MICKAËLHistoire de bourreauVéronique Harvey 19-07-2012 | 14h04
MONTRÉAL — Nombreux sont les films d’enlèvement où la victime est au cœur de l’intrigue, mais dans son tout premier long métrage, Mickaël, Markus Schleinzer a choisi de braquer son projecteur sur le bourreau de l’histoire. Exit la sentimentalité et la surenchère émotionnelle, à bas les scènes larmoyantes et les gros plans, le réalisateur autrichien exploite ici le thème de la pédophilie avec une simplicité et une sobriété désarmante. En résumé, Mickaël retrace la vie commune entre un kidnappeur d’enfant et sa victime Mickaël (Michael Fuith) est un trentenaire d’apparence tout à fait normale. De style posé et classique, il travaille pour une compagnie d’assurances et ne semble entretenir aucun lien d’amitié concret avec quiconque, ni même sa famille. Son seul intérêt : les jeunes garçons. Wolfgang (David Rauchenberger) est un jeune garçon de 10 ans qui vit avec son bourreau depuis une période indéterminée : une période assez longue pour avoir atteint la phase de résignation, mais pas assez longue pour avoir complètement perdu espoir. À CONSULTER:
Dans ce long métrage présenté en compétition officielle à Cannes, Schleinzer cherche donc à décrypter la personnalité de ce pervers sexuel qui tente tant bien que mal de créer des liens «normaux» avec sa jeune victime, qu’il garde enfermée dans la cave de sa maison. Ici, rien n’est véritablement montré, tout est suggéré. Mais les sous-entendus parlent d’eux-mêmes et font augmenter l’inconfort du spectateur à un point tel que le film devient aussi tranchant qu’une lame de rasoir. D’ailleurs, aussi brillante que macabre, la performance de Michael Fuith donne littéralement froid dans le dos et ajoute au malaise ressenti. L’histoire n’est pas sans rappeler le cas de la jeune Natascha Kampusch, une jeune autrichienne qui avait elle aussi été kidnappée à l’âge de 10 ans, en 1998, et retrouvée huit ans plus tard. Par contre, pour son premier film, le cinéaste a choisi de laisser tomber toute forme de sensationnalisme, contrairement aux nombreuses histoires de séquestration dont la presse a pu s’emparer au fil des années.
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