Aleksi K. Lepage
Agence QMI

Crimson Peak: terrifiant, mais prétentieux

Aleksi K. Lepage

Entre l'étourdissant Rives du Pacifique et bientôt le troisième volet des ténébreuses aventures de Hellboy, le cinéaste mexicain Guillermo del Toro, connu pour Le labyrinthe de Pan, fait un retour avec ce Crimson Peak au cinéma d'épouvante.

C'est d'ailleurs le genre qui l'a fait connaître avec Cronos, Mimic et L'Échine du diable.

Qu'on se méfie de la bande-annonce, Crimson Peak n'est pas qu'un énième film de fantômes et caresse visiblement de plus hautes ambitions que celle de prodiguer les frissons, quoique ceux-là soient tout à fait garantis. Sorte de conte gothique où se mêlent la tragédie amoureuse, la vague intrigue policière et l'horreur surnaturelle, Crimson Peak, très inspiré des littératures romantiques et fantastiques du XIXe siècle, relate l'intense descente aux enfers d'une jeune femme de lettres hantée par de macabres souvenirs d'enfance et d'obscurs avertissements venus d'outre-tombe.

Réservée, plus intéressée à l'écriture qu'au mariage, Edith (Mia Wasikowska), fille d'un bourgeois américain bienveillant, s'amourache de Thomas (Tom Hiddleston), un jeune et bel Anglais excentrique, toujours flanqué de sa soeur, l'inquiétante Lucille (Jessica Chastain). Au décès du père, dont la mort officielle est attribuée à un accident alors qu'il s'agit d'un assassinat, Edith épousera Thomas, et ils iront s'installer en Angleterre, sur les landes, dans un immense château délabré, aux mille chambres et aux sous-sols lugubres. Ces lieux sont habités, on le devine, par des esprits malins. On en apprendra sur les liens, tordus et pervers, qu'entretiennent Thomas et Lucille, liés par le sang... Et par le crime, des plus sordides.

Mise en scène léchée présentant non plus des scènes ou des plans, mais de véritables tableaux, grand soin apporté aux décors, aux costumes, jeux de lumières, à bien des égards Crimson Peak rappelle les belles oeuvres du cinéma d'horreur gothique italien des années 50 et 60, celui de Riccardo Freda ou de Mario Bava, mais avec les moyens, la technologie et le savoir-faire des années 2000 (les effets visuels numériques, d'un grand raffinement, méritent un Oscar.) Les admirateurs de del Toro seront sans doute ravis de voir leur idole en plein exercice de style, mais les spectateurs venus pour leur dose d'émotion forte et de sain divertissement seront peut-être déroutés, et parfois même choqués par la violence inattendue de certaines scènes, par cette expérience purement esthétique.

Si les prétentions de del Toro étaient élevées, il a su s'en montrer digne, offrant un film chic, sérieux, aux références artistiques multiples, de ton vieux jeu, qui ne laisse aucune place à la dérision et qui, d'une certaine manière, redonne un verni de noblesse à un genre contaminé par l'humour et le second degré. Mais même à la hauteur de ses ambitions, ce film est néanmoins prétentieux et pourra laisser perplexe une part du public.

Note: 3 sur 5

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