Isabelle Hontebeyrie
Agence QMI

Le revenant: Leonardo DiCaprio abandonné à son sort

Isabelle Hontebeyrie

Peu de films sont parvenus à rendre, avec autant d'intensité, la confrontation de l'homme avec la nature.

L'Histoire de la conquête de l'Ouest est peuplée de récits de pionniers ou de trappeurs, devenus des légendes avec le temps (amusez-vous à chercher Alfred Packer sur Google, vous découvrirez tout un pan du folklore américain). C'est le cas de Hugh Glass, qui est parvenu à survivre à l'attaque d'un grizzli et à parcourir plus de 300 kilomètres pour se rendre à Fort Kiowa afin de démasquer ses compagnons de route, les hommes l'ayant abandonné à son sort. En 2002, l'auteur Michael Punke s'est penché sur Hugh Glass, publiant une biographie romancée dont le film est tiré.

Avec le coscénariste Mark L. Smith, Alejandro G. Iñárritu (Birdman ou (les vertus insoupçonnées de l'ignorance), sorti l'an dernier et gagnant de l'Oscar du meilleur film) s'est penché sur l'épreuve vécue par Glass, tournant le long métrage au Canada et en Argentine.

Nous sommes en 1823-1824 quand s'ouvre Le revenant. Glass (Leonardo DiCaprio) et son fils à demi-pawnee, Hawk (Forrest Goodluck), ont été embauchés par le capitaine Andrew Henry (Domhnall Gleeson) comme guides d'une expédition de trappeurs (la fourrure de castors étant un commerce lucratif à l'époque). Les hommes sont rapidement attaqués par des Arikaras, une tribu installée sur le territoire et qui est à la recherche de la fille de son chef, enlevée par des blancs.

Après cette escarmouche - splendidement filmée par Inárritu, le cinéaste intégrant dès le début des éléments de symbolique amérindienne -, les trappeurs doivent sauver ce qu'ils peuvent de leurs fourrures. C'est à ce moment que Glass croise la route d'une femelle grizzli avec ses deux petits et qu'il est sauvagement attaqué (la violence de l'attaque est d'un réalisme - presque poétique - à couper le souffle et constitue l'une des meilleures scènes du long métrage).

Grièvement blessé, Glass est «soigné» (nous sommes au milieu de nulle part, ne l'oublions pas) par les hommes d'Henry. L'un d'entre eux, John Fitzgerald (Tom Hardy), parle rapidement d'abandonner Glass à son sort, mais le capitaine ne veut rien entendre et il demande à Fitzgerald et à Jim Bridger (Will Poulter) de prendre soin du blessé. Au lieu de se conformer aux ordres, Fitzgerald tue Hawk et, avec Jim, creuse une tombe dans laquelle ils mettent Glass, à peine vivant. La suite est à la hauteur du début alors que Glass, animé d'un désir de vengeance peu commun, veut aller dénoncer les hommes.

Tourné en pleine lumière du jour (le directeur de la photographie est Emmanuel Lubezki, gagnant de deux Oscars, pour Gravité et Birdman), Le revenant confirme tout le talent de Leonardo DiCaprio, qui offre ici une autre prestation inoubliable, l'acteur parvenant à transmettre une gamme impressionnante d'émotions au moyen de seuls grognements et autres borborygmes.

Certes, on aurait pu souhaiter que la relation entre Glass et Hawk soit mieux exploitée, comme on se prend parfois à regretter certaines longueurs. Par contre, il faut admettre que le rythme du long métrage allié à la beauté rude des paysages permet de ressentir, avec violence, le désespoir, la foi, la haine et cette union avec la nature qui ont permis à Glass de survivre.

Note: 4 sur 5

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En production: «Le revenant»

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