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Un amour de jeunesse - Une destinée sentimentale
Photo courtoisie
Un amour de jeunesse
Cote de Canoë
3/5

UN AMOUR DE JEUNESSE

Une destinée sentimentale

Pascale Gauthier
13-07-2012 | 04h08

Après s’être tournée vers la figure paternelle avec Tout est pardonné  et  Le père de mes enfants, c’est avec la blessure lancinante du «premier grand amour» que la jeune cinéaste Mia Hansen-Løve ferme ce qu’elle considère être une trilogie sur la séparation, le deuil et le temps qui passe…

1999 : à 15 ans, Camille vit intensément sa relation avec Sullivan, insatisfaite de voir que sa totale dévotion à cet amour n’est pas réciproque. Car le garçon de 19 ans l’aime, ça, c’est sûr, mais il veut continuer à aimer davantage sa liberté. Du moins, pour l’instant.

Sullivan projette d’ailleurs un voyage de 10 mois en Amérique du Sud avec ses copains. Après l’appréhension de ce départ, Camille vit l’absence, dans l’attente des lettres de son amoureux qui, un jour, cessent de lui parvenir.

 

Sullivan a décidé de couper le fil ténu qui demeurait entre eux. Une déchirure à laquelle Camille se cramponnera comme s’il définissait désormais une partie de son être. Car, malgré qu’on la retrouve comme étudiante en architecture accomplie quatre ans plus tard, malgré qu’elle reconstruise de façon «esthétique et pratique» les plans d’une vie amoureuse avec ce rassurant professeur qu’est Lorenz, elle retombera de façon toute naturelle dans les bras de Sullivan en 2007, vivant brièvement deux amours parallèles.

À CONSULTER:

Et, quelque temps après que Sullivan eut quitté leur histoire pour une deuxième fois, bien qu’elle ait apprivoisé une forme de solitude, Camille semble demeurer dans cette sorte d’attente patiente; s’il s’est produit un certain apprentissage, le deuil ne se fera sans doute jamais vraiment.

Un long fleuve tranquille et mélancolique

Ce condensé de huit ans de vie en trois actes se déroule sans grandes envolées tragiques ou autres excès d’une jeunesse émotive, mais avec une maîtrise de la simplicité qui nous empêche tantôt de nous engluer dans le pathos, tantôt de tomber dans la mièvrerie que pourrait entraîner des phrases comme : «si tu me quittes, je me tuerai» ou «il est tout pour moi». Cette destinée sentimentale se trace donc plutôt comme un long fleuve tranquille, mais morose.

Car, désirant révéler ce qui est invisible, la réalisatrice raccroche son récit aux sentiments de son héroïne. S’inspirant d’ailleurs de sa propre histoire, elle désire nous faire vivre ce drame tout personnel (mais aux thématiques universelles) par l’intensité intérieure de Camille, mais paradoxalement, elle ne parvient pas à créer de réelle intimité entre nous et son personnage : on observe cette matière romanesque un peu comme on regarde un spécimen enfermée dans un bocal.

Incarnée avec grâce et sensibilité par Lola Créton, le personnage de Camille semble baigner dans une tristesse chronique par laquelle même ses joies et espoirs sont teintés de mélancolie : une jeune fille très sérieuse, vivant l’amour avec sérieux dans un film tout aussi sérieux, bien que plein de délicatesse et de belles images. Très atmosphérique, le long métrage porte constamment une certaine gravité, une attente, une impression que le temps s’étire malgré les ellipses.

Bref, Un amour de jeunesse est probablement de ce genre de film qui divisera les camps : certains seront touchés, empathiques, faisant sans doute le lien avec leur propre vécu, d’autres seront plutôt exaspérés, soupirant parfois d’ennui, trouvant l’exercice cinématographique peut-être un peu inconsistant et vain.