Isabelle Hontebeyrie
Agence QMI

Moi, Nojoom, 10 ans, divorcée: un film puissant

Isabelle Hontebeyrie

Inspiré d'histoires vraies, celle de Nujood Ali ainsi que de sa propre vie, Moi, Nojoom, 10 ans, divorcée, long métrage de la Yéménite Khadija al-Salami, est à voir.

Puissant, émouvant, éprouvant, crève-cœur, tous les qualificatifs sont bons pour décrire ce premier film de fiction de la cinéaste Khadija al-Salami.

Lorsque le spectateur fait la connaissance de Nojoom (Reham Mohammed), une fillette de 10 ans, elle fuit un homme à travers les rues étroites de Sana'a, l'ancienne capitale du pays. Elle veut monter dans un taxi et se rendre au tribunal, ce qu'elle parvient à faire. Elle s'assied dans la salle, écoute. Puis, à la levée des audiences, quand le juge lui demande ce qu'elle veut, elle répond: «divorcer». Elle a 10 ans et se met à raconter son histoire.

Fortement inspirée de la vie de Nujood Ali, surnommée «la plus jeune divorcée du monde» - Khadija al-Salami a elle aussi été mariée de force à 11 ans et a réussi à se libérer de cette union - Moi, Nojoom, 10 ans, divorcée est un véritable cri d'alarme contre le mariage forcé de fillettes pré pubères.

Mariée - vendue serait un terme plus juste - par son père à un homme de 20 ans (au moins) son aîné, violée le soir même, emmenée dans le village de son mari, soumise à la férule de sa belle-mère, travaillant comme une bête de somme, Nojoom devient une esclave.

Sa détermination fera qu'elle s'enfuira, se réfugiera chez sa famille et demandera le divorce, qui lui sera accordé par un juge particulièrement «moderne» (la fillette risque la peine de mort selon les lois du pays!).

Khadija al-Salami, réalisatrice de documentaires, vivant à Paris et désormais attachée culturelle à l'ambassade du Yémen dans la capitale française, possède un sens redoutable de l'image qui choque, frappe et hante. Moi, Nojoom, 10 ans, divorcée, c'est la fillette jouant à la marelle le jour de son mariage, c'est la fillette vendant la bague tout juste offerte par son «mari» pour s'acheter une poupée, c'est la poupée à la tête arrachée par la violence de la nuit de noces.

Moi, Nojoom, 10 ans, divorcée, c'est aussi l'examen des traditions expliquant ce geste, l'imbroglio de l'honneur familial, le père vendant sa cadette pour laver la souillure du viol de son aînée, c'est également les jeunes garçons envoyés en Arabie Saoudite pour travailler et faire vivre la famille.

Et Moi, Nojoom, 10 ans, divorcée, c'est aussi l'espoir de ces fillettes qui vont à l'école et qui ne demandent qu'une chose, d'être traitées avec dignité et respect.

Note : 4 sur 5

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