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L'ascension du chevalier noir - Une finale satisfaisante malgré ses défauts
Photo courtoisie
L'ascension du chevalier noir
Cote de Canoë
4/5

L'ASCENSION DU CHEVALIER NOIR

Une finale satisfaisante malgré ses défauts

Isabelle Hontebeyrie
19-07-2012 | 17h19

Avec L’ascension du chevalier noir, Christopher Nolan nous offre une vision de Batman dans la lignée du précédent, Le chevalier noir, mais moins travaillée que celle de Batman : le commencement.

Les spectateurs en auront sans conteste pour leur argent, mais Christopher Nolan s’éparpille un peu dans ce dernier volet d’une trilogie consacrée à l’homme chauve-souris. Le film ne manque donc pas d’attraits même si le tout est parfois confus et trop long; nul ne songe, par contre, à contester l’indéniable talent de Christopher Nolan.

Dans The Dark Knight Rises (présenté en version française au Québec sous le titre L’ascension du chevalier noir ), Bruce Wayne (Christian Bale) a volontairement remisé son uniforme de Batman après la mort de Harvey Dent. Gravement diminué depuis son combat avec le Joker, il erre dans le manoir Wayne, n’apparaissant plus en public et se complaisant dans la douleur d’avoir perdu ceux qu’il aimait.

C’est l’arrivée de Selina Kyle (Anne Hathaway), alias Catwoman, qui le fait un peu sortir de sa torpeur. Et celle de Bane (Tom Hardy) le poussera à revêtir de nouveau son costume de justicier masqué, car en comparaison, le Joker fait figure d’aimable plaisantin.

À CONSULTER:

Bane est d’une autre trempe. Cet ex-prisonnier au physique monstrueux, à l’âme plus que torturée et au visage recouvert d’un masque lui soufflant l’anesthésiant indispensable pour supporter ses blessures, ne fais pas dans le rigolo. Son but n’est rien de moins que la destruction totale et complète de Gotham pour des raisons que je n’expliquerai pas en détail afin de ne pas gâcher votre plaisir.

 

Ce Bane de cauchemar s’attaque donc aux deux piliers du capitalisme : le gouvernement et le monde de la finance afin de rendre le pouvoir – pour un temps du moins – au fameux 1 % laissé pour compte. Oui, ce méchant est d’une troublante actualité, tout comme l’était le Joker. Sans être un pamphlet politique, Christopher Nolan a toujours pris soin d’ancrer les ennemis de Batman dans le monde contemporain.

Catwoman – et la prestation d’Anne Hathaway éclipse toutes celles des actrices qui l’ont précédée, incluant Michelle Pfeiffer, dont le personnage devient, en comparaison, une aimable imbécile – est moins la féline des bandes dessinées qu’un être aussi troublé que Bruce Wayne, même si les raisons de sa double vie sont moins creusées que celles de Batman. Oui, la chimie entre Christian Bale et Anne Hathaway opère à merveille et j’abonde dans le même sens que ceux qui aimeraient la naissance d’une nouvelle franchise dédiée à l’héroïne.

Marion Cotillard en Miranda Tate est utile au scénario, sans plus, son personnage n’étant pas suffisamment développé pour qu’on conserve un souvenir impérissable de son passage. Joseph Gordon-Levitt est, lui, parfait en jeune policier convaincu de la nécessité de l’existence de Batman et prêt, lui aussi, à se sacrifier pour Gotham et les valeurs qui lui sont chères. Les studios Warner saisiront-ils l’immense perche tendue par Christopher Nolan en mettant de l'avant une nouvelle franchise avec le jeune acteur dans le rôle principal? Je ne peux que l’espérer, à condition que le scénariste et le réalisateur choisis soient à la hauteur.

Quelques bémols

Si la direction photo est impressionnante et que Christopher Nolan ne sacrifie pas la beauté d’un plan aux besoins des séquences d’action, je regrette la disparition totale de l’architecture si particulière de Gotham (vue dans Batman : le commencement  et amplement développée par Tim Burton dans ses deux longs métrages consacrés au justicier masqué).

Le Gotham de Nolan, depuis Le chevalier noir d’ailleurs, est trop réel, trop familier, trop nord-américain. Les égouts dans lesquels Bane s’est réfugié avec ses troupes n’ont plus rien de commun avec les décors de l’asile d’Arkham – dans le premier volet de la nouvelle trilogie –, et sont à des lieues de ceux, cauchemardesques et déjantés du Pingouin dans Le retour de Batman, de Tim Burton.

J’ai aussi regretté les raccourcis scénaristiques – pourtant, ce n’est pas la place qui manque, L’ascension du chevalier noir  dure quand même 164 minutes! – pour Bane et Miranda Tate. Autant la relation entre Bruce Wayne et Alfred (Michael Caine) est amplement développée, autant l’explication de l’existence et de la psychologie des deux autres personnages est un peu brouillonne, pour ne pas dire carrément tirée par les cheveux.

Et Lucius Fox (Morgan Freeman) rappelle trop le Q de James Bond – volonté nettement trop évidente de «comic relief» incluse –, pour qu’on souscrive à sa présence autant que dans les deux premiers volets. Quant aux nombreux (certains diront d’ailleurs «trop») retours en arrière, ils ne m’ont pas dérangée, mais plusieurs d’entre eux auraient pu être resserrés ou carrément supprimés sans que cela ne nuise à la qualité de L’ascension du chevalier noir .

Côté purement technique, le son – le visionnement avait lieu dans une salle équipée de l’UltraAVX, système de son ambiophonique – laisse à désirer. Tom Hardy ayant réenregistré ses dialogues en post production pour en assurer l’audibilité, la voix de Bane prend parfois le pas sur les autres bruitages ce qui, dans une scène de combat, donne un résultat un peu étrange. La musique de Hans Zimmer est, par contre, parfaitement adaptée à ce que l’on voit à l’écran.


Candidat aux Oscars?

Le dernier point que je souhaite aborder est LA question à quelques milliers de dollars. L’ascension du chevalier noir  sera-t-il nommé aux Oscars dans la catégorie du meilleur film (on se souviendra que Le chevalier noir  ne l’avait pas été malgré sa présence dans huit catégories, pas plus que Batman : le commencement, qui n’avait été cité qu’une seule fois).

À mon avis oui, ne serait-ce que par respect pour la manière dont Christopher Nolan a réinventé complètement ce personnage iconique de la culture populaire américaine. Gagnera-t-il? Non. Car, malgré toute ma bonne volonté,  L’ascension du chevalier noir  est inférieur à Batman : le commencement, même s’il est meilleur que Le chevalier noir.