Isabelle Hontebeyrie
Agence QMI

La vanité: un drame en toute légèreté

Isabelle Hontebeyrie

Dès les premières scènes, on sait que La vanité de Lionel Baier ne sera pas un simple film sur le suicide assisté.

Nous sommes en décembre, en Suisse, un pays où le suicide assisté est légal pour toute personne gravement malade qui en fait la demande et qui sera assistée d'un accompagnateur bénévole. La voiture de David Miller (Patrick Lapp) arrive dans le stationnement d'un motel qui ressemble à s'y méprendre à l'un de ces établissements qui longent les autoroutes nord-américaines.

Il rentre dans sa chambre et commence à se préparer quand arrive Esperanza (Carmen Maura). Mais il ne s'agit pas du tout d'un rendez-vous galant. La retraitée est là pour aider David à mourir. Tous deux attendent en vain le fils du vieil homme malade... Comme la procédure exige la présence d'un témoin pour être légale, David demande à Treplev (Ivan Georgiev), son voisin de chambre et prostitué russe, d'assister à sa mort.

La vanité est d'abord et avant tout une comédie noire très assumée, les dialogues écrits par Lionel Baier et Julien Bouissoux font se chevaucher des situations complètement absurdes.

Ainsi, le café du motel est noyé dans une musique qui rendrait n'importe qui sourd. Treplev est «homosexuel de profession», Esperanza relit le protocole à suivre, histoire de s'assurer qu'elle a bien tout compris, etc. Le personnage de Treplev, recevant ses clients l'un après l'autre pendant que David et Esperanza ont, de l'autre côté d'un mur mal isolé, des conversations sur la procédure de ce suicide, contribue à alléger le propos, mais aussi à mettre en parallèle la vie qui continue et la mort imminente, planifiée, décidée, orchestrée.

Les retours dans le temps brisent la linéarité visuelle et narrative du long métrage de 74 minutes et mettent en contexte l'intrigue principale, qui prend alors tout son sens. S'ajoute également une exploration de la relation que David entretient (ou pas) avec son fils, ce qui permet d'ancrer le récit dans l'émotion et d'aller au-delà du simple exercice de comique absurde.

La vanité est donc, sous des airs faussement légers, une réflexion intéressante sur la décision de mourir, la famille, l'amitié et la vie.

Note: 3,5 sur 5

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