Isabelle Hontebeyrie
Agence QMI

Endorphine: l'inconscience dans tous ses états

Isabelle Hontebeyrie

Parce qu'Endorphine est fait pour être rêvé, le cinéaste André Turpin transporte le public dans une «logique de l'inconscience».

Simone De Koninck (Sophie Nélisse) est témoin du meurtre de sa mère (Monia Chokri), voilà pour l'un des points de départ. Car le premier, c'est Simone, que l'on suit à travers divers états d'inconscience, qu'il s'agisse de rêve, d'hypnose ou de perte de connaissance. On est donc constamment à la lisière de la réalité, sans trop savoir où débute et où finit l'onirique. Pêle-mêle, mais chaque scène est reliée à la précédente avec une remarquable fluidité, le père de Simone (Stéphane Crête) l'emmène voir une hypno thérapeute (Anne-Marie Cadieux). Simone revit l'assassinat particulièrement brutal de sa mère, elle s'essaye au «chocking game» avec son cousin (Théodore Chouinard-Pellerin, vu dans 30 vies) avant de lui demander de la «frencher». Une autre jeune femme (Mylène Mackay) fantasme - ou pas - sur sa voisine d'en face, rencontre monsieur Porter (Guy Thauvette), le meurtrier de la mère de Simone et a toutes les peines du monde à sortir de son tumulte intérieur.

Parallèlement, ces histoires sont entremêlées d'extraits d'une conférence donnée par Simone, une physicienne (Lise Roy), sur la manière dont nous appréhendons le temps et donc l'espace.

Rythmé par la chanson Daydream In Blue d'I Monster, Endorphine est délicieusement obsédant, bizarrement sensuel et parfois même étrangement familier (dans le fond du propos, pas la forme). Notre cerveau se laisse entraîner dans cette espèce de casse-tête impossible à reconstituer complètement. Chaque scène - pièce du rêve (ou de la réalité) - trouve un écho dans une séquence précédente ou suivante. En trame de fond, toujours, la question du temps, dont la véritable nature nous échappe constamment. La physicienne dans le film lance d'ailleurs une réflexion sur les fondements de la physique quantique, et si «le passé, le futur et le présent existaient simultanément?»

Présenté dans de nombreux festivals, dont le Festival international du film de Toronto (TIFF) en septembre dernier, Endorphine est le genre de long métrage à mille lieues de la superproduction de divertissement. Ici, le spectateur est invité à divaguer et à inventer lui-même ce qu'il désire comprendre des images projetées. Et ça, comme le sous-entend le titre, c'est un immense plaisir.

Note: 4 sur 5

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