Isabelle Hontebeyrie
Agence QMI

Sicario: un thriller musclé

Isabelle Hontebeyrie

Ce que j'aime de Denis Villeneuve, c'est sa direction d'acteurs. Il parvient, en quelques plans (parfois même un seul), à saisir tout le combat psychologique de ses protagonistes.

On se souviendra de la rage de Maxim Gaudette dans Polytechnique, de la douleur de Lubna Azabal dans Incendies ou des tourments de Hugh Jackman dans Prisonniers. Dans Sicario, c'est Emily Blunt qui passe au tordeur (si je puis m'exprimer ainsi), tandis que Benicio del Toro et Josh Brolin offrent un contrepoids de froideur résolue et de détermination.

Sicario, dans son sens moderne, désigne un tueur à gages en espagnol, le mot étant d'origine colombienne. Voici pour l'explication de ce titre mystérieux, ce qui est expliqué en introduction du long métrage et qui vient, dès le départ, situer l'ambiance générale du film.

L'ambiance, ce sont les paysages brûlés par le soleil de l'Arizona, terre aride sur laquelle œuvrent des agents du FBI et un groupe d'intervention tactique, venus effectuer un raid dans la maison d'un caïd local. Or, cette terre à la frontière du Mexique ne tarde pas à se gorger de sang, la demeure étant remplie de cadavres cachés dans les murs.

Parmi l'équipe du FBI se trouve Kate Macy (Emily Blunt), une agente à la moralité irréprochable. Son action, ainsi que celle de son coéquipier Reggie (Daniel Kaluuya) lors de ce raid, est remarquée par Matt (Josh Brolin), un agent qui dispose de pouvoirs étendus.

Kate accepte de se joindre à l'équipe fédérale et ne tarde pas à rencontrer Alejandro (Benicio del Toro), l'autre membre important, ancien procureur mexicain, déterminé lui aussi, à mettre hors d'état de nuire un mystérieux baron de la drogue. Cette traque, qui les entraînera à Juarez, se révélera sanglante, et Kate sera entraînée, presque à son corps défendant, dans une enquête où le blanc et le noir laisseront rapidement la place toute sorte de zones grises.

La lutte menée par les États-Unis contre la drogue, la fameuse «War on drugs», montrée tant au grand écran (Trafic, Sauvages) qu'au petit (The Bridge, Narcos, etc.), est, sous la plume des scénaristes et devant les caméras des cinéastes, génératrice désormais d'une violence extrême qu'elle était censée combattre. Comme tous les réalisateurs qui l'ont précédé, en mettant en scène le scénario de Taylor Sheridan (c'est son premier, il est connu pour son rôle de David Hale dans la série Sons of Anarchy), Denis Villeneuve n'a pas ici la prétention d'apporter une solution au problème.

Suspense, rebondissements inattendus, ambigüité morale, action, Denis Villeneuve livre, avec Sicario un mélange fort intelligent sur un sujet amplement traité et évite brillamment le piège de la redite. Comme Prisonniers était une variation originale et fort intéressante sur un thème connu, Sicario s'impose également comme un long métrage hautement satisfaisant, à voir sur grand écran.

Note: 4 sur 5

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En production: «Sicario»

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