COSMOPOLISAdaptation en demi-teinteCédric Bélanger 08-06-2012 | 04h25
Certains romans sont difficilement adaptables au cinéma même pour le plus aguerri des cinéastes. C'est le cas de David Cronenberg, qui offre une adaptation en demi-teinte de Cosmopolis, de l'auteur Don Delillo. Pour tout dire, Cosmopolis est à classer au rayon des œuvres mineures du réalisateur canadien à qui on doit La mouche, Le festin nu et Crash. Présenté en compétition officielle au dernier Festival de Cannes (le film est reparti bredouille), Cosmopolis raconte la journée d'un richissime et jeune magnat de la finance. Malgré le chaos que fait régner dans les rues de New York des manifestants altermondialistes et la présence du président des États-Unis, il décide d'aller se faire couper les cheveux à l'autre bout de la ville, au mépris des protestations de son garde du corps. Eric Packer (Robert Pattinson) est inflexible et c'est dans sa limousine blanche, qui lui sert de bureau avec des téléviseurs branchés sur les chaînes boursières, qu'il passera la journée. Pendant que le cours du yuan remonte et menace son empire financier, on voit défiler dans la voiture des conseillers, un médecin qui lui révèle que sa prostate est asymétrique, une maîtresse jouée par Juliette Binoche. À CONSULTER:
Puisque la limousine avance à pas de tortue, Packer a aussi le temps de sortir pour prendre le déjeuner avec sa femme (Sarah Gadon), s'envoyer en l'air avec une autre maîtresse et se faire entarter par un manifestant (Mathieu Amalric). Son odyssée, au cours de laquelle il logera une balle dans la tête de son garde du corps, se termine chez un assassin (Paul Giamatti) avec qui il disserte pendant plus de vingt minutes. FroidCette dernière scène, portée à bout de bras par Giamatti, se révèle le moment le plus intéressant d'un film qui manque de vie et dont les tourments du personnage principal laissent de glace. Le choix de Cronenberg de filmer en studio plutôt que directement dans les rues confère à Cosmopolis un aspect froid, artificiel et désincarné. Conséquence : le film laissera sur leur faim les fans de Cronenberg qui attendront en vain la tension et les intrigues qui colorent habituellement son cinéma. En dehors de la zone de confort de Twilight, Robert Pattinson se tire bien d'affaire dans la peau d'Eric Packer, sans pourtant être flamboyant. Il arrive quand même à nous faire oublier Edward Cullen, ce qui n'est finalement pas un mince exploit. |