Anne Hathaway est brillante, mais ne peut sauver le film

Les Misérables - Anne Hathaway est brillante, mais ne peut sauver le film

 

Bruce Kirkland

Dernière mise à jour: 26-12-2012 | 10h36

Les Misérables est un bon film, mais pas une excellente production. Les images sont belles, mais pas spectaculaires. Les vedettes chantent décemment, mais un seul numéro vocal, celui d'Anne Hathaway, est vraiment renversant.

Cela serait acceptable et peut-être même satisfaisant si les attentes n’étaient pas aussi élevées. Mais quand une comédie musicale jouissant d'un statut comme celui des Misérables débarque dans un cinéma près de chez vous, précédée d’un écho favorable en vue des Oscars, on s’attend à beaucoup. Beaucoup plus. Surtout que dans ce cas-ci, on parle de 25 ans de développement depuis la première mouture, sur scène, de cette comédie musicale mythique basée sur le roman du même nom de Victor Hugo.

Les Misérables est l’adaptation cinématographique signée Tom Hooper (Le discours du roi) de la comédie musicale qui a fait le tour du monde. Au départ, ce sont des Français qui en avaient fait un album dans les années 80. En 1985, le producteur de Cats, Cameron Mackintosh, proposait Les Misérables sur scène, à Londres. Peu après, la lutte s’engageait déjà pour en faire un film…

Finalement, voici enfin ce long métrage tant attendu, dernière version en date de la nouvelle de Victor Hugo.

On parle d’une distribution de premier plan: Hugh Jackman joue le héros Jean Valjean, un paysan français du 18e siècle qui se retrouve en prison après avoir volé une miche de pain.

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Russell Crowe est Javert, le fonctionnaire de police tyrannique qui est obsédé par Valjean après que ce dernier eut disparu en profitant d’une nouvelle identité alors qu’il était en liberté conditionnelle.

Anne Hathaway campe Fantine, la femme au destin tragique avec qui Valjean se lie d’amitié.

Amanda Seyfried interprète Cosette, l’enfant orpheline de Fantine qu’élève Valjean avec amour. Eddie Redmayne est l’étudiant révolutionnaire dont s’éprend soudainement Cosette. Helena Bonham Carter et Sacha Baron Cohen défendent des rôles plus comiques, les Thénardier, alors que Samantha Barks est une Épopine frappante et Daniel Huttlestone le mémorable jeune héros Gavroche.

L’œuvre est un hommage à l’humanisme désintéressé versus la répression sans âme.

Permettez-moi de dire une chose à propos des comédies musicales: elles fonctionnent différemment, dépendant qu’on les voie au grand écran ou sur scène. C’est particulièrement vrai dans le cas de productions chantées du début à la fin, avec des acteurs racontant l’histoire à travers les paroles de chansons, ce qui demande aux spectateurs de mettre de côté leur incrédulité.

Le réalisateur Tom Hooper tente d’élargir nos horizons en ouvrant un peu le concept. La scène d’ouverture, par exemple, montre Valjean le jour de sa libération. Il se trouve alors parmi des milliers de prisonniers forcés de tirer sur des cordes pour haler un navire chaviré. Une autre scène met en vedette Valjean alors qu’il est seul, affamé et qu’il marche sur une montagne enneigée en vue de se faire une nouvelle vie. Il s’agit là de scènes purement cinématographiques.

Hugh Jackman incarne un Valjean robuste. Il livre la marchandise autant dans son jeu que quand il pousse la note. Mais il est manifestement désavantagé dans le jeu des comparaisons si on l’oppose à Colm Wilkinson, l’interprète le plus acclamé de Valjean sur scène. Par ailleurs, ce même Wilkinson fait une apparition éclair dans le film. Il est l’évêque dont la bienveillance replace Valjean sur le droit chemin.

Crowe a l’attitude voulue pour donner vie à Javert, à commencer par l’arrogance. Mais son chant semble forcé, même désespéré. Alors cette longue bataille entre les deux adversaires est définitivement déséquilibrée.

Hathaway vole la vedette

Hathaway a droit, elle, au numéro de résistance. Quand elle chante I Dreamed a Dream, c’est un moment bouleversant et d’une perfection étonnante. L’actrice, qui a eu une grosse année – elle s’est mariée en septembre et a joué Catwoman/Selina Kyle dans L’ascension du chevalier noir —, est en mesure, dans cette seule scène, de rassembler l’angoisse, le désespoir, la tragédie, la tendresse et la nostalgie. Elle nous laisse ainsi voir le visage de l’innocence perdue. Si vous n’éprouvez pas alors de sympathie pour sa Fantine, vous n’êtes peut-être pas humain.

Malheureusement, cette scène ne peut faire tout le travail pour le film. Aucun autre moment ne s’approche de l’émotion capable de happer et de bousculer le cinéphile, qui ne demande pas mieux. En conséquence, on parle d'un film intéressant, mais incapable d'insuffler la passion souhaitée.

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