Deux Frogs dans l'Ouest

À la conquête de l'Ouest - Deux Frogs dans l'Ouest

Benoît Aubin

Dernière mise à jour: 08-10-2010 | 13h28

Deux Frogs dans l’Ouest est un petit film bien ficelé, qui raconte, avec tendresse et ironie le passage à l’âge adulte d’une jeune fille romantique, dans un monde qui ne l’est pas.

Le film raconte l’histoire de Marie Deschamps, 20 ans, qui quitte le duplex familial de Granby, pour aller «apprendre l’anglais» en Colombie-Britannique. Sur le pouce. Sans argent.

C’est un grand classique québécois. L’Ouest, les Rocheuses, le Pacifique, Vancouver, ont toujours été un aimant puissant pour des générations successives de jeunes Québécois qui se trouvaient à l’étroit chez eux, pour les jeunes rêveurs persuadés qu’il y avait plus de vie ailleurs.

La jeune Marie (Mirianne Brûlé, convaincante et émouvante dans ce rôle) est de ceux-là. Ses parents s’arrachent les cheveux : elle est bien trop jeune, naïve, démunie... Son père (Germain Houde) lui jette l’anathème : «Si tu pars comme ça, ne reviens plus.»

C’est ça, le Québec, et Papineau met le doigt dessus dès le début du film : pour les Québécois, le territoire où ils sont majoritaires (la patrie, quoi) est ce qui les définit. Partir est pour eux une rupture plus déchirante que pour d’autres : hors du Québec, point de salut....

Elle part quand même, et le film montre comment une jeune Québécoise unilingue va prendre la mesure de la vraie vie et se découvrir elle-même dans un environnement qui lui est totalement étranger, même si elle n’a pas quitté son propre pays. Elle va voir ailleurs si elle y est et finit par s’y trouver. Belle histoire...

UN FILM INDÉPENDANT

À consulter:

Deux Frogs dans l’Ouest est un film indépendant, produit avec un budget très réduit. Cela paraît un peu, mais pas vraiment : le récit est bien mené, le montage est alerte, la caméra est sensible et, à certains moments, sur les pentes de ski, spectaculaire.

L’étude de société est pertinente, mais discrète : le milieu des ski bums, ces jeunes qui travaillent le jour pour pouvoir skier le soir et fêter la nuit, est cosmopolite et multiculturel.

Les Québécois n’y sont pas plus des étrangers que les autres. Ils sont des individus... Mirianne Brûlé, Jessica Malka et Dany Papineau rendent bien l’état d’esprit de cette génération : tout a été fait, essayé, dit, exploré, accompli avant eux.

Le seul territoire qu’il leur reste à conquérir, à domestiquer et défricher est en eux-mêmes. Ces jeunes Québécois qui s’arrachent de leur environnement et partent ailleurs pour «apprendre l’anglais» ne sont pas perdus pour la patrie, comme on le craignait.

Au contraire : ils reviennent, «avec un sac de pays sur leur dos» comme dit Vigneault. Comme Dany Papineau : parti étudier l’anglais en BiCi pour trois mois, il revient, après huit ans, avec une belle histoire à raconter.


Cliquez sur "J'aime" pour ajouter nos articles à votre fil Facebook


Vidéos

Photos