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Agence QMI
Au gré de la plume arctique  - Des canards et des hommes
© Courtoisie
Au gré de la plume arctique
Cote de Canoë
4/5

AU GRÉ DE LA PLUME ARCTIQUE

Des canards et des hommes

Isabelle Hontebeyrie
27-04-2012 | 04h01

Je me suis mise à aimer les documentaires (oui, évidemment, certains plus que d'autres) et je suis toujours partante pour découvrir de nouveaux sujets et de nouvelles manières de présenter une thématique.

Quand j'ai entendu parler d'Au gré de la plume Arctique – la survie dans les remous d'un arctique canadien agité (son titre complet) – la première fois, j'avoue que je n'étais pas convaincue. J'ai tout de suite pensé à un énième documentaire sur les Inuits et à leurs conditions de vie dans le Grand Nord. J'avais tort.

Nous sommes dans les Îles Belcher, en plein milieu de la baie d'Hudson. Ici, les populations locales vivent de l'eider, un canard migrateur qui se retrouve en grand nombre sous cette latitude. Et c'est par cette relation privilégiée entre les humains et les animaux que commence le long métrage.

L'histoire du hameau de Sanikiluaq est aussi racontée au rythme de splendides images de banquises, de canards plongeant dans les eaux glacées pour se nourrir d'oursins et d'aurores boréales. Mais tout cela n'est qu'un prétexte savant pour nous faire prendre conscience de la folie du progrès poussé à l'extrême.

À CONSULTER:

Une fois que nous sommes immergés dans la beauté et la poésie des images du réalisateur Joel Heath, qui a mis sept ans à les tourner, la réflexion se poursuit de manière plus «politique». Avec les barrages de la Baie-James et de la baie d'Hudson, avec les changements climatiques — observables concrètement sur le sol —, l'environnement s'est modifié, entraînant des changements importants dans le mode de vie traditionnel des populations locales.

«J'ai eu l'idée de faire ce film, et j'ai commencé en interviewant des aînés dans la communauté, et tous ont commencé à parler d'Hydro-Québec», dit le cinéaste. La force des courants a changé, modifiant les habitudes des animaux dont se nourrissent les Inuits. Désormais, certaines polynies se referment. La banquise fond à cause de l'eau relâchée par les barrages à contre-saison.

«Changer le cycle hydrologique peut influencer l'environnement marin.» Le constat est sans appel, observable quotidiennement. Mais il y a pire. Parce que nous oublions que la planète n'est qu'une, que tout est interdépendant et inter relié, les eaux de la baie d'Hudson ne sont qu'une partie des courants qui créent le Gulf Stream... Je vous conseille vivement d'aller voir la suite de Au gré de la plume arctique et de poursuivre la réflexion.

Du 22 au 27 avril dernier s'est tenue à Montréal la Conférence de l'année polaire internationale 2012. Pour le Jour de la Terre, pas moins de 200 000 personnes ont défilé dans les rues de Montréal... Nous avons la chance — le privilège — de vivre dans l'une des plus belles régions du monde. Pourquoi faut-il que nous la détruisions?

P.-S. Quelques fautes d'orthographe émaillent, çà et là, des sous-titres. Vous les oublierez bien vite. Autre chose : voir le documentaire, qui a été produit à but non lucratif estun geste concret, car, comme le signale la production, «tous les revenus seront investis dans la production et la distribution de matériel éducatif, dans la recherche communautaire sur l'environnement et dans des programmes de surveillance de l'Arctique canadien.»