Isabelle Hontebeyrie
Agence QMI

Commotion: Will Smith à la défense des joueurs de football

Isabelle Hontebeyrie

L'acteur porte ce long métrage tiré d'une histoire vraie à bout de bras et livre une prestation hautement satisfaisante.

Il s'appelle Bennet Omalu (Will Smith). Arrivé du Nigéria avec un nombre impressionnant de diplômes en poche, l'homme est pathologiste. Établi à Pittsburgh, il travaille à la morgue et est souvent appelé à témoigner lors de procès. En butte à l'hostilité raciste de certains de ses collègues, il est soutenu par son patron, Cyril H. Wecht (Albert Brooks), qui lui dispense aussi de bons conseils. C'est que le docteur Omalu est un original. Non seulement c'est un étranger, mais il parle aux morts avant chaque autopsie, n'utilise ses ustensiles qu'une seule fois et a développé une méthode moins sanglante que ses collègues.

En parallèle, Mike Webster (David Morse, parfait) est un ancien joueur de football devenu itinérant et qui n'a plus toute sa tête. Dans son camion qui lui sert de domicile, il sniffe de la colle et s'automutile avant de mourir. Le corps de Mike Webster arrive donc sur la table d'examen d'Omalu, qui ne comprend pas comment un homme aussi jeune - 50 ans - et en parfaite santé, a pu tomber aussi bas.

Totalement imperméable au fait que Webster est une célébrité locale, ancien joueur des Steelers, l'équipe de la ville, Omalu dissèque, interroge, fouille, alors que tout le monde l'enjoint à clore le dossier. Or, parce qu'il est la voix des morts, parce qu'il est là pour faire parler ceux qui ne peuvent plus le faire, le pathologiste s'obstine et paye de sa poche les analyses poussées du cerveau de Webster.

Nous sommes en 2002 et ce qu'il découvre est totalement inconnu à l'époque. Le cerveau de Webster s'est transformé en semoule en raison de trop nombreuses commotions cérébrales subies en et il est mort, victime d'une encéphalopathie traumatique chronique (ETC). Persuadé (oui, il est aussi un peu naïf) que la toute-puissante NFL va apprécier de savoir que le sport est dangereux, il publie les résultats de ses recherches avec Julian Bailes (Alec Baldwin), ancien médecin des Steelers.

Malheureusement, la NFL ne veut nullement mettre en péril cette industrie hautement lucrative, tant pis si les joueurs malades se succèdent, tant pis si des hommes en pleine forme deviennent fous. Mais les cadavres continuent d'arriver et le diagnostic est le même à chaque fois, l'ECT condamne à la mort des héros de ce sport national américain.

Omalu a beau s'époumoner, tenter de faire connaître cette terrible maladie, la NFL fait tout pour le réduire au silence. Intimidation - de lui et de sa femme, Prema (Gugu Mbatha-Raw) - et menaces ont finalement raison de sa détermination.

De leur côté, les joueurs atteints d'ETC - qui ne peut être diagnostiquée que post-mortem - et leurs familles sont de plus en plus nombreux à vouloir connaître la vérité. Omalu obtiendra finalement gain de cause dix ans plus tard, la NFL admettant du bout des lèvres la gravité du problème (on apprend après le long métrage et avant le générique de fin que près de 30 % des footballeurs professionnels souffrent d'ETC).

Écrit et réalisé par Peter Landesman, Commotion se veut une œuvre grand public, inspirante ainsi qu'une ode à l'esprit américain, au triomphe de la vérité. Plutôt qu'un long métrage d'enquête, le film - notamment par les scènes dédiées à l'histoire d'amour entre Omalu et sa future femme, de même que les épreuves traversées par leur couple ou encore le discours américain à tout crin - tombe rapidement dans le cliché et le «film de Noël». Par contre, on ne peut qu'être renversé par la transformation physique de Will Smith, dont l'accent est impeccable (il ressemble d'ailleurs un peu à Lawrence Fishburne). À voir.

Note: 3,5 sur 5

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