Isabelle Hontebeyrie
Agence QMI

Mémoires d'une jeune fille dérangée

 Stoker - Mémoires d'une jeune fille dérangée

Isabelle Hontebeyrie

Dernière mise à jour: 14-03-2013 | 07h42

Stoker, du Coréen Chan-wook Park, est un drame psychologique brillant, alliant images à couper le souffle et personnages pour le moins névrosés.

Difficile de ne pas s’extasier devant la facture visuelle de Stoker, thriller esthétique mettant en vedette Mia Wasikowska, Nicole Kidman et Matthew Goode avec des apparitions de Dermot Mulroney et de Jacki Weaver.

Le film s’ouvre sur l’anniversaire d’India Stoker (Mia Wasikowska), qui fête ses 18 ans en cherchant son cadeau dans le parc qui entoure la superbe propriété familiale. Ses vêtements, les couleurs, les ellipses des transitions, les gros plans — cette araignée qui monte sur ses collants sombres —, tout contribue à nous faire sentir ailleurs, dans un univers vaguement menaçant, sans trop que l’on sache d’où vient le danger.

Outre l’anniversaire d’India, c’est aussi le jour de la mort de son père (Dermot Mulroney), qui décède brutalement dans un accident de voiture. Au moment de l’enterrement, une silhouette apparaît, celle de Charles Stoker (Matthew Goode), le jeune oncle, très beau garçon, dont India ignorait jusqu'alors l’existence. Entouré d’une aura de mystère, Charles séduit Evie (Nicole Kidman), la mère d’India, en un tour de main. La veuve joyeuse et fragile, jouée à la perfection par l’actrice, tombe dans le piège de cet homme à la plastique trop parfaite pour être totalement honnête.

India n’est pas indifférente. Faisant semblant de se soucier de Charles comme d’une guigne, elle le surveille néanmoins du coin de l’œil, les relations entre le trio devenant de plus en plus ambiguës, chargées de sens multiples.

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Stoker est une espèce de poupée gigogne, chaque plan en cachant un autre, chaque personnage dévoilant un côté différent de sa personnalité, chaque événement étant prétexte à orienter le spectateur sur une piste, avant de changer de direction. Le symbolisme est parfois évident (le nom de famille «Stoker» n’est-il pas le premier indice?), parfois plus subtil (la scène de la masturbation sous la douche), mais toujours efficace (le moment où Evie joue du piano avec Charles et invite sa fille à les rejoindre).

On aimera ou on détestera ce remake assumé, mais décalé, de L’ombre d’un doute d’Alfred Hitchcock. Moi, j’ai adoré cet hommage sous stéroïdes, moderne, enlevant, d’une beauté indéniable, soutenu par des acteurs dont les prestations ne méritent que des éloges.

La musique, aussi, mérite qu’on s’y attarde. Signée de Clint Mansell, elle m’a fait le même effet que la trame sonore d’Un amour de Swann de Volker Schlöndorff, celle d’une mélodie entêtante comme un parfum de fleur en train de se décomposer.

Chapeau également à Wentworth Miller, acteur découvert dans la série La grande évasion et qui signe ici un premier scénario troublant, dérangeant et tout en finesse. Vous l’avez compris, Stoker est un long métrage à voir... et à revoir.



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