Pascale Gauthier
Agence QMI

Héros, malgré tout

 Sous terre  - Héros, malgré tout

Pascale Gauthier

Dernière mise à jour: 14-02-2012 | 16h49

MONTRÉAL – Dans son dernier long métrage, Sous terre, qui sera en compétition avec le Monsieur Lazhar de Philippe Falardeau pour remporter l'Oscar du meilleur film en langue étrangère, Agnieszka Holland a heureusement choisi la sobriété, que ce soit pour nous montrer l'horreur, la tragédie ou les bons sentiments.

La cinéaste polonaise explore cet âge des ténèbres que fût la Deuxième Guerre mondiale, mais ne donne pas dans la pédagogie historique. Elle se concentre plutôt sur le récit d'un petit groupe de gens et sur les émotions ressenties, question d'incarner son propos sur l'humain en temps de guerre : un contexte de survie entraînant des gestes extrêmes, qui peuvent révéler le meilleur comme le pire de nous-mêmes, dit-on. Mais Holland nous rappelle qu'entre l'égoïsme et la solidarité, il y a des zones grises…

Mais l'Holocauste demeure un de ces événements qui marque les consciences, à savoir qu'il est facile pour l'humanité de déraper. Ce que la réalisatrice appuie par des images très dures qui prennent à la gorge, question de nous communiquer, sans compromis, l'atmosphère de terreur qui planait dans les ghettos. Elle place ainsi les soldats nazis dans un rôle unidimensionnel : celui du bourreau qui domine par la peur, parce qu'il peut tout faire, sa cruauté n'ayant plus de limite.

À CONSULTER:

Histoire vraie

La réalisatrice, qui nous a notamment offert Europa, Europa, nous propose un récit inspiré d'une histoire vécue. Celle de Leopold Socha, un ouvrier qui s'occupe de l'entretien des égouts de Llov. Alors que cette ville polonaise est sous occupation nazie, Socha arrondit ses fins de mois en jouant les petits voleurs et magouilleurs. Un jour se présente l'occasion d'extorquer de l'argent à un groupe de juifs qui cherchait à fuir le ghetto en trouvant refuge dans les égouts : en échange d'un «salaire», Socha promet de ne pas les dénoncer, mais aussi de les guider dans les souterrains et de subvenir à leurs besoins. Pendant 14 mois, il tiendra parole. Même lorsqu'il n'y aura plus d'argent. Même s'il risque sa propre vie et celle de ses proches.

Agnieszka Holland voulait rendre ce récit de façon réaliste, a-t-elle souvent répété. Outre le fait qu'elle ait insisté pour tourner son film non pas en anglais, mais en polonais et en allemand, ce réalisme tient pour beaucoup en la façon dont ses personnages principaux nous rappellent la complexité et l'imperfection de la nature humaine.

Particulièrement Socha, qu'elle ne cherche pas à nous vendre comme étant devenu un «pur héros». Oui, il s'opère un glissement dans le système de valeur de cet homme, mais la chose se produit graduellement, subtilement, et le profit personnel (qui n'est pas nécessairement monétaire) n'est jamais totalement annihilé.

Jouant ainsi sur les ambiguïtés, la réalisatrice évoque néanmoins que, même s'il n'émane pas d'une bonté pure, un geste salvateur demeure un geste salvateur.



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