TOI, MOI, LES AUTRESL'amour ne sauve pas toutPascale Gauthier 22-06-2012 | 04h00
La cinéaste française Audrey Estrougo (Regarde-moi) tente une comédie musicale alliant romance et conte social, légèreté et drame engagé... Un mariage pas très heureux ici. On parlerait même d'un mariage arrangé qui n'accorde pas ses parties. Pourtant, ça commence comme une jolie bluette qui s'assume : sortant d'une partie de poker lors d'une autre folle nuit en compagnie de ses copains et de sa fiancée de bonne famille, le fils de bourgeois qu'est Gab (Benjamin Siksou) renverse, avec sa décapotable, un petit garçon d'origine maghrébine. Ce dernier s'avère être le frère de Leïla (Leïla Bekhti), jeune femme dévouée et forte de caractère issue des quartiers populaires multiculturels, qui tente de passer l'examen pour être avocate entre les petits boulots qu'elle se tape pour aider sa famille orpheline de mère. C'est le coup de foudre pour lui, mais bien sûr, elle résiste un peu. Nous avons alors notamment droit à un tour de chant sur le classique et convenu Pour un flirt avec toi, lequel dégénère en numéro kitsch (comprenant infirmières sexy et ballade en civière) nous donnant à penser qu'on adoptera le ton de l'autodérision... Mais on avait d'autres ambitions. Bonne volonté, bons sentimentsÀ CONSULTER:
À cette histoire à la Roméo et Juliette (soit l'amour entre deux êtres issus de milieux que l'on dirait incompatibles et les obstacles en découlent) viendra se greffer un drame social dénonçant le traitement réservé aux sans-papiers. Certes, un sujet d'actualité en France, fort pertinent, et apporté ici avec toute la bonne volonté de la cinéaste de soutenir une cause qui lui tient à cœur, de plaider pour un monde meilleur dans la beauté de la diversité culturelle, de prôner la magie de l'amour... mais un malaise s'installe. Son traitement plein de bons sentiments pourrait être qualifié de tendancieux ou très complaisant, mais on est porté à croire qu'il s'agit en fait de maladresses ou de grande candeur. La gêne qu'on finit par en ressentir culmine d'ailleurs avec cette scène d'un effort collectif visant à empêcher une déportation sur l'hymne de Jacques Brel, Quand on a que l'amour, auquel on greffera de façon étrange des images d'archive de manifestations solidaires liées à la cause des immigrants... On veut nous tirer les larmes, adoucir notre cœur, nous transmettre le sourire. Pas qu'on n'aime pas les happy ends, mais nous faire adhérer à une proposition truffée d'invraisemblances, de raccourcis et de clichées est un art difficile à maîtriser. Bref, on n'atteint ni l'énergie contagieuse d'un Mamma Mia!, ni la tragédie bien sentie de West Side Story, et encore moins la richesse, l'originalité et l'innovation de ce dernier en matière musical et chorégraphique. Car, sur des arrangements «modernisés» de chansons reprises du répertoire français, les numéros de danse (qui s'intègrent de façon plutôt artificielle) ne nous semblent en général pas très inventifs. Mise à part cette intéressante scène de contrôle d'une gang de jeunes par la police sur musique beat box devenant numéro de popping. Mais bon, on peut toujours se raccrocher au talent des interprètes, au couple sympathique que forme Benjamin Siksou et Leïla Bekhti ou encore au sourire charmeur de cette dernière... |