments au monde et veulent renouer le contact - va durer 48 heures. Ces deux jours vont être une torture pour la jeune femme qui voit son père la suivre partout, notamment lors de rendez-vous d'affaires, et se livrer à ses gags fous. Toute la vie d'Ines passe dans ce tordeur d'une cruauté parfois glaçante, et, pour une femme dont le travail est d'être en parfaite conformité avec la société, c'est l'enfer.
Contrairement à ce qu'on pourrait penser, Maren Ade ne tombe jamais dans la caricature ni la surenchère. En filmant ses personnages de manière serrée, elle - et Patrick Orth, son directeur de la photographie - s'assure de maintenir le cinéphile concentré sur leur psychologie. Elle élargit ses plans lorsqu'il s'agit de montrer différents lieux de Bucarest, s'attardant sur la nature de cette «race» corporative.

À quoi donc tient le bonheur? Qu'est-ce qui nous fait courir? Pourquoi se plier à certaines normes et convenances sociales absurdes? Voilà vers quoi nous pousse, insensiblement et tout en douceur, la cinéaste avec cette œuvre qui ne peut laisser indifférent.

Note: 4 sur 5



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